Présentation

Situation du Sillon de Talbert

Situation du Sillon de Talbert (Côtes-d’Armor).
Carte : Ornithomedia.com

Situé à l’extrême nord de la Presqu’île Sauvage, sur la commune de Pleubian, (Côtes-d’Armor), le Sillon de Talbert est un cordon de sable et de galets d’environ trois kilomètres de long et d’une surface de 19 hectares qui s’avance dans la Manche. C’est  le point continental le plus septentrional de Bretagne.

Il est le résultat du jeu des deux courants fluviaux convergents du Trieux et du Jaudy et des fortes houles marines de nord-ouest. Apparemment immobile, cette formation évolue en permanence : par exemple, sa pointe s’étire régulièrement vers le nord-est en fragilisant sa base.
Agissant comme un brise-lames, il influe sur les courants marins et protège le littoral  de l’érosion et des vagues, en particulier durant les grandes marées. Il créé une zone maritime presque toujours calme entre l’est du Sillon et l’île de Bréhat située cinq kilomètres au sud-est.

Une grande partie du Sillon est couverte de galets  (qui ont été utilisés pendant des siècles comme matériaux de construction, jusqu’à ce qu’un arrêté préfectoral de 1907 en arrête l’exploitation) où pousse une flore particulière comprenant notamment le Chou marin (Crambe maritima) et le Chardon bleu des dunes ou Panicaut maritime (Eryngium maritimum), deux plantes protégées.
Mais le site est aussi composé d’autres habitats  : des dunes « grises » où pousse l’Oyat (Ammophila arenaria), des plages où la laisse de mer attire de nombreux limicoles et passereaux, et une vaste vasière favorable aux échassiers et Anatidés.

Cet endroit unique en son genre a été classé en réserve naturelle régionale en 2001, il fait partie des « espaces remarquables de Bretagne » depuis 2006, il appartient au Conservatoire du littoral et des Espaces Lacustres, et a été inscrit dans le réseau Natura 2000. Une réserve naturelle de 205 hectares a aussi été créée. 
Les chiens sont totalement interdits sur le site du 15 avril au 1er août (période de reproduction de la faune),  et ils doivent être tenus en laisse le reste de l’année.

Accès

Le Sillon de Talbert est situé sur la commune de Pleubian. Pour y accéder , il faut prendre la N12 depuis Saint-Brieuc, sortir en direction de Paimpol, prendre la direction de Lézardrieux et de Pleubian et  enfin suivre les panneaux indiquant le Sillon du Talbert. Une Maison du Sillon, gérée par le Conservatoire du Littoral et des Espaces Lacustres, est située au 48, Rue du sillon à Pleubian, à la base du sillon : elle constitue un lieu d’accueil, de renseignements et d’expositions. Courriel : maison-littoral-pleubian@orange.fr.
Vous pouvez laisser votre véhicule sur l’aire de stationnement et explorer le site à pied. Pour observer sur le sillon il faut marcher sur le cordon.
Corentin Morvan nous conseille d’emporter une longue-vue pour observer les limicoles et les oiseaux au large (eiders, plongeons, puffins …). Durant la période de nidification, il faut faire attention aux nids de gravelots et de sternes, même s’ils sont normalement délimités par des petits enclos.

Carte du Sillon de Talbert

Carte du Sillon de Talbert (Côtes d’Armor).
Carte : Ornithomedia.com d’après Corentin Morvan

Vue satellitaire du Sillon de Talbert

Vue satellitaire du Sillon de Talbert (Côtes d’Armor) montrant les vasières et les secteurs sablonneux et rocheux.
Source : Googlemaps

Les oiseaux nicheurs

Vue du Sillon de Talbert

Vue du cordon de galets du Sillon de Talbert (Côtes-d’Armor).
Photographie : Corentin Morvan

Ce milieu très exposé accueille peu d’oiseaux nicheurs : quelques couples de Sternes pierregarins (Sterna hirundo) se reproduisent à l’extrémité du sillon. La Sterne naine (Sternula albifrons) y nichait depuis 1982, et la plus grande partie de la colonie était installée sur un îlot de galets appelé Stallio Braz, au nord du  Sillon, mais aucun couple n’a été recensé, peut être à cause des nombreux dérangements (promeneurs, pêcheurs à pied et chiens).
D’autres espèces nidifient sur le sillon : le Gravelot à collier interrompu (Charadrius alexandrinus) (de 4 à 10 couples), le Grand Gravelot (Charadrius hiaticula), le Pipit maritime (Anthus petrosus) et l’Alouette des champs (Alauda arvensis).
Le Faucon pèlerin (Falco peregrinus), nicheur dans le secteur, peut être vu toute l’année.

