Le Chevalier culblanc (Tringa ochropus) est un petit limicole mesurant de 21 à 24 cm de long. Ses parties supérieures sont brun olive à brun foncé, subtilement mouchetées ou tachetées de clair, sa tête, son cou et sa poitrine sont rayés de brun-gris, son ventre  et son croupion sont blanc, son bec est droit et ses pattes sont verdâtres ou gris-vert. Les deux sexes sont identiques. Il émet des trilles aigus caractéristiques (lire Identifier les limicoles communs en Europe : seconde partie).

Il niche dans les zones humides boisées (marais, tourbières et forêts marécageuse) et migre et hiverne dans les marais et le long des plans d’eau à l’intérieur des terres et sur la côte. Pour pondre ses œufs, la femelle utilise d’anciens nids d’autres oiseaux ou même d’écureuils construits dans les arbres, ce qui est plutôt atypique pour un limicole. 

Son aire de répartition s’étend de l’Écosse à la Sibérie orientale et à la Chine et il hiverne  dans le bassin méditerranéen, en Afrique tropicale, au Moyen-Orient et en Asie du Sud et de l’Est. Sa population européenne serait comprise entre 1 180 000 et 1 850 000 individus.

Le Chevalier culblanc est un nicheur extrêmement rare au Royaume-Uni, où il est localisé dans les Highlands d’Écosse (lire Séjour ornithologique printanier dans les Hébrides extérieures et les monts Cairngorms). Un article publié en janvier 2026 sur le site web de la revue British Birds a fait un point sur la population britannique de ce limicole, sur les habitats utilisés pour sa nidification et sur le rôle de la gestion des zones humides dans sa conservation. 

Cette espèce est suivie par le Rare Breeding Birds Panel (RBBP), et l’évolution du nombre de couples nicheurs possibles, probables et confirmés a récemment été examinée par Eaton et al. (2023). Cette analyse a mis en évidence une augmentation des effectifs, passant d’un couple en 1996 à neuf en 2021, ce dernier nombre, le plus élevé jamais enregistré, correspondant en fait à celui des mâles chanteurs. Le rapport le plus récent du RBBP, portant sur l’année 2022, a fait état de six couples.

Les auteurs de l’article ont étudié les vingt sites de reproduction britanniques connus entre 1994 et 2024 dans les Highlands, dont les dix utilisés dans les années 2020 (six encore occupés en 2024). Des prospections ont été menées entre 2018 et 2024, principalement en avril et mai, afin de détecter les cas d’occupation territoriale et de reproduction (chants, parades, nids, poussins, comportements d’alarme), et les habitats utilisés ont été décrits, avec une attention particulière portée aux sites ayant fait l’objet de travaux de restauration hydrologique par colmatage de drains. Les caractéristiques des nids, des sites d’alimentation et des habitats des nichées ont été précisément documentées.

Forêt marécageuse créée suite à la construction d'un barrage par le Castor d'Europe (Castor fiber)

Forêt marécageuse créée suite à la construction d’un barrage par le Castor d’Europe (Castor fiber) dans la réserve naturelle (NSG) d’Affelderchen et de Rettichbruch (Allemagne).
Photographie : Waidmann8x57 / Wikimedia Commons 

Les habitats utilisés comprenaient des tourbières naturelles ou restaurées, comprenant des mares, des étangs ou des chenaux peu profonds indispensables à l’alimentation des adultes et des poussins. Lors des prospections, quatre nids ont été trouvés, tous installés dans d’anciens nids d’oiseaux arboricoles ou dans des nids d’écureuils. Plusieurs zones humides restaurées dans le cadre du Wet Woods Restoration Project (mené entre 1998 et 2002), anciennement occupées, sont devenus impropres à la reproduction suite  à leur envahissement par les joncs, les bruyères et certaines mousses. Deux plantations de conifères non indigènes, dont une coupe rase, ont été utilisées ponctuellement, mais elles ont rapidement perdu leur capacité d’attraction. 

Coyle et al. (2018) avaient proposé diverses techniques pour limiter l’envahissement par les joncs (fauche, application d’herbicides et pâturage par le bétail), mais des agents naturels, tels que le Castor d’Europe (Castor fiber), pourraient également jouer un rôle : en Finlande, les effectifs de Chevaliers culblancs ont en effet augmenté grâce à la hausse du nombre de barrages construits par ce rongeur. Le Castor d’Europe a été réintroduit volontairement en Écosse à partir de 2009 (12 ont encore été relâchés en 2023 dans les Highlands) après des siècles d’absence, et depuis, leur population a fortement augmenté.

Ces mammifères pourraient favoriser la création de nouveaux habitats propices à la reproduction du Chevalier culblanc en Écosse. Une fois les arbres préférentiels abattus et les ressources alimentaires épuisées, les castors abandonnent en effet leurs barrages, qui finissent par s’effondrer et à être recolonisés par la végétation : la mosaïque dynamique de milieux forestiers et humides qui se forme alors est favorable au Chevalier culblanc et et à d’autres espèces (lire Le Castor d’Europe pourrait favoriser l’installation du Pic tridactyle).

 Chevalier culblanc (Tringa ochropus) retournant dans son nid installé dans un conifère en Lettonie 
Source : Kristaps Sokolovskis

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