Une région d’un grand intérêt pour les observateurs

Situations des parcs nationaux de Bialowieza et de la Biebrza et du réservoir de Siemianówka (Pologne)

Situations des parcs nationaux de Bialowieza et de la Biebrza et du réservoir de Siemianówka (Pologne).
Carte : Ornithomedia.com

Ce rapport couvre notre court mais très réussi voyage dans le nord-est de la Pologne du 9 au 12 mai 2025. Il s’agissait d’un voyage aux objectifs multiples : pour Severin, c’était l’occasion d’observer, de photographier et d’enregistrer certaines espèces emblématiques d’Europe de l’Est, et pour moi, qui me suis installé en Europe il y a quelques mois auparavant, c’était l’opportunité d’ajouter un grand nombre de nouvelles espèces à ma liste personnelle. Bien sûr, de nombreux endroits permettent d’observer des oiseaux est-européens orientaux au printemps, mais le nord-est de la Pologne nous a séduits car c’est une région facilement accessible et idéale pour faire quelques jours d’observation.

Les sources utilisées pour préparer le voyage

Nous avons utilisé le site web eBird et des comptes rendus de voyage existants afin d’identifier les sites, les espèces cibles à observer et préparé un itinéraire général.
Le site eBird est utile pour préparer un séjour en Pologne, car il y une petite communauté d’utilisateurs locaux et des ornithologues de passage qui transmettent des données. En fonction des espèces que nous voulions observer, nous avons prévu une journée complète et deux demi-journées dans la forêt de Białowieża et dans les environs, ainsi que deux demi-journées dans les marais de la vallée de la rivière Biebrza et à proximité.
Une fois cet itinéraire général défini, nous avons affiné les sites précis à visiter et les zones d’observation les plus intéressantes grâce à l’excellent guide « Finding Birds in Eastern Poland » de Dave Gosney (ISBN : 9781907316517) ainsi qu’au « Białowieża Site Guide » (collection Wild Poland) de Łukasz Mazurek et Tomasz Jezierczuk (ISBN : 9788364944000), qui est également disponible au format PDF. Bien qu’il ait déjà dix ans, le guide de Gosney reste globalement précis, jusque dans les localisations spécifiques des espèces, et les cartes très détaillées ainsi que les descriptions de sites du livre de Wild Poland se sont révélées extrêmement utiles lors de nos déplacements dans la forêt de Białowieża.
Les autres rapports de voyage utilisés :

Logistique et hébergements

Le gîte de la ferme de Łosiowy Kąt

Le gîte de la ferme de Łosiowy Kąt dans la vallée de la Biebrza (Pologne).
Photographie : Alexander Lin-Moore

Nous sommes arrivés à l’aéroport Chopin de Varsovie (WAW), où nous avons également récupéré notre voiture de location chez Hertz. Il est aussi possible de rejoindre l’aéroport de Varsovie-Modlin (WMI) avec des compagnies à bas coût depuis la plupart des grandes villes européennes, mais les horaires de ces vols ne nous convenaient pas. Modlin est également légèrement plus proche des sites d’observation et est réputé plus facile d’accès en voiture. L’itinéraire pour sortir de WAW et traverser Varsovie était un peu compliqué, mais avec un GPS et/ou Google Maps, cela n’a pas posé de problème majeur.
Nos hébergements ont été réservés via la plateforme booking.com. À Białowieża, nous avons séjourné au Domek pod Klonem Agroturystyka, un petit hôtel de style « cabane de chasse  » situé juste au sud du parc du Palais. Notre hôte était très sympathique, mais il ne parlait pas anglais ; toutefois, grâce à un traducteur automatique, nous avons pu nous enregistrer, discuter et même obtenir des informations sur certaines espèces ciblées. Le coût total d’une chambre à deux lits pour deux nuits était de 121 €. Pour le parc national de la Biebrza, nous avons séjourné au Łosiowy Kąt, une grande ferme aménagée en auberge située à quelques kilomètres au nord de Goniądz. Le total pour une nuit y était de 40 €.
Les deux hébergements étaient très agréables, mais autour de Białowieża, les possibilités sont nombreuses : il vaut donc la peine de comparer les offres afin de trouver l’endroit qui correspondra le mieux à vos besoins de voyage.
La monnaie polonaise est le złoty (PLN), avec un taux de change d’un peu plus de 4 PLN pour 1 euro. Les distributeurs automatiques sont nombreux à WAW, mais ils devraient être évités sauf nécessité absolue, car ils prélèvent des frais proportionnels extrêmement élevés pour des retraits en monnaie locale. Des distributeurs sont également disponibles dans la plupart des villes (y compris à Białowieża), et les cartes de crédit/débit sont acceptées pour la majorité des petits achats. Nous avons toutefois dû payer en espèces notre hôtel à Białowieża ainsi que notre soirée avec le guide local Mateusz Szymura : dans les deux cas, nous en avions été informés bien à l’avance.
Nous avons pris contact avec Mateusz via son site internet, qui propose une sélection d’excursions ciblant certaines espèces ou expériences particulières. La réservation de ces courtes sorties (environ deux heures chacune) a été très simple, et le choix des dates/heures, les tarifs ainsi que l’organisation des rendez-vous ont été très faciles à mettre en place.
Mateusz était très sympathique et, en tant qu’employé du parc national de Białowieża, extrêmement bien informé sur l’ornithologie, la conservation de la nature et, plus généralement, l’histoire naturelle de la région.

