Les couleurs des oiseaux ont une origine pigmentaire (les mélanines et les caroténoïdes sont les pigments les plus répandus), structurelle (= liée à la structure des plumes) ou une combinaison des deux. Les aberrations de couleurs peuvent être causées par une mutation génétique, une maladie, le stress, une blessure, une carence alimentaire, l’âge et/ou des caractéristiques environnementales (comme l’intensité du rayonnement solaire). Il existe plusieurs types d’anomalies de coloration, dont le grisonnement progressif, le leucisme, l’albinisme (les trois étant souvent confondues), le mélanisme, les mutations ino, brune et grizzle, et la dilution pigmentaire (ou réduction quantitative).

Situation de Hautvillers (Marne)

Situation de Hautvillers (Marne).
Carte : Ornithomedia.com

La Mésange nonnette (Poecile palustris) est une espèce forestière présente partout en France, où elle est commune. Elle a les parties supérieures brunes et les parties inférieures blanchâtres plus ou moins teintées de chamois, surtout aux flancs, et elle a une calotte et une bavette noires (lire Distinguer les Mésanges nonnette et boréale). En novembre et en décembre 2024, Frans Pelsmaekers a observé et photographié à Hautvillers (Marne) une Mésange nonnette au corps (tête, dos et parties inférieures) entièrement blanc, aux ailes brunes parsemées de quelques grandes couvertures, rémiges primaires et secondaires blanches, à la queue brune et au bec et aux pattes roses. 

Comme c’est souvent le cas des oiseaux totalement ou partiellement décolorés, il est difficile d’identifier de façon certaine le type d’anomalie les touchant : albinisme total ou partiel (une notion contestée par plusieurs spécialistes car l’albinisme, qui empêche toute production de mélanine, ne pourrait être que total), leucisme, grisonnement progressif ou dilution pigmentaire (lire La dilution du plumage chez les oiseaux : le cas d’un Merle noir).

Selon Hein van Grouw, conservateur en chef de la collection ornithologique du Natural History Museum de Tring (Grande-Bretagne) et auteur de plusieurs ouvrages et articles sur les anomalies de plumage, ainsi que d’après les nombreux commentaires postés en décembre 2024 dans le groupe « Oiseaux de France » suite à la publication de plusieurs photos, cette mésange pourrait être atteinte de leucisme partiel, notamment du fait de la présence de taches blanches nettes et bien délimitées sur chaque aile et des yeux normalement colorés et non pas rouges (lire L’albinisme et le leucisme chez les oiseaux). Dans cette anomalie, l’absence de cellules de mélanine est congénitale et toujours héréditaire : par conséquent, le motif blanc est déjà présent dans le plumage juvénile et la quantité de plumes blanches ne change pas avec l’âge.  

Toutefois, Hein van Grouw estime que cet oiseau serait plutôt atteint de grisonnement progressif, une anomalie plus fréquente dans la nature et qui se traduit, après le plumage juvénile, par une diminution au fil des années du nombre de cellules produisant la mélanine (mélanocytes) ou par une diminution de l’activité de l’enzyme tyrosinase. L’oiseau est normalement coloré au départ, puis des plumes blanches apparaissent après une ou plusieurs mues et sont de plus en plus nombreuses avec l’âge. Elles forment un motif souvent irrégulier (lire Un Accenteur mouchet au plumage atypique découvert dans le Jura en décembre 2020). Le grisonnement progressif est par exemple particulièrement fréquent chez le Merle noir (Turdus merula) et le Moineau domestique (Passer domesticus), mais il est difficile de le distinguer du leucisme sans connaître les antécédents de l’individu.

Mésange nonnette (Poecile palustris) atteinte de leucisme partiel ou de grisonnement progressif

Mésange nonnette (Poecile palustris) atteinte de leucisme partiel ou de grisonnement progressif à Hautvillers (Marne) en décembre 2024 (cliquez sur la photo pour l’agrandir).
Photographie : Frans Pelsmaekers

Mésange nonnette (Poecile palustris) atteinte de leucisme partiel ou de grisonnement progressif

Mésange nonnette (Poecile palustris) atteinte de leucisme partiel ou de grisonnement progressif à Hautvillers (Marne) en décembre 2024 (cliquez sur la photo pour l’agrandir).
Photographie : Frans Pelsmaekers

Hein van Grow soutient plutôt cette hypothèse en soulignant la ressemblance du plumage de la Mésange nonnette de Hautvillers avec celui de la rare variété « London Fancy » du Canari (Serinus canaria), qui a un corps jaune ou blanc (dans le cas d’une mutation récessive), tandis que les ailes et la queue restent brun foncé, et à laquelle il avait consacré un article en janvier 2024 dans la revue Cage & Aviary Birds. Ce panachage résulte d’un grisonnement progressif. Cette variété avait disparu presque totalement au début du XXᵉ siècle, et les tentatives ultérieures de recréation échouèrent, car les éleveurs pensaient qu’elle résultait du leucisme (panachage congénital). Or, chez le London Fancy, les jeunes sont d’abord normalement pigmentés, puis près leur première mue, les nouvelles plumes du corps perdent leur mélanine, tandis que les plumes juvéniles des ailes et de la queue, non encore renouvelées, restent foncées. Après la seconde mue, même ces plumes deviennent claires, et certains oiseaux finissent presque entièrement jaunes avec l’âge.  

Canaris (Serinus canaria) de la variété « London Fancy » dans une exposition en Belgique. 
Source : Natacha Werkx

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