Évaluer les impacts cumulés des routes et des éoliennes sur les animaux volants

Panneaux solaires et éolienne

Le projet CUMUL vise à étudier les effets individuels et cumulés des infrastructures d’énergies renouvelables et routières sur l’utilisation de l’espace par les chiroptères et l’avifaune.
Photographie : M. Tiberghien

Le projet pluriannuel Cumul a été lancé en 2025 dans le cadre du programme ITTECOP (Infrastructures, Transports Terrestres, Écosystèmes et Paysages) et devrait s’achever en 2028. Il est né du constat que les évaluations environnementales classiques prennent encore insuffisamment en compte les effets cumulés des infrastructures (éolien, routes, aménagements) sur la faune, en particulier les oiseaux et les chauves-souris : perte et fragmentation des habitats, barrières empêchant ou limitant les déplacements, mortalité directe par collision avec les pales ou par barotraumatisme chez certaines chauves-souris, etc.
Ces impacts sur la dynamique des populations, notamment pour les espèces sensibles ou menacées, bien que déjà documentés localement (lire Une méthode d’étude d’impact avant l’installation d’un parc éolien), doivent être envisagés à une plus large échelle. Le projet CUMUL répond donc à un besoin scientifique et opérationnel : dépasser l’analyse site par site pour intégrer une vision globale des pressions sur les populations.
Il mobilise plusieurs acteurs de la recherche et de l’expertise environnementale, notamment l’Office Français de la Biodiversité (OFB), le Centre National de la  Recherche Scientifique (CNRS) et des partenaires scientifiques, comme le laboratoire de recherche Chrono-Environnement de l’université Marie et Louis Pasteur (anciennement de Franche-Comté). Il s’appuie également sur des travaux connexes portés par ces organismes, comme le  projet MHALO (Modélisation de l’HAbitat et des LOgique de réponse), porté par l’OFB et le CNRS et vise à mieux comprendre et modéliser les effets de la perte et de la fragmentation des habitats sur la dynamique des populations animales, afin d’améliorer l’évaluation des impacts des infrastructures sur la biodiversité.
ou le logiciel EolPop, qui permet de transformer des données de mortalité (collisions) en impacts démographiques à l’échelle des populations aviaires. 
Le projet CUMUL repose sur une approche intégrée combinant une analyse spatiale multi-infrastructures (éolien, routes et aménagements), une modélisation de l’utilisation de l’espace par les oiseaux et les chauves-souris, une prise en compte des effets cumulés plutôt que des impacts isolés de ces installations, une articulation avec des outils de suivi démographique des populations, comme le logiciel EolPop, et une
exploitation de données issues de suivis écologiques, de cartographies d’habitats et de bases de mortalité. Son approche est donc à la fois écologique, spatiale et quantitative, avec une forte dimension de modélisation. La zone d’étude couvre plusieurs sites des régions Bourgogne-Franche-Comté et Grand Est.
Il poursuit plusieurs objectifs : identifier et quantifier les effets cumulés des infrastructures énergétiques et routières sur les oiseaux et les chauves-souris, comprendre comment ces infrastructures influencent leurs déplacements, leur utilisation de l’espace et la connectivité des habitats, améliorer les outils d’évaluation des impacts environnementaux (par la création d’un outil d’aide à la décision, de modèles, de méthodologies, de jeux de données, etc.), notamment à des échelles pertinentes pour les populations, appuyer la planification territoriale, afin de mieux éviter les zones sensibles et réduire les conflits d’usage et contribuer à une meilleure intégration des enjeux de biodiversité dans le développement des énergies renouvelables. 
En résumé, le projet Cumul vise à combler un manque majeur des évaluations actuelles : la prise en compte des impacts cumulés et spatialisés des infrastructures sur la biodiversité. En s’appuyant sur des outils de modélisation et sur un réseau d’acteurs scientifiques et institutionnels, il cherche à fournir des bases solides pour mieux concilier transition énergétique et préservation des espèces.

Interview de Samantha Aguillon (projet CUMUL)

1 – Comment est née l’idée du projet CUMUL ?