Météo et autres considérations

Vue de la vallée de la Biebrza (Pologne) au printemps

Vue de la vallée de la Biebrza (Pologne) au printemps.
Photographie : Pudelek / Wikimedia Commons

Les températures à Białowieża n’ont jamais dépassé 15 °C, et les températures avant l’aube, ainsi qu’en fin de soirée, sont plusieurs fois descendues sous les 0 °C. Ce froid semble être caractéristique de cette région à la fin du printemps et dure généralement une à deux semaines avant de laisser place à des températures estivales plus classiques.
La région de la vallée de la Biebrza était un peu plus chaude, bien que les températures restaient assez fraîches en l’absence de soleil. Étant une vaste plaine inondable ouverte avec peu d’arbres, elle est également assez venteuse, particulièrement l’après-midi. Nous avons constaté que les oiseaux restaient actifs malgré cela, mais il est important de tenir compte du vent lorsqu’on recherche des fauvettes discrètes au chant faible dans les roselières ; nos meilleurs résultats avec ce type de passereaux ont systématiquement eu lieu tôt le matin et tard le soir. Nous avons subi quelques averses éparses en fin de semaine, mais elles étaient rarement assez fortes pour gêner l’activité des oiseaux.
Petite remarque concernant le stationnement dans la forêt de Białowieża : afin de limiter les dommages causés à la forêt, le stationnement y est restreint à quelques zones désignées, et il est interdit de se garer ailleurs ou de circuler sur les pistes forestières non goudronnées. Une carte de ces emplacements figure dans le Białowieża Site Guide de Wild Poland, et ils sont également indiqués sur les cartes vendues au kiosque du parc du Palais de Białowieża. De manière assez frustrante, il ne semble toutefois pas exister de ressource en ligne recensant de façon complète ces zones de stationnement, même si certaines apparaissent sur Google Maps. Nous avons eu des difficultés même en essayant simplement de quitter la route principale pour nous garer sur une piste.

Forêt dans le parc national de Białowieża (Pologne)

Forêt dans le parc national de Białowieża (Pologne).
Photographie : Merlin / Wikimedia Commons

Dans le même ordre d’idées, un permis est officiellement requis pour entrer dans le parc national de la Biebrza, bien qu’il n’y ait ni guichet ni barrière empêchant l’accès. Nous avons été contrôlés par un garde du parc de la Biebrza sur le sentier des prairies de Barwik, qui a demandé à voir nos autorisations. Heureusement, nous étions au courant à l’avance. Ces permis sont peu coûteux (8 PLN / 1,90 € par personne et par jour) et faciles à acheter au siège du parc à Osowiec (voir sa localisation sur Google Maps).
Nous avons remarqué une présence militaire importante dans la forêt de Białowieża pendant notre visite, en raison des tensions accrues avec la Biélorussie voisine liées à la guerre en Ukraine. Il nous a été clairement indiqué que la frontière était fermée et qu’il fallait éviter de marcher trop près de celle-ci dans la forêt. Bien qu’une clôture frontalière bien visible traverse la forêt, elle se situe entièrement du côté biélorusse ; cela signifie que si vous pénétrez dans la zone défrichée entourant cette clôture, vous avez déjà franchi illégalement la frontière.
On nous a conseillé de porter nos passeports si nous décidions d’observer les oiseaux près de la frontière, au cas où nous serions contrôlés par les gardes-frontières polonais ou biélorusses. Cependant, compte tenu des tensions accrues, nous avons simplement choisi d’observer ailleurs.
En dehors de cette activité militaire, la Pologne est bien entendu totalement sûre et s’est révélée très accueillante selon notre expérience. Des plats végétariens étaient facilement disponibles dans la plupart des restaurants que nous avons fréquentés.

Aperçu de l’itinéraire

Comme mentionné plus haut, nous voulions couvrir les principaux sites ornithologiques de cette région en le moins de temps de possible afin de limiter la durée du séjour. Notre itinéraire était le suivant :

  • 9 mai : rendez-vous à l’aéroport Chopin de Varsovie (WAW) tôt le matin, puis trajet direct vers Białowieża. Observation des oiseaux dans la forêt et dans le parc du Palais en soirée, puis session d’observation de la fin d’après-midi jusqu’au coucher du soleil à Kosy Most.
  • 10 mai : visite des cultures autour des villages de Budy et de Teremiski à la recherche du Bison d’Europe (Bison bonasus), puis visite du secteur du pont de Budy et de la forêt voisine pour rechercher les pics. Excursion en début d’après-midi au réservoir de Siemianówka pour observer les « spécialités » des zones humides d’Europe de l’Est. Sorties en soirée avec Mateusz Szymura pour rechercher la Chevêchette d’Europe (Glaucidium passerinum) et la Bécassine double (Gallinago media).
  • 11 mai : matinée consacrée aux dernières espèces ciblées de la forêt de Białowieża, puis trajet vers le parc national de la Biebrza, avec un arrêt aux étangs piscicoles de Dojlidy sur le chemin. Après-midi à Mścichy à la recherche du Phragmite aquatique (Acrocephalus paludicola).
  • 12 mai : sortie matinale à la recherche du Phragmite aquatique dans les prairies près de Łoje-Awissa, puis recherche des dernières espèces ciblées avant notre retour vers le WAW pour le vol du soir et le train du petit matin.

