Le Traquet du désert (Oenanthe deserti)

Traquet du désert (Oenanthe deserti) mâle

Traquet du désert (Oenanthe deserti) mâle adulte, dunes de Lampaul-Ploudalmézeau (Finistère), le 12/12/2012. Notez (1) les sourcils blanchâtres, (2) la gorge noire (avec quelques plumes bordées de pâle car la mue postnuptiale est en cours), (3) le noir des ailes qui rejoint le noir de la gorge, (4) la poitrine beige, (5) le dos beige, (6) les rémiges tertiaires bordées de pâle (plumage automnal en cours d’acquisition) et (7) la queue en grande partie noire.
Photographie : Thierry Quelennec,

Longueur : 14,5 à 15 cm.

Description : traquet typique avec une queue presque entièrement noire (sauf la base) et des sourcils pâles. Le croupion est beige-crème.
Le mâle en plumage nuptial est beige dessus et dessous avec la gorge noire : il ressemble au mâle de la forme stapazin du Traquet oreillard (Oenanthe hispanica), mais le noir de la gorge rejoint le noir des ailes, les scapulaires sont de couleur sable et les rémiges ont de larges liserés pâles.  En plumage frais d’automne, la gorge noire et les côtés noirs du cou sont partiellement masqués par des mouchetures sable, donnant l’impression d’une interruption entre le noir des ailes et celui de la gorge.
La femelle est davantage beige-grisâtre dessus, la poitrine est brun-beige, la gorge est blanchâtre (parfois grisâtre) et les parotiques (joues) sont teintées de brun-roussâtre. 
Le jeune ressemble à la femelle adulte mais il est vaguement moucheté dessus et à la poitrine.
L’alula (poignet) noire est bien visible chez l’oiseau de première année et chez la femelle.

Répartition et taxonomie : le Traquet du désert est présent de l’Afrique du Nord à l’Asie centrale en passant par le Moyen-Orient. Quatre sous-espèces très proches sont reconnues :

  • O. d. deserti en Égypte et au Proche-Orient
  • O. d. homochrora en Afrique du Nord, du Maroc jusqu’à la vallée du Nil
  • O. d. atrogularis en Transcaucasie et en Iran, à travers tout le Kazakhstan et en Afghanistan jusqu’en Mongolie. Elle est davantage gris-brun dessus et ocre sur la poitrine que la sous-espèce homochrora
  • O. d. oreophila niche en Asie Centrale, du massif du Pamir et de l’Himalaya jusqu’en Mongolie intérieure en passant par le Xinjiang (Chine) et le Tibet. 

Les zones d’hivernage se situent au Sahara, au sud du Sahel, dans la péninsule Arabe, dans le sud-ouest de l’Asie, dans l’est de l’Himalaya et dans le sous-continent indien.

Voix : différents cris sont émis (un « vileh » grinçant et traînant, un « tsak » dur ou un « tik-til-til » fin). Le chant est une strophe répétée, flutée et descendante.

Biologie : le Traquet du désert se nourrit principalement d’insectes, en particulier les fourmis, les coléoptères et leurs larves. Il est solitaire et territorial en dehors de la saison de reproduction. La plupart des populations sont migratrices, mais certaines, notamment en Afrique du Nord, ne le sont que partiellement. Elles prennent leurs quartiers d’hiver soit en Afrique, au sud du Sahel, soit dans le sud-ouest de l’Asie, de la Syrie jusqu’à l’Est de l’Inde et l’est de l’Himalaya. 

Habitat : le Traquet du désert affectionne les milieux désertiques et semi-désertiques au sol caillouteux et/ou sablonneux à végétation basse, du niveau de la mer aux hauts plateaux et même en montagne. 