Les éoliennes sont souvent installées à proximité des routes

Les éoliennes sont souvent installées à proximité des routes.
Photographie : Antonio J. Romero Barrera / Wikimedia Commons

Samantha Aguillon : avec le développement des énergies renouvelables en France pour répondre au défi climatique, le monde scientifique s’intéresse de plus en plus aux impacts des infrastructures d’énergie renouvelables (ENR) sur la biodiversité, dont plusieurs études ont déjà montré des effets négatifs (e. g. Leroux et al., 2022 ;Pearce-Higgins et al., 2009 ; Tinsley et al., 2023 et Visser et al., 2019). Toutefois, ces études ont considéré ces infrastructures de manière individuelle, or elles sont rarement isolées : pour des raisons logistiques, elles sont en effet souvent installées à proximité de grands axes routiers, qui peuvent eux-mêmes engendrer des effets négatifs sur la biodiversité, en particulier sur la faune volante (e. g. Benitez-Lopez et al., 2010 et Claireau et al., 2019). Par ailleurs, la réglementation française impose une analyse des effets cumulés lors des études d’impacts (article R122-5 du code de l’environnement).
L’idée du projet CUMUL est donc née du constat que ces analyses sont actuellement difficiles à mener, souvent approximatives et incomplètes, essentiellement dû au manque de connaissances scientifiques sur le sujet : il serait donc utile d’explorer les effets cumulés des infrastructures énergétiques et routières sur l’utilisation de l’habitat par l’avifaune et les chiroptères.
Le premier objectif du projet est d’évaluer ces impacts à partir de données récoltées sur le terrain, et le deuxième est de développer un outil d’aide à l’évaluation des impacts de ces équipements et à la décision à partir de modèles statistiques développés précédemment.
Le projet CUMUL est porté par Jérémy Froidevaux, du laboratoire UMR 6249 Chrono-environnement de l’université Marie et Louis Pasteur (Besançon) et du CNRS, de Camille Leroux (cabinet d’études Auddicé biodiversité) et Juliette Linossier (société BioPhonia), et est financé par l’ADEME dans le cadre du programme ITTECOP.

2 – Les effets des infrastructures d’énergies renouvelables (ENR) et routières sur les chiroptères et l’avifaune ont-ils donc toujours été étudiés séparément ? Pour quelles raisons ?

Pipistrelle commune (Pipistrellus pipistrellus)

Le projet CUMUL s’intéresse aussi aux effets cumulés des infrastructures sur les chauves-souris, ici une Pipistrelle commune (Pipistrellus pipistrellus).
Photographie : Mikes Makro / Wikimedia Commons

Samantha Aguillon : les effets des infrastructures d’ENR et routières ont longtemps été étudiés séparément, car l’analyse individuelle est plus simple et ne nécessite pas de prendre en compte des interactions potentielles (antagonistes, additives ou synergiques) entre ces équipements (lire Les effets à long terme d’un parc éolien sur les oiseaux marins nicheurs d’un petit archipel finlandais). Cependant, avec leur développement important, notamment aux abords des grands axes routiers, il devient important de mieux comprendre leurs impacts cumulés sur leur environnement. Ainsi, une étude intégrée devient primordiale pour mieux appréhender la globalité des effets sur la biodiversité, qui sont probablement sous-estimés lorsqu’ils sont considérés individuellement. Bien que de plus en plus d’études récentes s’intéressent aux répercussions cumulées (e. g. Daniel et Koper, 2019 et Oglęcki et al., 2025), ceux-ci restent difficiles à évaluer et constituent le grand défi du projet CUMUL.

3 – L’outil d’aide à la décision que le projet CUMUL doit créer pourra-t-il se combiner avec d’autres dispositifs d’études d’impact d’infrastructures ?

Samantha Aguillon : cet outil CUMUL aura pour première ambition de pouvoir simuler les effets cumulés des infrastructures d’ENR et routières dans le paysage. Il sera alimenté dans un premier temps par les données récoltées et analysées lors du premier lot du projet. Il sera cependant conçu, dans la mesure du possible, pour être évolutif et pouvoir intégrer de nouvelles données et connaissances. Actuellement, nous ne savons pas s’il pourra se combiner avec d’autres outils existants, mais nous espérons qu’il puisse lui-même intégrer de nouvelles fonctions avec le développement de futurs projets.

4 – Allez-vous seulement étudier les effets sonores des infrastructures sur la faune ?