9 mai : arrivée et visite de la forêt de Białowieża

Carte du secteur du parc national de Białowieża (Pologne)

Carte du secteur du parc national de Białowieża (Pologne) et emplacements des points d’observation : (1) Miejsce Mocy, (2) parc du Palais, (3) Kosy Most, (4) pont de Budy, (5) Budy Leśne, (6) réservoir de Siemianówka, (7) tour d’observation des prairies de Narewka, (8) réserve de Bisons d’Europe et (9) bassins piscicoles de Dojlidy.
Carte : Ornithomedia.com

J’ai quitté Vienne (Autriche) pour atteindre Varsovie à 4 h 30, arrivant dans l’aéroport de WAW vers 7 h 30. Severin m’attendait à l’aéroport avec la voiture de location, et nous avons immédiatement pris la route vers Białowieża.
Le trajet vers l’Est nous a fait traverser de grandes étendues de plantations forestières et de champs ouverts, riches en espèces typiques des milieux agricoles. Une Grive litorne (Turdus pilaris) observée près de Siedlce fut ma première nouvelle espèce du voyage, une observation attendue depuis longtemps après les avoir étonnamment manquées durant mes deux premiers mois à Vienne.
Après environ une heure et demie de route, nous nous sommes arrêtés pour un rapide déjeuner acheté dans une supérette à Drohiczyn, où un petit parc abritait un Gobemouche noir (Ficedula hypoleuca) chanteur, accompagné des chants catholiques du vendredi matin provenant d’une petite église voisine. Le Pic syriaque (Dendrocopos syriacus) est parfois signalé dans les environs de cette ville, mais nous n’en avons vu aucun. Une Pie-grièche grise (Lanius excubitor) a ensuite été ajoutée à la liste, perchée sur des lignes électriques peu après notre retour sur la route.
Après avoir été ralentis par un convoi militaire aux abords de la forêt, nous sommes arrivés à Białowieża peu après midi et avons rapidement quitté la route principale pour emprunter une piste menant vers la carrière de Miejsce Mocy (voir la situation de ce point d’observation sur eBird). Dès que nous sommes sortis de la voiture, nous avons entendu un Gobemouche nain (Ficedula parva) chanter juste de l’autre côté de la route.
Une courte marche le long de la piste nous a ensuite offert le passage furtif d’un Pic noir (Dryocopus martius) parmi les espèces forestières communes telles que la Mésange noire (Periparus ater), la Sitelle torchepot (Sitta europaea), la Fauvette à tête noire (Sylvia atricapilla), le Pouillot véloce (Phylloscopus collybita), le Rougegorge familier (Erithacus rubecula) et, surtout, un nombre impressionnant de Pinsons des arbres (Fringilla coelebs). Un couple de Coucous gris (Cuculus canorus) chantait au loin : tout comme le Pinson des arbres, cette espèce était omniprésente partout où nous avons observé.
Sur le chemin du retour, nous avons été arrêtés par un garde du parc national de Białowieża, qui nous a expliqué qu’en quittant la route principale (dépourvue d’accotement) pour nous garer, nous avions pénétré dans une zone interdite. Il a relevé nos identités, mais cela n’a heureusement débouché ni sur une amende ni sur une sanction officielle. Il est néanmoins important de souligner que les possibilités de stationnement dans le parc sont très limitées et qu’il est totalement interdit de circuler, ou même de se garer, le long des pistes forestières utilisées par les gardes, même lorsqu’elles semblent parfaitement adaptées.
Comme il nous restait encore quelques heures avant de nous installer dans notre hébergement, nous nous sommes rendus au parc du Palais (Pałacowy) (voir la situation de ce point d’observation sur eBird), situé à l’ouest de la ville de Białowieża : c’est un site ornithologique réputé et un endroit privilégié pour observer certaines des espèces emblématiques les plus courantes de la région.
Le parking payant lui-même était déjà très animé pour le milieu de journée, avec de petits groupes de Chardonnerets élégants (Carduelis carduelis), de Verdiers d’Europe (Chloris chloris), de Serins cinis (Serinus serinus) et de Pinsons des arbres dans les arbres, tandis que quelques Bergeronnettes grises (Motacilla alba) se poursuivaient entre les voitures.
Après avoir traversé la chaussée, le long de laquelle une Rousserolle turdoïde (Acrocephalus arundinaceus) chantait dans les roseaux, puis dépassé la maison des gardes, nous avons rapidement observé plusieurs espèces forestières communes, notamment le Gros-bec casse-noyaux (Coccothraustes coccothraustes), la Grive musicienne (Turdus philomelos), la Mésange nonnette (Poecile palustris), le Grimpereau des jardins (Certhia brachydactyla), le Pouillot siffleur (Phylloscopus sibilatrix) et le Gobemouche gris (Muscicapa striata).
Un trio de Gobemouches noirs se poursuivait dans le sous-bois près de la maison des gardes, et plus profondément dans la forêt, nous avons observé plusieurs Gobemouches à collier (Ficedula albicollis), permettant une comparaison directe.
La partie nord du parc, qui surplombe des pâturages avec la réserve stricte en arrière-plan, est réputée être un site fiable pour l’Aigle pomarin (Clanga pomarina), et nous n’avons eu à attendre que quelques minutes avant qu’un individu ne passe en planant vers le Nord, directement en direction de la réserve stricte, qui est un site de nidification connu. Quelques Grues cendrées (Grus grus) planaient également au loin au-dessus du parc.