Les dessins de la queue de quatre espèces de traquets

Les dessins de la queue de quatre espèces de traquets.
Dessin : Ornithomedia.com d’après Alan R. Kitson

Traquet du désert (Oenanthe deserti) femelle

Traquet du désert (Oenanthe deserti) femelle, La Panne (Belgique), le 26/11/2017. Notez (1) les parotiques teintées de roux, (2) la gorge blanche, (3) le dos gris-beige, (4) les scapulaires claires, (5) les rémiges brunâtres et non pas noires et bordées de pâle, (6) poitrine beige et (7) la queue presque entièrement noire (cliquez sur l’image pour l’agrandir).
Photographie : Marc Fasol

Traquet du désert (Oenanthe deserti) femelle

Traquet du désert (Oenanthe deserti) femelle, La Panne (Belgique) le 26/11/2017. Notez (1) les parotiques teintées de brun-roux, (2) la gorge blanche, (3) le dos gris-beige, (4) les scapulaires claires, (5) les rémiges brunâtres et non pas noires (= peut-être un oiseau de première année) bordées de pâle et (6) la queue presque entièrement noire (cliquez sur l’image pour l’agrandir).
Photographie : Marc Fasol

Traquet du désert (Oenanthe deserti) femelle

Traquet du désert (Oenanthe deserti) femelle, La Panne (Belgique) le 26/11/2017. Notez (1) les parotiques teintées de brun-roux, (2) la gorge blanche, (3) le dos gris-beige, (4) les rémiges brunâtres et non pas noires (= peut-être un oiseau de première année) bordées de pâle, (5) le croupion crème et (6) la queue presque entièrement noire (cliquez sur l’image pour l’agrandir).
Photographie : Marc Fasol

Traquet du désert (Oenanthe deserti) femelle

Traquet du désert (Oenanthe deserti) femelle, parking de la Comtesse, Camargue (Bouches-du-Rhône), le 11/11/2019. Notez (1) les parotiques teintées de brun-roux, (2) le dos gris-beige, (3) les scapulaires claires à centre sombre, (4) les rémiges sombres bordées de pâle, (5) la queue presque entièrement noire et (6) le croupion blanc teinté de beige (cliquez sur l’image pour l’agrandir).
Photographie : Philippe Langlois

Traquet du désert (Oenanthe deserti) femelle

Traquet du désert (Oenanthe deserti) femelle, parking de la Comtesse, Camargue (Bouches-du-Rhône), le 11/11/2019. Notez (1) les parotiques teintées de brun-roux, (2) le dos gris-beige, (3) la poitrine beige, (4) les scapulaires claires à centre sombre, (5) l’alula noire bien visible, (6) les rémiges sombres bordées de pâle, (7) le croupion blanc teinté de beige, (8) la queue presque entièrement noire (cliquez sur l’image pour l’agrandir).
Photographie : Philippe Langlois

Observations en Europe

Aire de répartition du Traquet du désert et emplacements de quelques observations en Europe

Aire de répartition du Traquet du désert (Oenanthe deserti) (en orange : en été, en violet : sédentaire et en bleu : en hiver) et emplacements de quelques observations en Europe (points rouges).
Carte : Ornithomedia.com d’après HBW

Des Traquets du désert, souvent des jeunes de première année, peuvent atteindre les îles Canaries et l’Europe, du Portugal jusqu’au Danemark, en Suède, en Finlande et en Norvège en passant par l’Espagne, la France, l’Italie, l’Autriche ou la Bulgarie.
La grande majorité de ces observations sont faites entre juillet et décembre, avec une concentration entre octobre et décembre : dans le Jura suisse, un oiseau a même été trouvé en décembre 1992 sautillant dans la neige à plus de 1 000 mètres d’altitude !
En Grande-Bretagne, 97 données ont été recensées, y compris dans les îles Shetland (lire Les îles Shetland, une destination ornithologique passionnante en automne). En Finlande plus de 21 oiseaux ont été notés.
En France, d’après le site web du Comité d’Homologation National, 43 données ont été validées entre 1981 et 2015, et d’autres observations ont été faites depuis (voir une synthèse des données récentes dans notre rubrique Observations). Les littoraux méditerranéen et breton concentrent la plupart des données hexagonales.
Certaines années, on assiste à de petits « afflux » : par exemple, en 2000, 11 oiseaux ont été signalés dans les îles Canaries. Durant l’automne 2005, on a également assisté à une arrivée record (8 oiseaux) aux Pays-Bas : un oiseau a même été signalé à l’aéroport international de Schiphol…
En novembre 2011, au moins quatre individus ont été observés en France : à Gruissan (Aude), à Gatteville (Manche), sur l’île d’Ouessant (Finistère) et sur le Sillon de Talbert à Pleubian (Côtes-d’Armor) (lire Observer les oiseaux sur le Sillon de Talbert).

