Une menace sous-estimée
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Les lumières
d'une ville (ici Las Vegas) peuvent perturber la migration des oiseaux
Source : www.sys-security.com |
Nul ne remet en question
la nécessité déclairer pour des besoins de sécurité
et dagrément. Mais il semble que la pollution lumineuse puisse avoir
des effets négatifs significatifs sur les oiseaux, au point qu'on la suspecte
d'être au moins partiellement responsable de la régression, voire
de la disparition d'un certain nombre d'espèces sur tout ou partie de leur
aire potentielle de répartition.
Des réflexions au niveau européen et international ont eu lieu (et
continuent d'être menées) pour tenter de mieux comprendre les impacts
des lumières générées par les activités humaines
sur la biologie des oiseaux, et les moyens de limiter ces effets négatifs.
Cet article a pour objet d'effectuer une synthèse des connaissances sur
le sujet, en se basant notamment sur les conclusions de la réunion plénière
de lEurorégion Nord - Pas de Calais du 9 mars 98 et sur l'étude
intitulée "impacts écologiques de l'éclairage nocturne"
réalisée par l'ANPCN et publiée sur www.astrosurf.com.
Abstract
Although some bird species are knew to take advantage of the artificial lightning,
it seems that this "pollution" can have significant negative effects
on fauna, and some specialists think that it is partially responsible for the
recession, and even for the disappearance of some species. For example, the Stone
Curlew seems to leave areas wich are artificially enlightened during the night.
This article describes the different effects of the artificial lightning on birds,
and the ways to limit or suppress the disturbances.
Introduction
Une vraie pollution
La pollution n'affecte
pas toujours directement la santé, mais peut modifier les espèces
vivantes naturelles et leur répartition, et c'est le cas de l'éclairage.
En effet, même si quelques rares espèces ont su s'adapter et/ou utiliser
à leur profit l'éclairage artificiel, il semble que la pollution
lumineuse puisse avoir des effets négatifs significatifs sur de nombreux
oiseaux, au point qu'on la suspecte d'être au moins partiellement responsable
de la régression, voire de la disparition d'un certain nombre d'espèces
sur tout ou partie de leur aire potentielle de répartition.
Le phénomène semble actuellement plus frappant en zone tropicale
et équatoriale où il est plus récent, mais de nombreux indices
et témoignages montrent qu'en Europe du nord-ouest, avant l'éclairage
intense des villes, les oiseaux insectivores était considérablement
plus nombreux et diversifiés. Bien sûr; la destruction des habitats
et l'utilisation intensive des pesticides interviennent également, et il
est encore difficile d'évaluer la part respective de responsabilité
de ces phénomènes pour expliquer la disparition de certaines espèces.
Un phénomène peu étudié
Les impacts connus et/ou soupçonnés de l'éclairage direct
et indirect du ciel par des sources artificielles n'ont été que
très peu approchés en France (région Nord Pas de Calais),
mais des études plus poussées ont été menées
au Canada, en Grande-Bretagne, en Belgique et aux Pays-Bas.
Quelques impacts connus de la lumière sur les oiseaux
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L'Oedicnème
criard (Burhinus oedicnemus) est très sensible à la lumière
sur ses sites de nidification
Photo : Joël Bruezière / www.eyesonsky.com |
Certains oiseaux menacés,
tel l'Oedicnème criard (Burhinus oedicnemus) semblent déserter les
zones artificiellement éclairées la nuit. Le simple passage des
pinceaux lumineux des phares de voiture sur son nid suffit, selon certains ornithologues,
à provoquer l'abandon de la couvée. Les canards qui se nourrissent
essentiellement la nuit semblent préférer les zones de noir profond.
D'autres espèces comme l'Etourneau sansonnet (Strunus vulgaris) semblent
s'être facilement habitués à la présence de l'éclairage
artificiel urbain, et l'on trouve parfois des oiseaux qui nichent dans les zones
industrielles très éclairées, toutefois souvent dans une
partie moins éclairée de la zone. En Lituanie, les bagueurs se servent
de phares avec lesquels ils amènent très efficacement les oiseaux
dans leurs filets. L'attirance pour la lumière ou son effet hypnotique
est exploité par nombre de braconniers. Une raie de lumière sur
le sol ou un alignement de lampadaires peut ainsi constituer un mur immatériel
pour certaines espèces pourtant capables de se déplacer rapidement
au sol ou dans les arbres, ou sachant parfaitement voler.