Castor d'Europe (Castor fiber)

Castor d’Europe (Castor fiber) à Kosy Most, dans le parc national de Białowieża (Pologne).
Photographie : Alexander Lin-Moore

Après notre installation et un dîner anticipé au très bon restaurant Fanaberia (également très accueillant pour les végétariens), nous avons pris la direction du nord vers Kosy Most (voir la situation de ce point d’observation sur eBird) pour une session d’observation en soirée. La marche d’environ un kilomètre à travers la forêt dense entre l’aire de stationnement et la rivière Narewka fut assez calme, mais dès que le milieu s’est ouvert autour de la rivière, les chants d’oiseaux devinrent abondants. Nous avons rapidement ajouté la Pie-grièche écorcheur (Lanius collurio) à notre liste, au milieu du concert assourdissant et omniprésent des Rossignols prognés (Luscinia luscinia).
Un chant mécanique rappelant celui des locustelles, semblable au bruit d’un insecte, s’est révélé être celui d’une Locustelle fluviatile (Locustella fluviatilis), dont le rythme était nettement plus rapide que dans les enregistrements que nous avions utilisés pour nous préparer.
Nous avons observé le coucher du soleil depuis la petite plateforme située au nord du carrefour, d’où nous avons vu passer quelques Bécasses des bois (Scolopax rusticola) en vol, mais aussi, plus excitant encore,  un Blaireau européen (Meles meles), traversant la prairie à grandes foulées et nous offrant une excellente observation.
Le site s’est révélé remarquable pour les mammifères et, bien que nous n’ayons pas aperçu de Bisons d’Europe pâturant depuis la plateforme, la marche du retour dans la lumière déclinante nous a permis d’observer un Écureuil roux (Sciurus vulgaris), un Chevreuil européen (Capreolus capreolus), un Hérisson roumain (Erinaceus roumanicus) et, surtout, un Castor d’Europe (Castor fiber) sur les rives de la Narewka.
Nuit passée à Białowieża.  

10 mai : villages de Budy et de Teremiski et réservoir de Siemianówka

Bison d'Europe (Bison bonasus)

Bison d’Europe (Bison bonasus) mâle dans le parc national de Białowieża (Pologne).
Photographie : Alexander Lin-Moore

Malgré une pluie légère et un temps maussade, nous étions dehors avant l’aube (avant 4 h du matin ici) en direction des villages jumelés de Budy et Teremiski, situés à environ 10 km au nord-ouest.
Les pâturages ouverts autour de ces villages comptent parmi les sites les plus fiables pour observer le Bison d’Europe, notre principale cible non ornithologique. Notre chance avec les mammifères, déjà excellente la veille au soir, s’est poursuivie pendant le trajet : un groupe de Cerfs élaphes (Cervus elaphus) a traversé la route forestière.
Un premier passage en voiture sur la route principale traversant les deux villages n’a rien donné, mais après avoir emprunté une petite route secondaire à Teremiski, nous avons rapidement aperçu un Bison d’Europe broutant tranquillement dans le jardin de quelqu’un.
La forêt de Białowieża a été l’un des derniers endroits dans le monde où a survécu ce plus grand mammifère d’Europe avant qu’il ne soit exterminé à l’état sauvage au début des années 1900 par la chasse. Ce fut également le premier site, et le plus réussi, de sa réintroduction, avec aujourd’hui plus de 500 individus vivant en liberté.
Le bison observé, apparemment un individu assez connu localement, a traversé plusieurs jardins avant de franchir la route juste devant nous, nous offrant des observations exceptionnelles : c’était une expérience véritablement unique et emblématique de Białowieża. Nous avons célébré notre chance matinale avec les mammifères par un petit-déjeuner acheté en supérette à Białowieża avant de retourner dans le secteur des villages de Budy et de Teremiski.
Une petite zone de forêt partiellement inondée sépare les deux villages, et cet endroit est réputé pour l’observation des pics. Nous nous sommes garés à nos risques et périls dans une petite clairière non autorisée juste à l’est du pont de Budy (voir la situation de ce point d’observation sur eBird), puis avons marché le long de la route tranquille en écoutant les tambourinages. Le secteur était très animé et nous a permis d’observer plusieurs nouvelles espèces liées aux zones humides, comme la Locustelle luscinioïde (Locustella luscinioides), le Phragmite des joncs (Acrocephalus schoenobaenus), le Chevalier culblanc (Tringa ochropus) et la Bécassine des marais (Gallinago gallinago). Un rapace lointain, trempé par une averse matinale et occupé à sécher ses ailes, s’est révélé être un Aigle pomarin.
Les pics, en revanche, se faisaient désirer. Après environ une demi-heure, nous avons finalement entendu un tambourinage caractéristique, extrêmement puissant et rapide au début, puis s’estompant après environ une seconde et demie, un peu comme une grosse pièce tombant sur un plancher en bois : c’était celui d’un Pic à dos blanc (Dendrocopos leucotos) mâle perché au sommet d’un arbre mort éloigné.
Peu après, nous avons entendu un autre tambourinage, sensiblement différent de celui du Pic à dos blanc mais difficile à identifier. Le Pic tridactyle (Picoides tridactylus), notre autre cible principale parmi les pics, semblait être un candidat plausible, d’autant plus que l’espèce avait été signalée les jours précédents. Frustration toutefois : nous n’avons jamais réussi à retrouver l’oiseau pour confirmer l’identification et avons dû nous contenter de quelques tambourinages lointains enregistrés.
Après un bilan mitigé concernant les pics, nous avons poursuivi vers l’ouest jusqu’à la lisière de Budy, où la piste forestière de Budy Leśne (voir la situation de ce point d’observation sur eBird) traverse la forêt jusqu’à une petite clairière où les bisons se rassemblent parfois. Cette forêt a également été productive, et nous avons brièvement aperçu un autre Pic à dos blanc au début du sentier. Dans l’ensemble, les pics semblaient assez rares, et nous n’avons pas fait d’autres observations en dehors de quelques Pics épeiches (Dendrocopos major), omniprésents.