Les migrateurs

S’avançant en mer sur près de trois kilomètres, le Sillon de Talbert constitue un site d’observation privilégié de la migration de nombreux passereaux, limicoles et oiseaux marins.
Parmi les échassiers visibles lors des passages, citons les Bécasseaux maubèche, (Calidris canutus), cocorli, (Calidris ferruginea), sanderling (C. alba) et minute (C. minuta), le Pluvier argenté (Pluvialis apricaria) et la Barge rousse (Limosa limosa).
De nombreux passereaux ont déjà été contactés à l’extrémité du sillon, malgré le peu de végétation, comme les Pouillots véloce (Phylloscopus collybita) et fitis (P. trochilus), la Bergeronnette printanière (Motacilla flava)  (recherchez les oiseaux de la sous-espèce flavéole flavissima), la Fauvette grisette (Sylvia communis)…
Le Traquet motteux (Oenanthe oenanthe) est commun en migration. Le Bruant lapon (Calcarius lapponicus) est rare mais relativement régulier : citons l’observation récente de sept oiseaux le 30 octobre 2019. 
En octobre-novembre, mais aussi en mars-avril, il faut aussi rechercher l’Alouette haussecol (Eremophila alpestris) : des oiseaux isolés sont en effet notés irrégulièrement, par exemple une du 26 au 29 octobre 2019, une (la même ?) du 23 octobre au 24 avril 2017, et deux le 7 novembre 2012.
Des oiseaux marins longent la côte ou pêchent dans les environs lors de leur migration, comme le Puffin des Anglais (Puffinus puffinus), le Fou de Bassan (Morus bassanus), le Grand Labbe, (Stercorarius skua), le Labbe parasite (Stercorarius parasiticus) ou les Sternes pierregarin (Sterna hirundo) et arctique (Sterna paradisaea).
Le Hibou des marais (Asio flammeus) se repose parfois sur le sillon lors de son passage.

 

Fou de Bassan (Morus bassanus)

Fou de Bassan (Morus bassanus) juvénile, Sillon de Talbert (Côtes d’Armor) (cliquez sur la photo pour l’agrandir).
Photographie : Corentin Morvan

Tournepierre à collier (Arena interpres)

Tournepierre à collier (Arenaria interpres), Sillon de Talbert (Côtes d’Armor) (cliquez sur la photo pour l’agrandir).
Photographie : Corentin Morvan

Des raretés  durant les migrations

Pouillot brun (Phylloscopus fuscatus)

Pouillot brun (Phylloscopus fuscatus), Sillon de Talbert (Côtes-d’Armor) le 17 novembre 2019 (cliquez sur la photo pour l’agrandir).
Photographie : Jean-Philippe Carlier / « Brestan Birds de mer »

Les passages de printemps, mais surtout d’automne, peuvent réserver des surprises, et des raretés sont signalée presque chaque année sur le Sillon de Talbert. Le 17 novembre 2019, Jean-Philippe Carlier a ainsi découvert un Pouillot brun (Phylloscopus fuscatus), une passereau sibérien très rare (lire Identifier les pouillots sibériens) : il se faufilait dans la végétation rase de la partie sommitale du cordon pour se nourrir. Trois Bruants des neiges étaient présents à proximité.

