Le Grand Tétras (Tetrao urogallus) est un gallinacé vivant dans les forêts de montagne et dans la taïga (lire Gros plan sur le Grand Tétras). Son aire de répartition s’étend du nord-ouest de l’Espagne et de l’Écosse (Grande-Bretagne) à la Sibérie orientale et à la Chine. Douze sous-espèces sont reconnues, dont deux sont présentes en France : T. u. aquitanicus dans les Pyrénées et T. u. major dans le Jura et dans les Vosges. Dans ce dernier massif, alors que l’on comptait encore plus de 1 000 coqs au début du XXe siècle, seuls neuf mâles adultes ont été observés en 2020 (lire Le Grand Tétras en France au printemps 2019 : bilan en demi-teinte et avenir sombre).

Afin d’éviter son extinction à très court terme, un programme de renforcement de la population, soutenu par l’État et piloté par le parc naturel régional des Ballons des Vosges, a démarré en avril 2024 et s’est poursuivi en 2025. Le bilan provisoire est assez mitigé pour le moment, avec une forte mortalité des oiseaux relâchés et deux tentatives de nidification qui ont échoué, majoritairement à cause d’une forte pression de prédation, par la Martre des pins (Martes martes) notamment (lire Nouveaux lâchers de Grands Tétras dans les Vosges au printemps 2025 et tentatives de nidification). Le dernier des oiseaux réintroduits et équipé d’une balise GPS est mort en décembre 2025.

Situations (1) des massifs des Vosges (France) et (2) de la Forêt-Noire (Allemagne).
Carte : Ornithomedia.com

Située de l’autre côté de la vallée du Rhin, dans le Land du Bade-Wurtemberg (Allemagne), la Forêt-Noire (en allemand, Schwarzwald) est le pendant géologique des Vosges, et l’on dit souvent que ce sont des « massifs-frères », tant ils se ressemblent : les deux sont principalement composés de roches magmatiques granitiques et de métamorphiques de type gneiss en surface, une forme triangulaire avec une base large au sud et plus fine au nord, des dimensions relativement réduites, une altitude moyenne comparable et un climat humide et froid avec des précipitations importantes toute l’année et de longs hivers sur les hauts sommets, même si le climat du massif allemand est un peu plus rude, sans effet de foehn, et un étalement de végétation comparable, les sommets principaux en forme de ballons couverts de chaumes nues dominant de vastes forêts de résineux.

La Forêt-Noire possède également une population de Grands Tétras, mais la situation est bien moins dramatique que dans les Vosges. Dans un article publié en 2025 sur le site web du Land du Bade-Wurtemberg, on apprend ainsi qu’au printemps 2025, 103 mâles ont été recensés, un chiffre néenmoins en légère baisse par rapport à l’année précédente, où 111 mâles avaient été dénombrés.

L’espèce avait connu un déclin dramatique entre 2012 et 2022, avec une diminution d’un tiers sur la période, mais la situation semble s’être stabilisée, voire un peu améliorée depuis : 97 mâles avaient ainsi été comptés en 2022 et 106 en 2023. Toutefois le niveau actuel de la population est assez faible et sa situation reste précaire. Les acteurs de la conservation soulignent donc l’importance cruciale de la poursuite des mesures en faveur de cet oiseau. Peter Hauk, député au Parlement du Land et ministre de l’Alimentation, des Affaires rurales et de la Protection des consommateurs, a déclaré : « nous devons continuer nos efforts et veiller à la mise en œuvre rigoureuse des mesures du Plan d’action 2023-2028 pour le Grand Tétras. Son déclin dramatique semble avoir été arrêté, et si la situation reste tendue, nos actions de conservation portent leurs fruits ».

Les comptages, réalisés chaque année pendant la saison de parade nuptiale depuis les années 1980, sont considérés comme constituant la méthode la plus importante pour le suivi de la population. Ils sont menés en étroite collaboration entre les chasseurs, l’Administration forestière du Land de Bade-Wurtemberg (AöR ForstBW), les propriétaires forestiers privés, le Parc national de la Forêt-Noire, les ornithologues, l’association du Grand Tétras en Forêt-Noire (Auerhuhn im Schwarzwald) et des bénévoles. L’Institut de recherche forestière de Fribourg (Forstliche Versuchs- und Forschungsanstalt Freiburg, ou FVA) compile les données relatives aux mâles comptés sur chaque site et documente les observations.

Grand Tétras (Tetrao urogallus) mâle  en Forêt-Noire (Allemagne).
Photographie : Dr. Joy Coppes (FVA)

Simon Boos, responsable de la conservation du Grand Tétras au sein de Société de chasse du Bade-Wurtemberg, a ajouté : « la mise en œuvre rigoureuse des mesures de conservation est essentielle. Les besoins de l’espèce doivent être davantage pris en compte dans la définition des objectifs de gestion à l’avenir, que ce soit dans les forêts domaniales, communales ou privées. Depuis 2024, un projet commun de professionnalisation de la gestion des prédateurs est mené en étroite collaboration avec l’association Auerhuhn im Schwarzwald. L’objectif est de réduire efficacement la pression des prédateurs et ainsi contribuer significativement à la protection de cette espèce menacée. Les chasseurs participent avec un grand engagement et un dévouement constant ».

Une première évaluation du Plan d’action 2023-2028 a confirmé la mise en œuvre de mesures de protection nettement plus importantes. Joy Coppes, biologiste de la faune sauvage à l’Institut de la faune sauvage de la FVA (FVA-Wildtierinstitut), a indiqué : « les efforts des propriétaires forestiers, en particulier, portent leurs fruits. Les mesures d’amélioration de l’habitat ont permis la restauration d’aires de parade nuptiale sur des sites abandonnés depuis des années ». 

Le Grand Tétras dépend de forêts ouvertes à la structure diversifiée, or en Forêt-Noire, comme dans les Vosges, cet habitat est de plus en plus menacé par les perturbations anthropiques, la prolifération des arbustes et l’augmentation de la densité des prédateurs. C’est précisément dans ce contexte qu’intervient le Plan d’action 2023-2028, qui se concentre sur trois axes d’intervention : aménagement de l’habitat, réduction des perturbations et gestion des prédateurs.

Le parc national de la Forêt-Noire abrite 30 % de la population de l’espèce dans le massif, alors que seulement 20 % de leur aire de répartition se situe à l’intérieur de la zone protégée. La situation extrêmement précaire de cette espèce menacée a été le facteur déterminant, il y a trois ans, pour l’élaboration par le parc d’un plan d’urgence, qu’il applique depuis avec rigueur, comme la création de zones de tranquillité plus étendues pour les chevreuils et les cerfs, qui broutent les myrtilliers jusqu’à ce qu’ils atteignent la hauteur idéale pour offrir un habitat optimal au Grand Tétras. Parallèlement, les pâturages ont été agrandis, et des bovins de la race Heck et les chevaux de la race Konik contribuent également à créer des habitats ouverts favorables. Le nombre de mâles dans le parc est passé de 17 en 2022 à 30 en 2025.

Documentaire sur le Grand Tétras (Tetrao urogallus) en Forêt-Noire (Allemagne).
Source : Schwarzwald

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