Chevêchette d'Europe (Glaucidium passerinum)

Chevêchette d’Europe (Glaucidium passerinum) le long du sentier de Budy-Leśne, dans le parc national de Białowieża (Pologne).
Photographie : Alexander Lin-Moore

Alors que le temps se dégageait et que la température montait, nous avons atteint une clairière totalement dépourvue de bisons, puis avons fait demi-tour. Du coin de l’œil, j’ai aperçu un oiseau brun de taille moyenne se laissant tomber au sol depuis quelques mètres de hauteur avant de disparaître dans les herbes : m’attendant à voir apparaître une Grive musicienne (Turdus philomelos) ou draine (Turdus viscivorus), j’ai attendu quelques secondes; et c’est finalement une Chevêchette d’Europe qui est sortie de l’herbe, avec un Campagnol roussâtre (Clethrionomys glareolus) dans ses serres ! Après s’être envolée vers un perchoir voisin, elle a achevé sa proie avant de tourner vers nous son expression à la fois adorable et féroce pendant quelques secondes, puis s’est s’enfoncée plus profondément dans la forêt. Vu la saison, cet individu était très probablement un mâle apportant de la nourriture à sa femelle restée au nid.
Après une matinée globalement très réussie, nous avons décidé de changer de milieu et avons pris la direction du réservoir de Siemianówka, situé à environ une heure au nord de Białowieża. Ce plan d’eau partage de nombreuses espèces cibles avec la vallée de la Biebrza, dont la visite était prévue dans notre itinéraire, mais la perspective de voir de nouvelles espèces était trop tentante pour y résister.
Nous sommes arrivés à la station de pompage située au sud-est du réservoir (voir la situation de ce point d’observation sur eBird) vers 13 h 30. En montant sur la digue voisine, nous avons découvert un lac presque totalement asséché et envahi de végétation. Aucune eau libre n’était visible avant près d’un kilomètre, et même les herbes et arbustes recouvrant le fond du lac étaient secs et cassants. Nous avons tout de même ajouté quelques nouvelles espèces à la liste du voyage, notamment la Fauvette grisette (Curruca communis) et l’Alouette lulu (Lullula arborea), mais les oiseaux d’eau étaient totalement absents ici ; les rapaces planant au-dessus du lac asséché n’étaient pas des Busards des roseaux (Circus aeruginosus), mais de simples Buses variables (Buteo buteo).

Vue du réservoir de Siemianówka (Pologne)

Vue du réservoir de Siemianówka (Pologne).
Photographie : Fallaner / Wikimedia Commons

Une bande d’eau libre visible vers l’ouest nous a redonné un peu d’espoir, notamment pour les sternes. Nous avons donc gagné le village de Siemianówka, où nous nous sommes garés sur une petite aire de stationnement le long de la route principale (voir la situation de ce point d’observation sur eBird), avec un sentier menant à un parc public et au réservoir. Ce site offrait enfin une vue dégagée sur l’eau libre, où de nombreux oiseaux étaient présents. Les Guifettes noires (Chlidonias niger), leucoptères (C. leucopterus) et Guifettes moustacs (C. hybrida) étaient nombreuses au-dessus du centre du lac, accompagnées de petits groupes de Sternes pierregarins (Sterna hirundo) passant plus près de la rive. Nous avons également repéré une Hirondelle de rivage (Riparia riparia) parmi les nuages d’Hirondelles rustiques (Hirundo rustica) et de Martinets noirs (Apus apus).
Les rapaces comprenaient un Balbuzard pêcheur (Pandion haliaetus), plusieurs Busards des roseaux et un Pygargue à queue blanche (Haliaeetus albicilla) planant près des groupes lointains d’Oies cendrées (Anser anser) nageant au large.
En marchant vers l’ouest le long de la digue, nous avons trouvé plusieurs petits groupes de limicoles, incluant le Petit Gravelot (Charadrius dubius), le Chevalier sylvain (Tringa glareola), le Chevalier gambette (Tringa totanus) et le Combattant varié (Calidris pugnax). Les roseaux accueillaient les premiers Tariers des prés (Saxicola rubetra) et Bruants des roseaux (Emberiza schoeniclus) du voyage, ainsi que plusieurs Rousserolles turdoïdes (Acrocephalus arundinaceus) et Bergeronnettes printanières (Motacilla flava), même si nous n’avons pas réussi à trouver la Bergeronnette citrine (Motacilla citreola), espèce nicheuse rare mais régulière dans l’est du lac, au moins lors des années plus humides (lire La « Conquête de l’Ouest » de la Bergeronnette citrine).
Avec le dîner et les sorties du soir , et avec plusieurs espèces cibles déjà cochées, nous sommes retournés à Białowieża pour notre deuxième dîner consécutif chez Fanaberia (avec un serveur robot en prime) avant de retrouver notre guide Mateusz juste à l’est de la ville.

