Le Grand Tétras (Tetrao urogallus) est un gallinacé vivant dans les forêts de montagne et dans la taïga (lire Gros plan sur le Grand Tétras). Son aire de répartition s’étend du nord-ouest de l’Espagne et de l’Écosse (Grande-Bretagne) à la Sibérie orientale et à la Chine. Douze sous-espèces sont reconnues, dont deux sont présentes en France : T. u. major dans le Jura et dans les Vosges et T. u. aquitanicus dans les Pyrénées (lire Partir sur les traces du Grand Tétras des Pyrénées : Patrice Abeille nous en dit plus sur le film « Le Cœur de la Montagne »). 

Situation de la Réserve Naturelle Nationale du massif du Grand Ventron (Vosges/Haut-Rhin)

Situation de la Réserve Naturelle Nationale du massif du Grand Ventron (Vosges/Haut-Rhin).
Carte : Ornithomedia.com

Dans les Vosges, alors que l’on comptait encore plus de 1 000 coqs au début du XXe siècle, seuls neuf mâles adultes ont été observés en 2020 (lire Le Grand Tétras en France au printemps 2019 : bilan en demi-teinte et avenir sombre).

Afin d’éviter son extinction à très court terme, un programme de renforcement de la population, soutenu par l’État et piloté par le parc naturel régional des Ballons des Vosges, a démarré en avril 2024 : il repose essentiellement sur les lâchers et les suivis d’oiseaux capturés en Norvège, ainsi que sur des mesures d’amélioration de la qualité et de la quiétude de l’habitat forestier. Le bilan de la première phase du programme, qui s’est déroulée dans la Réserve Naturelle Nationale du massif du Grand Ventron (Vosges/Haut-Rhin) est mitigé, avec la mort de sept des neuf oiseaux libérés (par prédation principalement, mais aussi suite à une collision avec un câble d’une ligne à très haute tension, la cause d’un cas restant indéterminée), mais il est aussi riche d’enseignements, avec plusieurs éléments encourageants, comme l’utilisation par au moins deux individus d’une place de chant historique en mai et en juin 2024 et la nidification d’une femelle dans un milieu adapté du 13 mai au vendredi 7 juin 2024 (lire Premier bilan annuel complet du programme de renforcement de la population vosgienne de Grands Tétras).

La deuxième opération de translocation de Grands Tétras (captures en Norvège, transport et lâchers dans les Vosges) s’est déroulée du 24 avril au 6 mai 2025, en lien avec les autorités norvégiennes. Elle a impliqué les partenaires garants du contrôle technique, scientifique et vétérinaire. Au cours de cette seconde phase, cinq coqs et deux poules ont été relâchés dans le massif du Grand Ventron : ils ont rejoint les deux oiseaux issus de la première translocation ainsi la population résiduelle autochtone, estimée à moins de cinq individus. Le 6 mai 2025, une poule est morte, probablement à cause d’une prédation. À la fin du mois, deux nidifications ont été détectées grâce aux données recueillies : les deux poules, suivies dans le cadre du programme, ont en effet chacune démarré une nidification, mais elles ont échoué au bout respectivement de 12 et 4 jours, vraisemblablement aussi suite à des prédations (lire Nouveaux lâchers de Grands Tétras dans les Vosges au printemps 2025 et tentatives de nidification).

Grand Tétras (Tetrao urogallus) mâle

Grand Tétras (Tetrao urogallus) mâle en Norvège.
Photographie : Marton Berntsen / Wikimedia Commons

Le parc naturel régional des Ballons des Vosges a annoncé que la troisième opération de translocation de Grand Tétras s’était déroulée du 13 avril au 8 mai 2026 : 17 individus (treize coqs et quatre poules), toujours originaires de Norvège, ont été lâchés. Initialement, 23 Grands Tétras (19 coqs 4 poules) avaient été capturés, mais quatre coqs sont morts et deux autres ont été libérés. Les 17 oiseaux ont rejoint les trois à cinq individus présents dans le massif (un à deux individus issus du lâcher de 2024 et deux à trois individus autochtones).

Le suivi GPS des oiseaux lâchés ce printemps va permettre de poursuivre l’analyse de leurs déplacements et des facteurs limitant leur reproduction et leur taux de survie, principalement le niveau de prédation. Comme les deux années précédentes, les individus introduits se sont rapidement adaptés à leur nouvel environnement, ils utilisent et occupent majoritairement leur secteur d’introduction, ainsi que les zones favorables, historiques et protégées.

Des systèmes d’effarouchement des prédateurs par ultrasons ont été testés en Espagne dans le cadre du renforcement de la population de Grands Tétras dans les monts Cantabriques, et ils ont donné des résultats encourageants : ils permettent de limiter les perturbations des poules grâce à un déclenchement infrarouge et à la sélection des fréquences émises. Il s’agit d’un dispositif temporaire, actif sur une durée de vingt jours, ce qui permet de limiter son action au temps strictement nécessaire. La surface couverte par les ultrasons est de l’ordre de 100m². Ces dispositifs pourraient être utilisés dans les Vosges en fonction des besoins et dans le respect des autorisations des espaces naturels concernés.

Une autre piste, qui n’a pas été évoquée, pourrait éventuellement être explorée : le nourrissage de diversion. Il consiste à fournir une nourriture accessible aux prédateurs pour les détourner des espèces que l’on veut protéger (lire Nourrir les prédateurs du Grand Tétras, une méthode à envisager pour faciliter le renforcement de sa population dans les Vosges ?).

Le projet de renforcement de la population vosgienne de Grands Tétras intègre un plan d’accompagnement basé sur des mesures pour l’amélioration des habitats, de la quiétude, de l’équilibre forêt-gibier, de la sensibilisation et de l’appropriation par les populations locales. Il implique de nombreux acteurs et partenaires. Le nombre d’oiseaux transférés annuellement est déterminant pour espérer le succès de la restauration d’une population locale, l’objectif étant de transloquer 40 à 50 oiseaux chaque année sur une durée de 15 ans. Toutefois, le suivi scientifique et l’évaluation de la première phase exploratoire de cinq ans permettront à l’État et à l’ensemble des partenaires engagés dans ce programme en France de définir les suites à donner.

De l’autre côté de la vallée du Rhin, la situation de la population de Grands Tétras est meilleure dans le massif allemand de la Forêt-Noire (lire La situation du Grand Tétras en Forêt-Noire est bien meilleure que celle dans les Vosges, même si elle reste fragile).

Vidéo sur le lâcher de neuf coqs et poules dans le massif du Grand Ventron (Vosges/Haut-Rhin) en avril 2024.
Source : Parc naturel régional des Ballons des Vosges

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