Les effets des éoliennes sur les oiseaux et les chiroptères sont multiples

Les effets des éoliennes sur les oiseaux et les chiroptères sont multiples.
Photographie : LEITWIND official / Wikimedia Commons

Samantha Aguillon : l’originalité du projet CUMUL est d’étudier les effets cumulés des infrastructures d’ENR et routières, dus à la perte fonctionnelle et/ou la fragmentation de l’habitat au sens large, qu’ils soient liés ou non aux nuisances sonores. En effet, on sait que plusieurs éléments peuvent être à l’origine d’impacts sur la faune, comme l’effet de sillage des éoliennes (Leroux et al., 2024), leur balisage lumineux (Larnoy et al., 2025), ou encore le bruit des routes qui génère du dérangement (Benitez-Lopez et al., 2010 et Claireau et al., 2019). Nous allons tenir compte au mieux de tous les effets connus dans nos analyses, mais celui du bruit nous intéresse tout particulièrement, à la fois pour ses impacts sur la biodiversité, mais également sur notre méthodologie, puisqu’il peut engendrer un masquage partiel sur nos séquences enregistrées de l’activité sonore des oiseaux et des chauves-souris. C’est pourquoi une partie du projet CUMUL est aussi consacrée à la caractérisation du bruit ambiant issu de toutes ls sources possibles, y compris provenant du fonctionnement des éoliennes, avec un zoom particulier sur le trafic routier.

5 – Les infrastructures prises en compte sont les routes, les éoliennes et les parcs photovoltaïques : ces derniers sont-ils assez « bruyants » pour avoir des effets acoustiques ?

Samantha Aguillon : les parcs photovoltaïques ne semblent en effet pas émettre de sons significatifs (ni dans l’audible, ni dans les ultrasons) sur de larges distances, il est donc probable que le bruit ne soit pas le mécanisme principal d’impact de ces infrastructures en particulier.

6 – Quels effets sur les animaux volants allez-vous étudier exactement ? En général, les infrastructures constituent-elles plutôt une gêne ou un danger pour l’avifaune et les chiroptères ? Ces animaux peuvent-ils être attirés par elles également ?

Samantha Aguillon : l’objectif du projet CUMUL est d’étudier les effets cumulés des infrastructures sur les changements d’utilisation de l’habitat, incluant les phénomènes d’évitement, d’attraction ou d’indifférence vis-à-vis des infrastructures énergétiques et routières. Les études précédentes, qui ont porté sur les impacts individuels de ces équipements, ont essentiellement décrit des collisions avec les éoliennes et les véhicules (Fensome et Mathews, 2016 et Marques et al., 2014), un point qui n’est pas étudié dans le cadre de notre projet, ainsi que des comportements d’évitement vis-à-vis des éoliennes (Leroux et al., 2022 et Pearce-Higgins et al., 2009), des parcs photovoltaïques (Tinsley et al., 2023 et Visser et al., 2009), et des routes (Benitez-Lopez et al., 2010 et Claireau et al., 2019). Cependant, d’autres études ont suggéré que les réponses de la faune dépendaient fortement du contexte paysager et de la saison, et variaient selon les traits écologiques des espèces : elles peuvent ainsi, dans certains cas, conduire à des comportements d’attraction ou d’indifférence vis-à-vis infrastructures d’ENR (Ellerbrock et al., 2022 et Leroux et al., 2022). C’est pourquoi il est primordial de démêler l’ensemble de ces effets afin de mieux comprendre les réactions des espèces à la présence des infrastructures, en particulier dans des contextes d’effets cumulés encore peu explorés.

7 – Le taux de mortalité ne va a priori pas être étudié : cela ne limite-t-il pas la portée de l’étude ?

Buse variable (Buteo buteo) trouvée morte

Buse variable (Buteo buteo) trouvée morte à proximité d’une éolienne près de Sundern-Hövel (Allemagne) en mai 2011.
Photographie : Martin Lindner / Wikimedia Commons

Samantha Aguillon : bien que l’étude de la mortalité soit très intéressante, nous avons fait le choix de ne pas la prendre en compte dans notre  projet, car elle nécessiterait un travail conséquent de recherche des cadavres et d’estimation de leur persistance dans l’environnement (Ravache et al., 2024) pour ensuite pouvoir estimer leur impact démographique sur les populations. Cela constituerait un projet à part entière sur les collisions cumulées, qui pourrait d’ailleurs inclure des infrastructures additionnelles, comme les lignes électriques ou les façades vitrées. Ainsi, la méthodologie choisie dans le projet CUMUL (écoute passive via le déploiement d’enregistreurs acoustiques) permet l’acquisition de beaucoup de données à une grande échelle de temps et d’espace, et requiert déjà un effort de travail conséquent pour la pose et la récupération d’un nombre important d’enregistreurs.