Chevêchette d'Europe (Glaucidium passerinum)

Chevêchette d’Europe (Glaucidium passerinum) dans le parc national de Białowieża (Pologne).
Photographie : Alexander Lin-Moore

Accompagnés d’un petit groupe d’autres visiteurs, il nous a mené dans la forêt jusqu’à une cavité de nidification connue de Chevêchette d’Europe. Grâce à une caméra thermique (lire Utiliser une caméra thermique de vision nocturne pour étudier et observer les oiseaux), nous avons pu voir la chaleur dégagée par la femelle depuis l’intérieur du trou, et après quelques recherches nous avons repéré le mâle dans un arbre voisin. Pendant l’incubation, la femelle ne quitte pas le nid et dépend entièrement du mâle pour son alimentation. Alors que notre rencontre avec un individu plus tôt dans la journée concernait probablement un mâle apportant de la nourriture à sa compagne, ce mâle-ci semblait surtout préoccupé par la défense de son territoire autour du nid, effectuant plusieurs courts vols entre les arbres voisins. Malheureusement pour lui, cette agitation a attiré rapidement l’attention de plusieurs passereaux qui le harcelèrent sans relâche pendant plusieurs minutes (lire À propos du houspillage de la Chevêchette d’Europe par les passereaux). L’expérience fut très enrichissante, même si elle aurait sans doute été encore plus excitante si nous n’avions pas déjà trouvé notre propre Chevêchette d’Europe quelques heures auparavant !
Après cette belle observation, nous sommes retournés à la voiture, où un Torcol fourmilier (Jynx torquilla) très vocal nous attendait sur le parking. Pour notre seconde activité nocturne, une place de chant de Bécassines doubles, nous avons suivi les indications de Mateusz jusqu’à un ensemble de prairies humides bien au nord de Białowieża. Une fois sur place, entourés par les chants des Râles des genêts (Crex crex) et des Locustelles tachetées (Locustella naevia), nous avons commencé à scruter les prairies à la recherche des bécassines. Après quelques minutes, Mateusz a repéré la place de chant au loin, et nous avons passé l’heure suivante à profiter de leurs claquements caractéristiques et de leurs petits bonds nuptiaux dans la lumière déclinante.
Même si notre retour tardif en voiture à travers Białowieża ne nous a pas permis d’entendre d’Engoulevent d’Europe (Caprimulgus europaeus), nous étions pleinement satisfaits de cette longue et remarquable journée d’observation.

11 mai : parcs nationaux de Białowieża et de la Biebrza

Carte du secteur du parc national de la Biebrza (Pologne) et emplacements des points d'observation

Carte du secteur du parc national de la Biebrza (Pologne) et emplacements des points d’observation : (1) Mścichy, (2) Łoje-Awissa et (3) Goniadz.
Carte : Ornithomedia.com

Compte tenu des succès de la veille, nous nous sommes offert le luxe de dormir jusqu’à 5 heures avant de repartir à la recherche de nos dernières espèces forestières ciblées.
Un arrêt rapide à la tour d’observation des prairies de Narewka (voir la situation de ce point d’observation sur eBird) nous a permis d’entendre, sans le voir,  un Pic cendré (Picus canus), ainsi qu’une autre Locustelle fluviatile au chant particulièrement rapide, parmi de nombreuses espèces forestières communes.
De retour dans les forêts alluviales de Kosy Most (voir la situation de ce point d’observation sur eBird), nous nous sommes retrouvés entourés de fauvettes : des jardins (Sylvia borin), babillarde (Curruca curruca), à tête noire (S. atricapilla), omniprésentes, et surtout un trio de Fauvettes épervières (C. nisoria).
Un rapide trajet sur la route menant à la réserve de bisons (voir la situation de ce point d’observation sur eBird), sur le chemin du retour vers Białowieża, nous a enfin offert de bonnes observations du Gobemouche nain, une espèce que nous n’avions jusque-là qu’entendue.
Après un rapide petit-déjeuner dans une station-service, nous avons pris la route vers le parc national de la Biebrza, situé à environ 2 h 30 plus au nord-ouest. À mi-chemin environ, avant de traverser Białystok, nous avons fait halte au niveau des bassins piscicoles de Dojlidy (voir la situation de ce point d’observation sur eBird). Comme prévu, les oiseaux aquatiques y étaient nombreux et nous avons ajouté à notre liste le Goéland pontique (Larus cachinnans), ainsi que les Grèbes castagneux (Tachybaptus ruficollis), jougris (Podiceps grisegena) et huppé (P. cristatus), sans oublier la Rémiz penduline (Remiz pendulinus), parmi d’autres espèces plus communes.
Un Roselin cramoisi (Carpodacus erythrinus) essayant simultanément de chanter et de se nourrir a constitué une belle observation, cette espèce étant généralement rare avant la seconde moitié du mois de mai.