Des sables du désert aux plages et garrigues d’Europe

Emplacements de plusieurs observations récentes en France et en Belgique

Emplacements de plusieurs observations récentes (2011, 2017, 2018 et 2019) en France et en Belgique.
Carte : Ornithomedia

Les Traquets du désert observés en Europe ont la plupart du temps été vus dans des habitats arides rappelant les caractéristiques de leur habitat d’origine : dans les années 1980-1990, plusieurs observations ont été faites dans le secteur de la plaine caillouteuse de la Crau (Bouches-du-Rhône) (téléchargez notre carte de la Crau).
Le 10 novembre 2018, Stéphan Tillo (voir son blog sur la station de baguage de Moïsan) a annoncé sur le site web Faune-lr.org la découverte d’un mâle adulte alors qu’il recherchait des Moineaux soulcies (Petronia petronia) bagués (bagues Darvic blanches avec une écriture noire) le long du chemin d’accès à une bergerie au lieu-dit des « Garrigues de la Tour », près de Montarnaud (Hérault), dans un environnement rocailleux et plutôt aride. Il était peu farouche, s’alimentant non loin du chemin (attention à ne pas pas effrayer les moutons et aux chiens de garde). Il s’envolait aux passages des voitures, des motocross et des vélos, mais il se reposait toujours sur le même talus. Il était encore présent le 12 novembre 2018 au moins au lieu-dit « Devois de la Planette », dans la commune voisine de Saint-Paul-et-Valmalle.
Le 1er novembre 2019, une femelle de Traquet du désert a été découverte au niveau de l’aire de stationnement de la Comtesse en Camargue (lire Où observer les oiseaux en Camargue ?), où elle était encore le 13 novembre au moins.
Entre le 27 décembre 2018 et le 13 mars 2019 au moins, un mâle de seconde année a séjourné au niveau du grau de Pissevaches, près de Fleury-d’Aude (Aude) (lire L’observation des oiseaux migrateurs à Gruissan).
Le 21 novembre 2017, un Traquet du désert femelle de première année a été découverte sur la plage et dans les dunes poches de la station balnéaire belge de La Panne (Flandre-Occidentale), et elle se perchait parfois dans les argousiers. Elle était encore présente le 30 novembre 2017 au moins selon le site web Observations.be. Elle était peu farouche et a pu facilement être capturée et baguée, une initiative qui a soulevé des interrogations chez certains observateurs : était-il vraiment nécessaire de marquer cet oiseau sûrement épuisé par un long trajet ? D’autre part, des photos montrent qu’elle semblait un peu gênée par sa bague (lire Le baguage des passereaux : problèmes et solutions).
Un mâle de premier hiver a stationné du 18 au 23 novembre 2011 sur le Sillon de Talbert (Côtes-d’Armor) (lire Observer les oiseaux sur le Sillon de Talbert). Il fréquentait la zone dunaire sommitale parsemée d’oyats. Peu farouche, il a pu être facilement observé à quelques mètres par de nombreux observateurs. Il se nourrissait des nombreux invertébrés présents dans la laisse de mer à cette période.

