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Description d’une nouvelle sous-espèce de la Grallaire naine dans la cordillère Orientale colombienne
Grallaire naine (Grallaricula nana) en Colombie : la sous -espèce G. n. benditasea se distingue principalement par son chant.
Photographie : Francesco Veronesi / Wikimedia Commons
La Grallaire naine (Grallaricula nana) est un petit passereau de 10,5 à 12 cm de long au corps rondouillard, aux pattes relativement longues et à la queue courte. Sa calotte et sa nuque sont gris ardoisé contrastant avec la face roussâtre autour des yeux et des lores, le dos et les ailes sont brun olive à brun plus sombre, ses parties inférieures sont ocre-rousse avec centre du ventre plus clair, parfois blanchâtres. Les deux sexes sont généralement similaires. Son chant est une série de sifflements ou de notes montantes/descendantes caractéristiques.
C’est un oiseau insectivore, discret et difficile à observer à cause de ses mœurs furtives et vivant près du sol.
Aire de répartition de la Grallaire naine (Grallaricula nana) et (A) aire de répartition approximative de la sous-espèce G. n. benditasea. |
La Grallaire naine vit dans la forêt tropicale andine montagnarde au sous-bois sombre, souvent composé de massifs de bambous, entre 1 700 et 3 200 mètres d’altitude. Son aire de répartition s’étend de façon disjointe entre le Venezuela et le Pérou, et six sous-espèces étaient reconnues jusqu’à présent :
- G. n. nana dans les Andes orientales de Colombie.
- G. n. occidentalis dans les Andes centrales et occidentales de la Colombie au nord du Pérou.
- G. n. hallsi dans la Serranía de los Yariguíes (nord de la Colombie).
- G. n. nanitaea dans les Andes de Mérida (Venezuela et nord de la Colombie).
- G. n. olivascens dans la chaîne côtière du nord du Venezuela.
- G. n. kukenamensis sur les tepuyes (hauts plateaux) du sud-est du Venezuela et de l’ouest du Guyana (elle constitue potentiellement une espèce distincte).
Une révision taxonomique menée en 2008 avait déjà mis en évidence une différenciation notable entre les populations des Andes de Mérida (Venezuela) et des massifs de Tamá et de Santurbán (Colombie), qui avaient été regroupées sous la sous-espèce G. n. nanitaea, malgré l’existence de différences vocales et morphologiques.
Grâce à l’augmentation significative des enregistrements sonores disponibles au cours des ces quinze dernières années, notamment dans les bibliothèques en ligne Xeno-canto et Macaulay Library, des biologistes ont réexaminé les variations vocales entre ces populations avec un échantillon plus large et des méthodes statistiques plus robustes. Leur analyse s’est appuyée sur dix paramètres acoustiques mesurés et comparés au moyen de tests statistiques contrôlant la taille des échantillons et la significativité des différences.
Spécimens naturalisés de la sous-espèce G. n. benditasea (trois femelles à gauche et six mâles) dans la Colección Ornitológica Phelps à Caracas (Venezuela). |
Ils ont présenté leurs résultats dans un article publié en 2025 dans le Bulletin of the British Ornithologists’ Club. Ils ont montré que la population des massifs de Tamá et de Santurbán présentait une différenciation vocale mesurable par rapport à celle de la cordillère de Mérida. Bien que plusieurs caractères se chevauchent partiellement, certaines variables (notamment la variation de fréquence, le nombre de notes et la durée du chant) diffèrent de manière statistiquement significative. Leur score global de différenciation atteint 3,42, une valeur proche du seuil de diagnosticabilité fixé à 4, ce qui justifie la reconnaissance d’une nouvelle sous-espèce selon les critères traditionnels.
Ils proposent ainsi la description de G. n. benditasea, que l’on pourrait nommer Grallaire bénie en français, qui est endémique de la partie nord de la cordillère Orientale des Andes (massifs de Tamá et de Santurbán). Cette nouvelle sous-espèce se distingue des autres par un chant légèrement plus lent et plus court, une fréquence maximale plus basse, un bec en moyenne un peu plus large, ainsi que par de subtiles différences de plumage : la femelle semble avoir une poitrine plus pâle et le mâle a une zone blanche plus étendue sur le ventre.
Sur le plan biogéographique, sa distribution est limitée par d’importantes barrières naturelles (vallées profondes et dépressions andines), qui favorisent son isolement. Son habitat correspond aux forêts andines supérieures et aux zones de transition entre la forêt et le páramo (formation arbustive d’altitude).
G. n. benditasea est clairement distincte de la forme nominale et de certaines autres populations, bien que les données génétiques suggèrent des relations complexes. L’ensemble des résultats de cette étude confirme donc l’existence d’une entité évolutive distincte au sein de la Grallaire naine, confirmant le fort taux d’endémisme aviaire des Andes orientales.
Grallaire naine (Grallaricula nana), probablement de la sous-espèce nominale, dans la Reserva Ecologica Rio Blanco, dans le département de Caldas (Colombie).
Source : Diego Calderon – Colombia Birding
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Compléments
Ouvrages recommandés
- Field Guide to the Birds of Colombia (2014) de Miles McMullan, Thomas M Donegan et Alonso Quevedo
- Birds of Colombia (2018) de Robin L. Restall et Steven L. Hilty
- Birdwatching in Colombia (2013) de Jurgen Beckers et Pablo Flores
Source
Thomas M. Donegan, Sergio Córdoba-Córdoba, Jacob Socolar et Luis Alberto Peña (2025). Description of the Tamá-Santurbán subspecies of Slate-crowned Antpitta Grallaricula nana. Bulletin of the British Ornithologists’ Club. Volume : 145. Numéro : 2. Pages : 116-130. bioone.org




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