Bergeronnette citrine (Motacilla citreola)

Bergeronnette citrine (Motacilla citreola) mâle dans les bassins du jardin du restaurant Dwór Bartla à Goniądz (Pologne).
Photographie : Alexander Lin-Moore

Arrivés au siège du parc national de la Biebrza à Osowiec en début d’après-midi, nous avons acheté nos permis d’entrée (16 PLN, soit 3,77 € par personne pour deux jours), pris possession de notre hébergement, puis poursuivi notre route jusqu’à la ville de Goniądz, où nous avons déjeuné au restaurant Dwór Bartla.
Le terrain du restaurant comprenait plusieurs petits bassins artificiels situés en face de la plaine inondable de la Biebrza, et nous avons eu la surprise d’y découvrir un superbe mâle de Bergeronnette citrine parcourant les bordures soigneusement entretenues des bassins. La raison du choix étonnant de cet habitat par cette espèce devint immédiatement évidente lorsque nous avons regardé vers le Nord, en direction de la rivière : comme à Siemianówka, la plaine de la Biebrza était presque totalement asséchée. Cela expliquait également un problème préoccupant que nous avions remarqué les jours précédents : les Phragmites aquatiques étaient étonnement rares cette année. Seules deux observations avaient été signalées pour tout le printemps dans les parties les plus profondes de la plaine inondable occidentale de la Biebrza, et aucune dans leur principal site de Długa Luka, où l’espèce est normalement impossible à manquer.
En tant qu’un des oiseaux les plus rares et menacés d’Europe, et la vallée de la Biebrza constituant son seul bastion facilement accessible, le Phragmite aquatique représentait la cible la plus importante de notre voyage. Déterminés à tout faire pour ne pas manquer l’espèce, nous nous sommes concentrés sur l’une des rares observations de l’année : un individu solitaire avait été signalé à l’est de la ville de Mścichy, où nous avons commencé nos recherches.
Une digue surélevée s’étend vers l’est depuis Mścichy jusqu’aux rives de la Biebrza (voir la situation de ce point d’observation sur eBird), offrant un excellent point d’accès pour explorer la plaine inondable. Dave Gosney dans son guide précise que, la plupart des années, la route sur la digue est impraticable en voiture à cause de l’eau stagnante, mais nous n’avons trouvé qu’une piste sèche et poussiéreuse jusqu’aux rives mêmes de la rivière. La boue craquelée le long des berges n’était guère rassurante, et nous n’étions manifestement pas les seuls à nous inquiéter : plusieurs groupes d’ornithologues visiteurs erraient autour de la tour d’observation située au bout de la route.
Nous avons prospecté de nombreux secteurs le long de la digue et de la rivière, découvrant plusieurs espèces intéressantes, notamment un Busard Saint-Martin (Circus cyaneus) en chasse, un Hibou moyen-duc (Asio otus), un Vanneau huppé (Vanellus vanellus) en parade et de nombreuses Phragmites des joncs, mais aucun Phragmite aquatique.
L’activité vocale a augmenté au coucher du soleil, mais faute d’avoir entendu le moindre Phragmite aquatique avant la tombée de la nuit, nous avons dû accepter notre échec. Une dernière recherche désespérée d’oiseaux chantant de nuit sur la piste de terre quittant Łoje-Awissa nous a permis seulement d’ajouter la Perdrix grise (Perdix perdix) et le Gorgebleue à miroir (Luscinia svecica), mais toujours aucun phragmite.
En pensant au lendemain matin, notre dernier dans le pays,  nous avons décidé de retourner très tôt à Łoje-Awissa, le seul autre site ayant récemment accueilli des Phragmites aquatiques, et une zone beaucoup moins prospectée que Mścichy.

12 mai : parc national de la Biebrza et départ

Phragmite aquatique (Acrocephalus paludicola)

Phragmite aquatique (Acrocephalus paludicola) près de Łoje-Awissa, dans la vallée de la Biebrza (Pologne).
Photographie : Alexander Lin-Moore

Les enjeux étaient simples lors de notre dernière matinée : trouver le Phragmite aquatique  ou considérer le voyage comme un échec. Nous sommes sortis juste après l’aube, ralentissant brièvement en route pour un chant d’Acrocephalus qui s’est révélé être un Phragmite des joncs, avant de retourner à Łoje-Awissa (voir la situation de ce point d’observation sur eBird).
La stratégie pour observer dans cette zone n’était pas immédiatement évidente : la piste gravillonnée quittant le village (où se trouve un point eBird assez générique) ne mène ni à la rivière Biebrza ni à un point d’intérêt particulier, mais se termine en pleine zone de terres agricoles ouvertes.
Nous avons vérifié quelques roselières près de l’extrémité de la route sans succès, puis avons suivi un ancien chemin tracé par des vaches partant vers le Sud-est en direction de la Biebrza elle-même. Les règles d’accès à ces terrains ne sont pas totalement claires dans cette région ; nous avions vu la veille plusieurs autres ornithologues traverser sans difficulté des zones apparemment agricoles, et l’impression générale est celle d’une faible densité d’agriculteurs.
En avançant vers le sud-est le long de ce sentier, nous avons été encouragés par l’humidité croissante de l’habitat à l’approche de la Biebrza. Les Bruants des roseaux, les Bergeronnettes printanières (Motacilla flava) et les Phragmites des joncs étaient abondants, et plusieurs petits groupes de limicoles passaient rapidement, notamment de Barges à queue noire (Limosa limosa), de Combattants variés (Calidris pugnax) et de Chevaliers gambettes (Tringa totanus).
Après plusieurs kilomètres, nous avons aperçu une petite fauvette, au plumage d’une teinte légèrement plus chaude et fauve que les Phragmites des joncs voisins, traversant une petite rivière secondaire pour se poser dans une zone basse de carex humide. Après quelques secondes tendues, l’oiseau est sorti à découvert et a commencé à chanter : un Phragmite aquatique ! Nous avons pris un moment pour noter son chant, son visage fauve-orangé et sa large bande centrale claire sur la calotte, puis avons eu quelques secondes supplémentaires pour prendre des photos rapides et savourer notre succès avant que l’oiseau ne disparaisse à nouveau dans la végétation.