8 – Le projet doit s’achever en 2028 : cela sera-t-il suffisant pour tirer des conclusions généralisables ?

Samantha Aguillon : le point le plus important pour pouvoir tirer des conclusions généralisables est de collecter un nombre suffisant de données pendant les sessions de terrain afin de pouvoir réaliser des analyses statistiques robustes. Nous avons ainsi sélectionné 128 sites en 2025, et le même nombre est prévu pour 2026. Malgré cela, notre échantillonnage ne nous permettra pas de couvrir toutes les configurations temporelles et spatiales possibles et donc de généraliser nos conclusions à l’ensemble des configurations. Ainsi, nos conclusions seront-elles limitées au printemps pour l’avifaune et à l’été pour les chiroptères, le comportement de ces animaux pouvant varier au cours des saisons. De même, nos enregistreurs ont été posés dans des secteurs de bocager et forestiers, et les données obtenues différeraient probablement, au moins légèrement, dans les zones de grandes cultures ou humides. CUMUL est ainsi le premier d’une lignée de nouveaux projets qui pourront réutiliser la méthode développée pour évaluer les effets cumulés dans d’autres contextes et pour d’autres espèces.

9 – Outre les données que vous allez collecter, allez-vous aussi utiliser d’autres données provenant d’autres études ? Si oui lesquelles ?

Samantha Aguillon : dans le cadre du projet CUMUL, nous avons mis en place un plan d’échantillonnage novateur et spécifique pour l’étude des effets cumulés des infrastructures d’ENR et routières. Nous ne pouvons donc pas utiliser de données récoltées lors de précédentes études, puisqu’elles ne respecteraient pas ce protocole et ne seraient donc pas standardisées. En revanche, d’autres projets, tels que CartoChiro, financé par l’ADEME, visent justement à développer une méthodologie à l’échelle nationale afin de fournir des outils d’aide à la décision pour l’installation d’équipements énergétiques, notamment pour définir les zones à enjeu de conservation et de vulnérabilité des chiroptères.

10 – Où votre zone d’étude est-elle située dans les régions Bourgogne-Franche-Comté et Grand Est ? Comment a-t-elle été choisie ? 

Éoliennes le long de l'autoroute A6 près de Sens (Yonne)

Éoliennes le long de l’autoroute A6 près de Sens (Yonne), dans la région Bourgogne-Franche-Comté. 
Photographie : Poudou99 / Wikimedia Commons

Samantha Aguillon : notre zone d’étude est située dans les régions Bourgogne-Franche-Comté et Grand Est, avec des secteurs de collecte de données situés dans les périphéries d’Auxerre, de Chaumont, de Dijon, de Langres et de Neufchâteau. Nous avons choisi ces sites pour qu’ils soient inclus dans des grilles de 5 km² de côté comprenant différentes combinaisons d’infrastructures : route seule (utilisée comme contrôle négatif, les routes étant omniprésentes), route + parc éolien, route + parc photovoltaïque et route + parc éolien + parc photovoltaïque. Nous avons fait en sorte que les grilles couvrent des milieux naturels (ou semi-naturels), en lisière de forêt avec un milieu ouvert, sans proximité d’un plan d’eau et à proximité d’infrastructures en fonctionnement et d’un grand axe routier.

11 – Comment avez-vous défini que des infrastructures étaient suffisamment rapprochées pour avoir des effets cumulés sur les animaux ? Doivent-elles être incluses dans une zone de 5 km² ?

Samantha Aguillon : la taille de la grille (5 km²) a été définie sur la base de la littérature existante, qui montre notamment que les effets des infrastructures routières, en particulier liés au bruit, peuvent s’étendre sur plusieurs kilomètres pour les routes (Benitez-Lopez et al., 2010 et Claireau et al., 2019) et pour les éoliennes (Reusch et al., 2022). En revanche, les effets associés aux parcs photovoltaïques sur de longues distances restent encore peu documentés et constituent un point que nous explorons dans le cadre du projet.

12 – Les enregistreurs seront-ils tous placés en lisière de forêt ? Et à quelle hauteur ??