Citons quelques autres raretés vues depuis 1995 :

  • au cours de l’année 2012, deux Bécasseaux roussets (Tryngites subruficollis) en septembre, un Étourneau roselin (Sturnus roseus) juvénile en septembre et trois Jaseurs boréaux (Bombycilla garrulus) à Pleubian (à 3 km du sillon) en novembre.
  • Au cours de l’année 2011, un Bécasseau rousset (Calidris subruficollis), un Traquet du désert  (Oenanthe deserti) en novembre (lire Traquet du désert : des sables d’Afrique ou d’Asie aux plages d’Europe), une Alouette calandrelle (Calandrella brachydactyla) et un Bécasseau tacheté (Calidris melanotos)
  • Au cours de l’année 2009, un autre Bécasseau tacheté.
  • Au cours de l’année 1995, un Harfang des neiges (Bubo scandiacus), qui est resté les 25 et 26 juillet.
Bécasseau rousset (Calidris subruficollis)

Bécasseau rousset (Calidris subruficollis), Sillon de Talbert (Côtes d’Armor), septembre 2012.
Photographie : Corentin Morvan

Traquet du désert (Oenanthe deserti)

Traquet du désert (Oenanthe deserti), Sillon de Talbert (Côtes d’Armor), novembre 2011 (cliquez sur la photo pour l’agrandir).
Photographie : Corentin Morvan

Etourneau roselin (Sturnus roseus) juvénile

Étourneau roselin (Sturnus roseus) juvénile, Sillon de Talbert (Côtes d’Armor), septembre 2012 (cliquez sur la photo pour l’agrandir).
Photographie : Corentin Morvan

Jaseurs boréaux (Bombycilla garrulus)

Jaseurs boréaux (Bombycilla garrulus) vus dans le bourg voisin de Pleubian (Côtes-d’Arrmor) le 7/11/2012 (cliquez sur la photo pour l’agrandir).
Photographie : Corentin Morvan

Les hivernants

Une grande variété d’espèces est visible en hiver, notamment des Anatidés : des troupes de Bernaches cravants (Branta bernicla) de la sous-espèce nominale se nourrissent dans le secteur, parmi lesquelles il faut rechercher des individus appartenant aux sous-espèces à ventre pâle (B. b. hrota) (lire Observer les oiseaux dans les havres du Cotentin) et du Pacifique (B. B. nigricans). Le Canard siffleur (Anas penelope) les accompagne souvent.
Le 30 octobre 2019, une troupe de 30 Bernaches nonnettes (Branta leucopsis) a été signalée.
Le Harle huppé (Mergus serrator) est régulier, tout comme les Plongeons imbrin (Gavia immer) et arctique (G. arctica), l’Eider à duvet (Somateria mollissima) et le Garrot à œil d’or (Bucephala clangula).
Le Guillemot de Troïl (Uria aalge), le Pingouin torda (Alca tarda), les Grèbes à cou noir (Podiceps nigricollis), esclavon (P. auritus) et huppé (P. cristatus) hivernent en mer, tout comme la Mouette tridactyle (Rissa tridactyla).
Plusieurs limicoles sont visibles durant la mauvaise saison le long du sillon, dont le Tournepierre à collier (Arenaria interpres), les Bécasseaux sanderlings et variables, et le Pluvier argenté.
Le Phalarope à bec large (Phalaropus fulicarius) est possible, surtout après les tempêtes.
Plusieurs petits oiseaux  peuvent être notés durant cette période, comme la Bergeronnette de Yarrell (Motacilla alba yarrellii), et le Pipit spioncelle (Anthus spinoletta) qui se nourrissent dans la laisse de mer, et le Bruant ou Plectrophane des neiges (Plectrophenax nivalis) : ce passereau est irrégulier à la fin de l’automne et en hiver, mais des bandes sont parfois vues. : de un à neuf entre le 25 octobre et le 17 novembre 2019, trois le 19 janvier 2014, cinq le 13 novembre 2010 se nourrissant à 300 mètres de l’aire de stationnement, 30 le 27 décembre 2005, 70 le 12 novembre 2000, et de 60 à 65 le 10 novembre 1985 (source : liste Obsbzh).

Bernache cravant du Pacifique (Branta bernicla nigricans)

Bernache cravant du Pacifique (Branta bernicla nigricans) parmi des Bernaches cravants de la sous-espèce nominale bernicla, Sillon de Talbert (Côtes d’Armor) (cliquez sur la photo pour l’agrandir).
Photographie : Corentin Morvan

Bruant ou Plectrophane des neiges (Plectrophenax nivalis)

Bruant ou Plectrophane des neiges (Plectrophenax nivalis), Sillon de Talbert (Côtes d’Armor) (cliquez sur la photo pour l’agrandir).
Photographie : Corentin Morvan