Pipit à gorge rousse (Anthus cervinus)

Pipit à gorge rousse (Anthus cervinus) en halte migratoire près de Łoje-Awissa, dans la vallée de la Biebrza (Pologne).
Photographie : Alexander Lin-Moore

Notre retour triomphal fut encore amélioré lorsqu’un groupe de six Pipits à gorge rousse (Anthus cervinus) qui s’est posé juste devant nous, un bonus inattendu, et un rassemblement particulièrement important pour ce migrant localement peu commun.
Forts de notre succès, nous sommes rapidement passés au site suivant : une petite zone boisée sans prétention (voir la situation de ce point d’observation sur eBird) entourée de champs labourés juste au sud de la ville de Brychy. Ce site a accueilli plusieurs Bruants ortolans (Emberiza hortulana) ces dernières années et, l’espèce devenant de plus en plus rare, il s’agit apparemment du seul endroit encore fiable de la région. En effet, dès notre arrivée, nous avons entendu deux oiseaux chanter et avons obtenu de brèves mais bonnes observations d’un mâle posé. Pendant que nous écoutions les Bruants ortolans, nous avons de nouveau été récompensés par une bonne surprise : un Pipit rousseline (Anthus campestris) rassemblait des herbes pour construire un nid dans une parcelle voisine.
Ravis par cette matinée exceptionnelle, nous avons acheté quelques viennoiseries dans une station-service avant de nous rendre à la célèbre plateforme d’observation des rapaces située à la limite nord de Goniądz (voir la situation de ce site sur Google Maps). Elle surplombe une large portion de la plaine de la Biebrza et constitue un excellent point d’observation pour les rapaces en vol et autres grands oiseaux. Notre heure de veille a permis d’ajouter, parmi des espèces plus communes, la Cigogne noire (Ciconia nigra), le Pygargue à queue blanche, un couple de Busards cendrés (Circus pygargus), et surtout un Aigle criard (Clanga clanga) passant directement au-dessus de nos têtes (lire Comment favoriser l’Aigle criard par rapport à l’Aigle pomarin dans la vallée de la Biebrza ?).
L’angoisse du matin avait complètement disparu : loin de conclure le voyage sur une absence de Phragmite aquatique, nous avions désormais validé toutes nos espèces ciblées de la vallée de la Biebrza, avec même encore du temps devant nous.
Avec les vols de l’après-midi en tête et une longue route restant jusqu’à Varsovie, nous avons décidé d’emprunter la route orientale longeant la rivière Biebrza, qui regroupe normalement la majorité des meilleurs sites ornithologiques de la région. Quelques arrêts rapides ont tout de même produit de belles observations, notamment un couple de Gobemouches nains et un groupe de Mésanges boréales (Poecile montanus) près de Barwik.
Mais une marche jusqu’à l’extrémité du sentier sur pilotis de Długa Luka (habituellement le site le plus fiable au monde pour le Phragmite aquatique) a confirmé la gravité de la sécheresse de ce printemps : presque rien à part un Pipit farlouse (Anthus pratensis) fouillant la poussière, et quelques ornithologues visiteurs désemparés.
Un déjeuner rapide dans un restaurant ukrainien à Zambrów constitua notre dernier arrêt avant le retour vers Varsovie, où je me suis rendu directement à l’aéroport pour rentrer à Vienne, tandis que Severin attendait un train matinal vers les Pays-Bas.

Réflexions finales

Cigogne blanche (Ciconia ciconia)

La Cigogne blanche (Ciconia ciconia) est emblématique du nord-est de Pologne.
Photographie : Alexander Lin-Moore

Dans l’ensemble, ce voyage a été un franc succès, avec toutes nos principales espèces attendues observées, et un total de 141 espèces. La sécheresse a rendu certains succès encore plus marquants : non seulement le Phragmite aquatique que nous avons trouvé nous-mêmes, malgré probablement l’une des pires années pour l’espèce à ce jour, mais aussi les Guifettes leucoptères à Siemianówka, qui étaient étonnamment presque totalement absentes à Biebrza. Quelques espèces manquées n’ont guère suffi à entamer le plaisir du voyage.
Le nord-est de la Pologne demeure l’une des régions ornithologiques les plus intéressantes d’Europe, en grande partie grâce à la persistance de pratiques agricoles traditionnelles, favorables à la biodiversité. Malheureusement, cela est susceptible de changer dans un avenir proche, à mesure que de plus en plus de jeunes quittent les exploitations familiales pour rejoindre les centres urbains, et que ces fermes sont reprises par l’agro-industrie intensive. De manière préoccupante, même les habitats protégés pourraient être menacés par une gestion inadéquate et par la négligence : en plus de la sécheresse inhabituelle de cette année, certaines mesures de gestion récentes en faveur du Phragmite aquatique semblent avoir eu l’effet inverse, rendant certains sites clés (dont Długa Luka) moins favorables à la nidification de l’espèce.
La stabilité écologique de cette région remarquable reste incertaine, mais pour l’instant, elle continue indéniablement d’offrir une ornithologie exceptionnelle.

Liste commentée des espèces observées  

Vous pouvez télécharger la liste des espèces observées au format PDF.

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