Samantha Aguillon : les enregistreurs ont été ou seront tous placés en lisière de forêt, à environ 175 cm du sol, dans le but de standardiser l’échantillonnage et de maximiser la détection d’un grand nombre d’espèces d’oiseaux et de chauves-souris aux besoins écologiques variés (espèces généralistes ou spécialistes des milieux forestiers ou ouverts).

13 – Des enregistreurs SM Mini Acoustic 2 ont été choisis : pour quelles raisons ?

Enregistreur

Le projet CUMUL repose sur le déploiement d’enregistreurs acoustiques autonomes afin d’enregistrer l’activité des chiroptères et de l’avifaune.
Photographie : S. Aguillon

Samantha Aguillon : dans le cadre du projet CUMUL, nous utilisons des SM Mini Acoustic 2 pour l’enregistrement de l’avifaune et du bruit, et des SM Mini Bat 2 pour l’enregistrement des chiroptères. Nous avons choisi ces modèles, car ils bénéficient d’un bon rapport qualité-prix et sont pratiques sur le terrain (peu encombrants).

14 – Les enregistreurs des chants et cris d’oiseaux ont été ou seront mis en place durant deux semaines en avril et en mai : seules les espèces nicheuses vont donc être prises en compte ?

Samantha Aguillon : nous avons effectivement choisi de nous focaliser sur les passereaux nicheurs en milieu naturel, qui sont déjà nombreux, afin de les étudier à un moment clé de leur cycle biologique, la période de nidification. Pour des questions pratiques (temps et matériel disponibles), nous nous ne pouvons malheureusement pas couvrir toutes les périodes d’activité. Toutefois, il serait tout à fait pertinent de répliquer l’étude à d’autres périodes de l’année, pour d’autres communautés d’espèces et dans d’autres habitats. 

15 – Ils seront actifs pendant le chœur de l’aube : étant donné que l’activité vocale des mâles est alors maximale, les résultats obtenus ne seront-ils pas faussés ?

Samantha Aguillon : nous avons programmé nos enregistreurs pour qu’ils fonctionnent en continu pendant le chœur matinal (lire Le chœur de l’aube est bien plus qu’un simple concert d’oiseaux), et ensuite à raison d’une minute toutes les cinq minutes le reste de la journée. Le fait que les mâles soient plus actifs vocalement n’est pas problématique, puisque notre objectif est d’étudier la présence ou l’absence et l’activité globale des espèces, indépendamment du sexe. En outre, comme les oiseaux chantent essentiellement à proximité de leur site de nidification, l’enregistrement acoustique constitue un indicateur fiable de la présence et de l’activité des espèces pendant cette période. Par ailleurs, le fait d’enregistrer les oiseaux durant les mêmes créneaux horaires pour chaque site permet de standardiser l’échantillonnage et d’éviter tout biais : si l’on enregistre principalement l’activité vocale des mâles, cela ne constitue pas un problème puisque ce sera pareil partout.

16 – Les oiseaux vont-ils être détectés uniquement à l’aide d’enregistreurs autonomes ? Cela suffira-t-il, étant donné que les oiseaux ne chantent ou ne crient pas toujours ?

Samantha Aguillon : en complément des enregistreurs acoustiques autonomes, des points d’écoute active ont été ou seront réalisés sur certains sites par des ornithologues expérimentés du cabinet Auddicé, afin de confirmer la distance de détection des enregistreurs et de valider la liste d’espèces détectées l’application BirdNET à partir des enregistrements obtenus. Nous avons justement choisi de nous concentrer sur des espèces qui chantent le plus et d’écarter les autres, plus discrètes ou plus rares. 

17 – À quelle période les enregistreurs de chauves-souris seront-ils actifs ?

Pipistrelle commune (Pipistrellus pipistrellus)

Pipistrelle commune (Pipistrellus pipistrellus).
Photographie : Mikes Makro / Wikimedia Commons

Samantha Aguillon : nous avons fait le choix de déployer les enregistreurs à chauves-souris pendant l’été (de juillet à août) durant quatre nuits par site, ce qui correspond à la période où les adultes et les jeunes sont les plus actifs. Nous maximisons ainsi les chances de détection des différentes espèces afin d’avoir plus de données à analyser, mais également pour étudier les effets des infrastructures à un moment clé du cycle biologique des chiroptères, l’envol des jeunes.

18 – Les espèces d’oiseaux et de chauves-souris présentes ont-elles été ou seront-elles automatiquement identifiées grâce aux applications BirdNET et  Tadarida ? Une validation sur le terrain sera-t-elle aussi réalisée par des observateurs ?

