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Le paludisme aviaire serait impliqué dans le déclin des moineaux de Londres

Près de 70 % des Moineaux domestiques londoniens seraient infectés, et cette maladie parasitaire réduirait fortement leur taux de survie hivernal.

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Le paludisme aviaire serait impliqué dans le déclin des moineaux de Londres

Moineau domestique (Passer domesticus) mâle à Paris (France) le 05/06/2016.
Photographie : Jean-Michel Lafont

Les parasites peuvent affecter de façon majeure les populations d'oiseaux : par exemple, le protozoaire Plasmodium relictum responsable du paludisme (ou malaria) aviaire, transporté par le moustique Culex quinquefasciatus, a entraîné le déclin de plusieurs espèces, comme l'Iiwi rouge (Vestiaria coccinea), dans l'archipel d'Hawaï, la microbactérie Mycoplasma gallisepticum a sévèrement impacté les populations de Roselins familier (Haemorhous mexicanus) dans l'est des États-Unis, le virus du Nil occidental a provoqué le déclin de plusieurs espèces nord-américaines (lire Le virus du Nil et les oiseaux), le protozoaire flagellé Trichomonas gallinae a fait chuter le nombre de Verdiers d'Europe (Chloris chloris) en Grande-Bretagne (lire La trichomonose chez les oiseaux des jardins : présentation et prévention), la grippe aviaire a décimé des élevages de canards et de poulets (lire Grippe aviaire : deux spécialistes du Cirad nous en disent plus) et le virus Usutu constitue une menace sérieuse pour le Merle noir (Turdus merula) et d'autres passereaux (lire Des oiseaux touchés par le virus Usutu en Europe : situation et conseils).

Le taux de mortalité des oiseaux atteints de paludisme aviaire varie entre 50 et 90 %, mais beaucoup d'individus ne présentent aucun symptôme et peuvent vivre pendant plusieurs années avec un état léger d'anémie, qui correspond à la la forme chronique de cette maladie. Leur état peut toutefois se détériorer et les signes cliniques peuvent être alors une dyspnée (essoufflement), une anémie grave, une distension abdominale causée par l'hypertrophie du foie et de la rate, une augmentation du poids du cœur droit, une hémorragie oculaire, une biliverdinurie (urine colorée de vert) et finalement le décès.  

Les effectifs de Moineaux domestiques (Passer domesticus) ont fortement diminué dans de nombreuses villes européennes au cours des trente dernières années (lire Le déclin du Moineau domestique à Londres et à Paris), mais les causes de cette baisse restent floues. Plusieurs facteurs ont été évoqués pour expliquer cette chute, mais aucun ne semble décisif : prédation par les Chats domestiques (Felis catus) (lire Protéger les oiseaux des chats), pollution augmentant l'immunosuppression, façades des immeubles modernes offrant peu de sites de nidification... L'explication parasitaire n'avait pas été explorée jusqu'à présent. 

Dans une étude publiée en juillet 2019 dans le journal en ligne Royal Society Open Science, une équipe de biologistes issus de la Zoological Society of London, de la Royal Society for the Protection of Birds, du British Trust for Ornithology  et de l'Université de Liverpool ont présenté les résultats de leur étude sur la relation entre les infections par différents parasites et la survie et la démographie du Moineau domestique dans l'agglomération de Londres (Grande-Bretagne), où le nombre d'oiseaux a baissé de 71 % depuis 1995.

Plasmodium spp

Quelques protozoaires Plasmodium spp (en violet sombre) dans le frottis sanguin (grossit 1 000 fois) d'un Faucon gerfaut (Falco rusticolus).
Source : A. J. Van Wettere / MSD Manual

Les données ont été collectées entre 2005 et 2009 dans 11 colonies réparties dans l'agglomération londonienne. Des oiseaux ont été capturés puis bagués, et des échantillons de sang et de selles prélevés sur 380 oiseaux afin de détecter la présence et l'intensité de l'infection par Plasmodium relictum et par les hématoparasites Atoxoplasma spp. et Isospora spp. dans le sang et par les parasites gastro-intestinaux (coccidies et salmonelles). L'évolution de la taille de la population a été estimée en comptant chaque année le nombre de mâles chanteurs, et le taux de survie mensuel hivernal a été évalué chez les oiseaux capturés et bagués. Les concentrations en dioxyde d'azote ont aussi été prises en compte afin de détecter une éventuelle corrélation entre cette pollution et le taux d'infection parasitaire.

Les auteurs ont constaté que sept des onze colonies étaient en déclin et qu'en moyenne, 74 % (et même parfois 100 %) des moineaux (adultes et juvéniles) étaient atteints de paludisme aviaire dans la banlieue de Londres, soit la prévalence la plus élevée jamais enregistrée jusqu'à présent au sein d'une population d'oiseaux en Europe du Nord. Ils ont découvert que que c’était l’intensité de l'infection par Plasmodium qui était responsable de la mortalité (baisse d'année en année du nombre de mâles suivis), et non la simple présence du parasite. La croissance de la population et le taux de survie hivernal des juvéniles et des adultes étaient négativement corrélés à l'intensité de l'infection. Quand le nombre de Plasmodium relictum pour 10 000 globules rouges passe de moins de 10 à plus de 200, le taux de survie mensuel passe de plus de 80 % à moins de 20 %.

Les hématoparasites Atoxoplasma spp. et Isospora spp ont été détectés dans le sang et des coccidies et des salmonelles dans les fecès, mais ils étaient beaucoup moins répandus et n'avaient a priori aucun effet sur le taux de survie hivernal et sur l'évolution de la population suivie. Aucun lien entre les concentrations en dioxyde d'azote et l'infection parasitaire n'a été détecté. Les faibles taux d'infection entre congénères mesurés supposent que les moineaux n'étaient pas immunodéprimés.

Ces résultats suggèrent que l'infection par P. relictum pourrait influencer la dynamique des populations de Moineaux domestiques dans l'agglomération londonienne, du fait en particulier d'une augmentation récente de l'exposition à ce parasite, causée peut-être par le changement climatique qui favorisent la survie des moustiques. En effet, le paludisme aviaire est transporté et transmis par ces insectes lors de piqûres, et les températures plus élevées et des conditions météorologiques plus humides sont favorables à la reproduction des moustiques. Ce parasite pourrait aussi être devenu plus virulent du fait de ces nouvelles conditions.

Les mouvements d'une colonie de moineaux sont réduits, et les disparitions des oiseaux ne sont généralement pas compensées par des arrivées d'oiseaux extérieurs, ce qui contribue progressivement à isoler spatialement et génétiquement les noyaux de population.

Cette étude suggère ainsi que le paludisme aviaire serait donc impliqué dans la diminution du nombre de Moineaux domestiques à Londres, et peut-être ailleurs en Europe.



Vidéo expliquant l'impact du paludisme aviaire sur certains oiseaux endémiques forestiers des îles Hawaï (États-Unis).
Source : Travis DuBridge

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Moineau domestique (Parus domesticus)

Sources

  • Catherine Smalley (2019). Avian malaria likely cause of decline in London sparrows. Discover Bordlife. Date : 18/07. www.discoverwildlife.com
  • Dadam Daria, Robinson Robert A., Clements Anabel, Peach Will J., Bennett Malcolm, Rowcliffe J. Marcus et Cunningham Andrew A. (2019). Avian malaria-mediated population decline of a widespread iconic bird species. Royal Society Open Science. Date ; 17/07. https://royalsocietypublishing.org
  • Kara Rogers. Avian Malaria. Encyclopaedia Briannica. www.britannica.com/science/avian-malaria

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