L’île australienne Lord Howe, d’origine volcanique et d’une superficie d’environ 15 km², est située à plus de 570 km au large des côtes de la Nouvelle-Galles du Sud. Son isolement est très ancien, ce qui explique le fort taux d’endémisme de sa flore et de sa faune. Parmi les espèces que l’on ne trouve sur cette île figurent le Figuier de la baie de Moreton (Ficus macrophylla), deux espèces de palmiers du genre Howea, le phasme Dryococelus australis, plusieurs mollusques et le Râle sylvestre (Hypotaenidia/Gallirallus sylvestris), qui vit dans des habitats variés et qui est assez tolérant aux activités humaines (lire Proposition d’une nouvelle classification de la famille des Rallidés). Par ailleurs, l’île constitue l’un des seuls sites de nidification de la sous-espèce tasmani du Fou masqué (Sula dactylatra) (lire Tammy Steeves et la « redécouverte » du Fou de Tasmanie).

Situation de l'île Lord Howe (Australie)

Situation de l’île Lord Howe (Australie).
Carte : Ornithomedia.com 

Le Râle sylvestre, qui ne peut pourtant pas voler, a survécu à la vague d’extinctions qui a touché l’avifaune endémique suite à l’installation de l’Homme au XVIIIe et surtout au XIXe siècle : la Talève de Lord Howe (Porphyrio albus), la Perruche de Lord Howe (Cyanoramphus subflavescens) et le Gérygone de Lord Howe (Gerygone insularis) ont ainsi disparu, tout comme les sous-espèces godmanae du Pigeon à gorge blanche (Columba vitiensis), albaria de la Ninoxe boubouk (Ninox novaeseelandiae), cervina du Rhipidure à collier (Rhipidura fuliginosa), hulliana du Stourne de Norfolk (Aplonis fusca) et vinitinctus du Merle des îles (Turdus poliocephalus). 

Ces disparitions ont été causées par la chasse, la transformation des habitats et les introductions, volontaires ou non, du Rat noir (Rattus rattus), de la Souris grise (Mus musculus), du Chat domestique (Felis silvestris catus), du Cochon sauvage (Sus scrofa domesticus) et de l’Effraie masquée (Tyto novaehollandiae). Le Râle sylvestre a ainsi frôlé l’extinction : dans les années 1970, il ne restait que 22 individus confinés sur le plateau du mont Gower, mais un programme de conservation initié il y a plus de quarante ans, incluant l’élimination des Cochons sauvages et des rongeurs et un élevage en captivité suivi de réintroductions, a permis de sauver l’espèce. On comptait 100 individus en 1980, 140 en 1985 répartis dans trois sites, 160 en 1998 et 460 en 2019.

En 2019, on estimait qu’il y avait encore près de 150 000 Rats noirs et 210 000 Souris grises sur l’île, mais le programme d’éradication (le « rodent eradication program ») lancé cette même année et basé sur la distribution d’appâts empoisonnés, a été très efficace  en 2022, la population de Râles sylvestres avait atteint 1 147 individus.

Dans une dépêche publiée en mars 2025 sur le site web du Ministère de l’Environnement de la Nouvelle-Galles du Sud, on apprend qu’un total de 1 535 Râles sylvestres adultes et juvéniles, ainsi que 26 poussins, avaient été recensés en décembre 2024. Ce chiffre inclut 769 individus capturés et bagués pour la première fois, confirmant un taux de reproduction élevé depuis le précédent recensement de 2022.

La zone du mont Gower n’a pas été incluse dans le recensement de 2024 en raison du risque de propagation d’un pathogène : toutefois, 77 oiseaux y avaient été trouvés en 2022, et en ajoutant ce chiffre aux 1 535 individus du comptage, une population totale d’au moins 1 638 individus est probable.

Il est toutefois probable que la population du mont Gower ait également augmenté au cours des deux dernières années.

Cette augmentation spectaculaire des effectifs fait suite à la phase finale du projet d’éradication des rongeurs de l’île Lord Howe en 2019, démontrant ainsi ses bienfaits. Un programme d’actions demeure toutefois en vigueur afin de préserver et d’enrichir la biodiversité de l’île.

Râle sylvestre (Hypotaenidia/Gallirallus sylvestris) peu farouche sur l’île Lord Howe (Australie) en mai 2025.
Source : Keita USA & Japan

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