Samantha Aguillon : les enregistrements ont été ou seront en effet analysés par BirdNET pour l’avifaune et par Tadarida pour les chiroptères. Une validation manuelle a été ou sera ensuite réalisée par des experts ornithologues (société Biophonia) et chiroptérologues (cabinet Auddicé) pour certaines espèces. Pour l’avifaune, la vérification a été ou sera réalisée en priorisant les passereaux nicheurs dans leur milieu naturel. Pour les chiroptères, les vérifications ont été ou seront réalisées  pour les espèces difficiles à identifier et pour les « glaneuses », qui utilisent l’ouïe pour chasser des insectes (genres Myotis, Plecotus et Rhinolophus). En outre, des points d’écoutes actives ont été ou seront réalisés pour suivre l’avifaune dans certains sites pour confirmer la distance de détection des enregistreurs et pour valider la liste d’espèces fournie par BirdNET.

19 – Comment allez-vous éliminer le bruit de fond causé par ces infrastructures pour isoler les sons des animaux étudiés ?

Samantha Aguillon : cette question se pose essentiellement pour le bruit routier, notamment pour l’avifaune, et nous sommes en train d’étudier la question ! En effet, le bruit engendré par le trafic routier ne gêne pas la détection des chauves-souris, puisqu’elles émettent dans les ultrasons et que le bruit des voitures se situe plutôt dans des fréquences basses, en plus d’être moins fréquent durant la nuit.

20 – Avez-vous déjà commencé à collecter des données durant le printemps et l’été 2025 ? Quelles espèces d’oiseaux et de chauves-souris ont déjà été détectées ? Avez-vous eu des surprises ?

Pouillot véloce (Phylloscopus collybita)

Le Pouillot véloce (Phylloscopus collybita) fait partie des espèces les plus couramment enregistrées dans le cadre du projet CUMUL.
Photographie : S. Aguillon

Samantha Aguillon : des données sur l’avifaune ont déjà été collectées durant le printemps 2025 (de mars à juin) et durant l’été 2025 (de juillet à août) pour les chiroptères. Une session supplémentaire a été menée au cours du printemps 2026 afin de réduire la variabilité temporelle de l’échantillonnage pour l’avifaune, qui est plus importante en raison d’une période d’échantillonnage plus longue. Les premiers résultats pour les passereaux détectés par BirdNET indiquent que les espèces les plus fréquemment détectées sont la Fauvette à tête noire (Sylvia atricapilla), le Pouillot véloce (Phylloscopus collybita), le Merle noir (Turdus merula), le Rougegorge familier (Erithacus rubecula) et le Pinson des arbres (Fringilla coelebs). Les premiers résultats pour les chiroptères détectés par TADARIDA concernent la Pipistrelle commune (Pipistrellus pipistrellus), la Barbastelle d’Europe (Barbastella barbastellus) et la Sérotine commune (Cnephaeus serotinus). Pas de surprises pour le moment, tout est normal !

21 – Pouvez-vous nous en dire plus sur l’analyse statistique qui est réalisée sur les sons collectés ? Avez-vous commencé à repérer des effets des infrastructure sur ces animaux ? Si oui lesquels ?

Samantha Aguillon : au moment de répondre à vos questions, nous n’avions pas encore débuté l’analyse statistique des données. Etant donné que l’étude des effets cumulés des infrastructures est récente, nous explorons actuellement différentes approches méthodologiques, à la fois à l’échelle de la communauté aviaire, et à l’échelle des espèces et/ou des guildes fonctionnelles. Ainsi, comme l’échantillonnage pour les chiroptères est terminé, les premiers résultats devraient arriver au cours de 2026. En revanche, il faudra attendre la fin de l’année pour l’analyse des données ornithologiques, puisque l’échantillonnage se poursuit encore au cours du printemps.

22 – À l’issu de l’étude, les conclusions seront-elles rendues publiques, au moins partiellement ?

Samantha Aguillon : tous les résultats issus du projet feront l’objet d’une publication scientifique dans un journal international, et ils présenteront notamment la méthodologie employée pour quantifier des effets cumulés de différentes infrastructures. En outre, l’écriture de recommandations est prévue afin de prendre en compte les effets cumulés des infrastructures d’énergies renouvelables et routières, pour l’avifaune et les chiroptères.

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