Des comptages nocturnes effectués par des ornithologues sur le littoral
Nord/Pas-de-Calais - principalement sur des Grives litornes, mauvis et musiciennes
en migration post-nuptiale - montrent nettement que l'éclairage des stations
balnéaires détourne et concentre les flux migratoires sur ces zones.
Dans les forêts tropicales, certaines espèces semblent sensibles
à des intensités inférieures à celle d'un quart de
lune et bien moins dans certaines gammes de longueur d'onde (ultraviolet notamment).
Or, toutes les espèces ont sur le moyen et long terme vitalement besoin
de pouvoir se reproduire, et pour cela de se déplacer normalement dans
leur (notre) environnement.
Le nombre de cadavres de chouettes et d'autres oiseaux nocturne est élevé
près des routes. L'hyperacuité visuelle des oiseaux nocturnes, plus
poussée encore que celle des oiseaux diurnes, les rend probablement plus
sensibles à l'éblouissement et par suite aux accidents.
Les spécialistes
observent depuis longtemps des rassemblements et mortalités spectaculaires
autour des phares côtiers lors des migrations.
Lors de l'inauguration de l'éclairage (particulièrement intense)
de la première section de l'A 16 en France (entre Dunkerque et Boulogne),
les cadavres d'oiseaux ont été signalés en nombre anormalement
élevé sur le bord et aux abords de l'autoroute.
Les marins savent que l'utilisation sur un cargo en plein océan de l'éclairage
puissant des mâts de charge attire des oiseaux de très loin.
Un effet de panique
Depuis longtemps, la Station ornithologique de Sempach en Suisse se préoccupe
de la pollution lumineuse. Elle a pu mettre en évidence que les vols des
oiseaux sont perturbés par la multiplication des sources lumineuses, comme
le souligne Bruno Bruderer, chercheur à la Station et spécialistes
des migrations. Lors d'une étude, on a en effet découvert que des
oiseaux migrateurs entrant dans un cône de lumière - celui d'un projecteur
éclairant une publicité, par exemple - montraient des signes de
panique et déviaient parfois de près de 45 degrés de leur
route normale. Les oiseaux migrateurs sont également attirés par
les dômes de lumière qui se forment la nuit au-dessus des villes,
lorsque l'humidité est forte. Si un migrateur se fait prendre dans un pareil
dôme, il devient comme un insecte qui ne parvient plus à sortir de
la sphère lumineuse d'une lampe. Il peut même arriver qu'il vole
pendant des heures et finisse totalement épuisé au sol. D'autres
oiseaux, après avoir volé en rond pendant des heures dans le dôme
lumineux, ne peuvent en sortir qu'au matin dans un dangereux état de fatigue.
Le cas du Pétrel
de Barau
Sur l'île de la Réunion, le Pétrel de Barau (Pterodroma baraui)
niche en altitude, sur le Piton des neiges. Chaque année, les poussins
s'envolent de manière groupée pour rejoindre la mer. Lors de ces
envols synchronisés (en avril/mai), une part croissante des poussins est
attirée par les éclairages de certains villages d'altitude, notamment
par les stades de foot éclairés par des spots halogènes.
Ces poussins se posent au sol dans les endroits éclairés (où
ils sont des proies idéales de la prédation et du braconnage, étant
trop lourd et gras pour redécoller et achever leur trajet vers la mer).
Une partie des poussins qui ont réussi à franchir les reliefs est
ensuite victime de l'éclairage des villes littorales. Littéralement
hypnotisés par la lumière, ils rentrent jusque dans les maisons.
En 1997, 400 poussins de Pétrels de Barau ont ainsi été récupérés
et relâchés en falaise sur le littoral; mais de nombreux autres sont
morts mangés par des prédateurs sauvages, les chiens ou les hommes,
ou ont été écrasés sur les routes... Il semble que
certains oiseaux de mer soient attirés par les zones luminescentes de la
mer qui indiquent la présence de plancton et de proies souvent bioluminescentes.
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