Traquet du désert (Oenanthe deserti) mâle adulte

Traquet du désert (Oenanthe deserti) mâle adulte, Devois de la Planette, Saint-Paul-et-Valmalle (Hérault), le 11/11/2018 (cliquez sur la photo pour l’agrandir).
Photographie : Philippe Lenoir

Traquet du désert (Oenanthe deserti) mâle adulte

Traquet du désert (Oenanthe deserti) mâle adulte, Devois de la Planette, Saint-Paul-et-Valmalle (Hérault), le 11/11/2018 (cliquez sur la photo pour l’agrandir).
Photographie : Frédéric Baudat

Traquet du désert (Oenanthe deserti) mâle adulte

Traquet du désert (Oenanthe deserti) mâle adulte, Devois de la Planette, Saint-Paul-et-Valmalle (Hérault), le 11/11/2018 (cliquez sur la photo pour l’agrandir).
Photographie : Frédéric Baudat

Traquet du désert (Oenanthe deserti) femelle

Traquet du désert (Oenanthe deserti) femelle de première année dans les dunes de La Panne (Belgique), le 26/11/2017.
Photographie : Marc Fasol

Quelles sous-espèces de Traquet du désert arrivent en Europe ? 

Les sous-espèces du Traquet du désert sont très proches et difficiles à distinguer l’une de l’autre, mais les deux les plus susceptibles d’arriver sur notre continent sont O. d. atrogularis originaire d’Asie centrale pour le nord et l’Est de l’Europe, et O. d. homochrora d’Afrique du Nord pour les pays méditerranéens.  La sous-espèce O. d. atrogularis est la plus fréquemment identifiée en Grande-Bretagne (Hudson et British Birds Rarities Commitee, 2015). En Italie, un oiseau qui a séjourné huit semaines entre février et mars 2014 dans la zone dunaire proche de l’embouchure du fleuve Volturno, dans la réserve naturelle régionale I Variconi (Campanie),a pu être capturé et bagué, et des mesures biométriques ont montré qu’il appartenait à la sous-espèce O. d. atrogularis.

Comment expliquer les arrivées de Traquets du désert en Europe ?

Traquet du désert (Oenanthe deserti)

Traquet du désert (Oenanthe deserti), probablement femelle, port de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), le 30/12/2016.
Photographie : Samuel Desbrosses

Il est toujours étonnant que des passereaux typiques des déserts d’Afrique du Nord ou d’Asie centrale puissent arriver sur des plages du nord et de l’ouest de l’Europe, mais d’autres espèces originaires des mêmes régions arides sont parfois découvertes en Europe, comme cette Fauvette naine (Sylvia nana) trouvée en mars 2015 sur l’île de Noirmoutier en Vendée et vivant normalement dans les semi-déserts et les steppes d’Asie centrale, comme la sous-espèce atrogularis du Traquet du désert (lire Première française : une Fauvette naine en Vendée).
Plusieurs populations de Traquets du désert effectuent de grands déplacements en automne et sont donc capables de parcourir des distances importantes. En outre, les observations européennes concernent essentiellement des oiseaux de première année, plus susceptibles que les adultes d’atteindre des zones très éloignées de l’aire de répartition normale de l’espèce. Plusieurs phénomènes peuvent être évoqués pour expliquer les arrivées en Europe de ces oiseaux, comme la dispersion juvénile ou les migrations inversée (dysfonctionnement du compas interne) et miroir (symétrique à la route normale) (lire Comment arrivent les oiseaux rares ?).
Des facteurs climatiques peuvent faciliter ces déplacements : la découverte en Italie d’un oiseau en février 2014 dans la réserve naturelle régionale I Variconi (Campanie) avait été précédée d’une période de forts vents (lire L’influence de la météo sur l’observation des oiseaux).
D’autre part, le Traquet du désert est en expansion dans le nord-ouest de l’Afrique suite à plusieurs années de sécheresse, ce qui augmente les probabilités d’arrivées dans le sud de l’Europe.