Le Cormoran pygmée (Microcarbo pygmaeus) ressemble globalement à un Grand Cormoran (Phalacrocorax carbo), mais il s’en distingue par sa taille nettement inférieure, comparable à celle d’une Foulque macroule (Fulica atra), avec laquelle il peut même être confondu si les conditions d’observation sont défavorables. Sa queue est proportionnellement plus longue que celle du Grand Cormoran, et son bec et son cou sont plus courts. L’adulte en plumage nuptial est brun sombre avec des mouchetures blanches sur la tête et le cou. En plumage internuptial, les mouchetures sont absentes et la gorge est plus pâle. Le juvénile est brun plus clair.

Il niche en groupes dans des arbres au bord des lacs et cours d’eau à l’eau peu profonde, souvent au sein de colonies mixtes de Grands Cormorans et d’échassiers (hérons, aigrettes, spatules). Il hiverne sur les plans d’eau côtiers et à l’intérieur des terres.

Son aire de répartition s’étend de l’Italie et de l’Autriche à l’Azerbaïdjan (lire Voyage ornithologique printanier en Azerbaïdjan – Première partie), l’Iran et l’Irak. Sa population mondiale, qui serait comprise entre 85 000 et 180 000 individus, dont plus de 70 % en Europe, est surtout concentrée dans quelques pays (Azerbaïdjan, Ukraine, Roumanie, Grèce, Turquie et Serbie).

Colonies et données de Cormorans pygmées

Principales colonies (pastilles rouges) de Cormorans pygmées (Microcarbo pygmaeus) en Europe et au Proche-Orient (plus le rond est grand, plus le nombre de couples est important) et emplacements de plusieurs observations en Allemagne, France, Luxembourg et Suisse lors de l’afflux d’août 2023 (pastilles orange). En bleu, la zone d’hivernage.
Carte : Ornithomedia.com

Depuis les années 1980 et surtout 2000, la population de Cormorans pygmées est en forte augmentation en Europe après s’être effondrée à cause du drainage de nombreuses zones humides et de campagnes d’abattage et de destruction des colonies à la demande des pêcheurs. Il est en expansion vers l’ouest du continent : il se reproduit par exemple à nouveau en Hongrie depuis 1988, de nouvelles colonies se sont formées en Slovaquie, il recolonise progressivement les vallées du Danube et de son affluent la Tisza, il reniche sur le lac de Neusiedl (Autriche-Hongrie) depuis 2007 (lire Où observer les oiseaux dans la partie autrichienne du lac de Neusiedl ?) et il est en pleine expansion en Italie à partir de son bastion du delta du Pô, où il a commencé à nicher en 1981 (lire Le Cormoran pygmée poursuit sa progression en Italie).

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette augmentation : les différentes mesures de conservation prises dans la plupart des pays européens à partir des années 1970, la protection de certaines zones humides où l’espèce niche, les empoissonnements et les alevinages organisés par les pêcheurs, la création de gravières, de bassins piscicoles et de réservoirs, la diminution de la pollution chimique des eaux en Europe centrale et orientale suite à l’effondrement du Bloc de l’Est dans les années 1980, l’eutrophisation des fleuves, des rivières, des étangs et des lacs à cause des épandages agricoles de fumiers, de lisiers et d’engrais dans les champs, qui favorise des poissons appréciés par le Cormoran pygmée, le réchauffement climatique, qui contribuerait notamment à sa progression en Russie, et une vitesse de développement (croissance corporelle) et un taux de survie des jeunes plus importants que ceux du Grand Cormoran.

Suite à la progression de la population nicheuse dans l’est et le sud du continent, on note depuis quelques années un accroissement significatif des données estivales en Europe centrale, et des afflux y ont été notés en août 2021 (lire Un « afflux » remarquable de Cormorans pygmées en Allemagne en août 2021) et en août 2023 (lire Nouvelle arrivée estivale importante de Cormorans pygmées en Europe centrale en août 2023) : les oiseaux observés étaient surtout des jeunes de l’année en dispersion postnuptiale, ce qui s’explique probablement par un nombre élevé de naissances au printemps et une taille critique atteinte par plusieurs colonies installées à l’Est et au Sud, permettant un « essaimage » au-delà de l’aire de dispersion habituelle de l’espèce. Suite à cet afflux, les premiers cas de nidification ont été notés en Allemagne en 2022, et plus précisément en Bavière : au moins trois nids (au moins six poussins nés) ont trouvés dans l’arrondissement (« Landkreis ») de Bamberg et au moins six (environ 30 jeunes nés) dans celui de Schweinfurt. L’espèce a également niché en Tchéquie en 2022 (et en 2023),

Situation du complexe piscicole de Spytkowice (Pologne)

Situation du complexe piscicole de Spytkowice, près de Zator (Pologne).
Carte : Ornithomedia.com

Sur la page Facebook du journal Ornis Polonica, on apprend que la première colonie pour le pays a été trouvée en 2025 sur une île de l’étang Czupryński, dans le complexe piscicole de Spytkowice, près de Zator, dans la voïvodie de Petite-Pologne. Lors d’une visite le 15 mai, dix nids ont été recensés, dont neuf contenaient de quatre à six œufs. Un des nids était vide. La colonie a été suivie grâce à des pièges photographiques. Le 30 mai, les premiers poussins ont été trouvés dans trois nids, et le 9 juin, neuf nids abritaient une couvée complète. La première tentative documentée nidification de l’espèce dans ce pays remontait à 2024 sur une île de l’étang Foksowiec, à Dankowice, dans la commune de Wilamowice, au sein de la zone de conservation Natura 2000 des étangs de Brzeszcze, également en Petite-Pologne. Un nid avec un adulte incubant y a été découvert, mais la couvée a été détruite par un ouragan.

En France, le nombre d’observations est en nette progression depuis une dizaine d’années et l’espèce y est désormais annuelle (voir une synthèse des observations récentes en France), l’espèce a probablement fini par y nicher en 2024 ou 2025 (lire Le Cormoran pygmée a probablement niché en France en 2024 et en 2025, comme cela était attendu).

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