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Découverte d’un Guêpier de Perse dans l’Hérault en mai 2026 : quelle est sa sous-espèce et d’où vient-il ?
Guêpier de Perse (Merops persicus) près de Nissan-lez-Enserune (Hérault) le 1er mai 2026.
Photographie : Tristan Guillosson
Introduction
Le mois de mai constitue une période privilégiée pour l’observation des oiseaux sur le pourtour méditerranéen : en effet, dans le flux des migrateurs réguliers revenant d’Afrique, des espèces rares ou accidentelles, au parcours inhabituel, sont parfois notées. C’est dans ce contexte particulièrement dynamique qu’un Guêpier de Perse (Merops persicus) a été découvert le 1er mai 2026 parmi des Guêpiers d’Europe (M. apiaster) en halte migratoire près de Nissan-lez-Enserune (Hérault).
Le Guêpier de Perse vit dans les zones arides et semi-arides d’Afrique du Nord, du Moyen-Orient et d’Asie centrale. Deux sous-espèces très difficiles à distinguer l’une de l’autre sont reconnues : M. p. persicus qui niche en Afrique du Nord et de l’Ouest, et M. p. chrysocercus de la vallée du Nil à l’Inde et au Kazakhstan, les deux hivernant en Afrique tropicale.
En Europe, le Guêpier de Perse est accidentel et rare, bien que des observations soient régulièrement rapportées, principalement dans le sud du continent, des oiseaux ayant toutefois atteint la Scandinavie. Chaque mention soulève des questions concernant la sous-espèce concernée et l’origine possible des individus observés, mais les réponses restent généralement hypothétiques.
Après une présentation de cette espèce, nous revenons sur son statut en Europe, et nous nous interrogerons sur l’identification et le parcours possibles de l’individu observé dans l’Hérault en mai 2026. Nous remercions Tristan Guillosson pour ses photos.
Abstract
May is a prime time for birdwatching around the Mediterranean. Indeed, amidst the flow of regular migrants returning from Africa, rare or accidental species with unusual routes are sometimes observed. It was in this particularly dynamic context that a Blue-cheeked Bee-eater (Merops persicus) was discovered on May 1, 2026, among European Bee-eaters (M. apiaster) at a migratory stopover near Nissan-lez-Enserune (Hérault).
The Persian Bee-eater lives in the arid and semi-arid regions of North Africa, the Middle East, and Central Asia. Two subspecies, very difficult to distinguish from one another, are recognized: M. p. persicus, which breeds in North and West Africa, and M. p. chrysocercus, found from the Nile Valley to India and Kazakhstan, both wintering in tropical Africa.
In Europe, the Blue-cheeked Bee-eater is an accidental and rare vagrant, although records are regularly reported, mainly in the south of the continent, with birds having reached Scandinavia. Each report raises questions about the subspecies involved and the possible origin of the observed individuals, but the answers generally remain hypothetical.
After an introduction to this species, we will review its status in Europe and consider the possible identification and travel history of the individual observed in the Hérault department in May 2026. We thank Tristan Guillosson for his photographs.
Le Guêpier de Perse (Merops persicus)
Guêpier de Perse (Merops persicus) près de Nissan-lez-Enserune (Hérault) le 1er mai 2026. |
Longueur : 27 – 31 cm.
Envergure : 46 – 49 cm.
Description : le Guêpier de Perse a une silhouette typique, avec un bec arqué, un corps allongé, des ailes longues et pointues et des rectrices centrales très développées, accentuant l’aspect effilé. Son plumage est globalement vert, avec le dessus plus ou moins doré, une gorge brun-roux (avec un menton jaunâtre), un
masque facial noir, souligné de bandes blanchâtres plus ou moins larges et des sourcils et des joues bleu-vert. L’iris est rouge-orangé (lire Pourquoi certaines espèces d’oiseaux ont-elles les yeux de couleur vive ?).
Biologie : le Guêpier de Perse est strictement insectivore, ses proies principales étant des hyménoptères (abeilles, guêpes, frelons) et des libellules (des proies très importantes en Afrique), mais aussi des coléoptères, des orthoptères, des cigales et des papillons. Son régime est plus diversifié que celui du Guêpier d’Europe (M. apiaster). Il les capture en vol, puis se pose sur un perchoir pour les assommer et les avaler.
Il niche en couples isolés ou en petites colonies lâches pouvant compter jusqu’à dix individus, cohabitant parfois avec le Guêpier d’Europe. Pour nicher, ils creusent un tunnel relativement long (de 1 à 3 m) dans des berges, des talus ou de basses falaises au sol meuble (lire Le Guêpier d’Europe est un ingénieur efficace au rôle écologique méconnu), dans lequel sont déposés quatre à huit œufs (généralement six ou sept), blancs et sphériques. Le mâle et la femelle prennent soin des œufs, mais seule la femelle les couve la nuit. L’incubation dure de 23 à 26 jours.
Voix : son chant est plus grave et moins flûté que celui du Guêpier d’Europe.
Habitats : il niche dans des milieux ouverts chauds (semi-déserts, steppes, savanes et marais) et hiverne dans des milieux ouverts variés.
Répartition et taxonomie
Aires de nidification (A) des sous-espèces M. p. chrysocercus (en rouge : en été et en violet : toute l’année) et (B) M. p. persicus du Guêpier de Perse (Merops persicus) et zone d’hivernage en bleu. La situation de Nissan-lez-Enserune (Hérault), où un oiseau a été découvert le 1er mai 2026, est indiqué. Trois passages possibles (flèches noires) sont indiqués : (1) par le détroit de Gibraltar, (2) entre la Tunisie et la Sicile et (3) le détroit du Bosphore. |
Le Guêpier de Perse niche de façon fragmentée en Afrique du Nord (Maroc, Algérie et Tunisie) (lire Premiers cas confirmés de nidification du Guêpier de Perse en Tunisie en 2023), au Sahel (de la Mauritanie au Tchad), au Moyen-Orient, en Asie centrale, notamment au Kazakhstan et en Asie du Sud (Pakistan et nord-ouest de l’Inde). Il hiverne au sud du Sahara, en Afrique de l’Ouest (du Sénégal au Cameroun), de l’Est et australe (de l’Éthiopie au Zimbabwe).
Deux sous-espèces sont reconnues :
- M. p. persicus nichant de la vallée du Nil à l’Asie centrale et hivernant en Afrique de l’Est et australe.
- M. p. chrysocercus nichant de l’Afrique du Nord au Sahel et hivernant en Afrique de l’Ouest au sud du Sahara.
Une espèce accidentelle rare en Europe
Le Guêpier de Perse est une espèce accidentelle rare en Europe, avec des données principalement concentrées au nord de la Méditerranée orientale, notamment en Grèce (principalement en Crète), à Chypre (régulier en petit nombre) et en Italie (20 données entre 1950 et 2019), mais des oiseaux ont déjà été notés jusqu’en Grande-Bretagne (un oiseau tué dans les îles Scilly le 13 juillet 1921 et un observé dans le même archipel le 22 juin 1951) et en Scandinavie, avec par exemple un oiseau près du lac de Nørresø, dans le Midtjylland, au Danemark en juillet 1998. Ces observations sont principalement effectuées au printemps (avril et mai) et en été (juin à août) et concernent des oiseaux isolés, parfois associés à des Guêpiers d’Europe.
En France, sept données ont été homologuées entre 1832 et 2010 selon le site web du Comité d’Homologation National, principalement entre mai et juillet. D’autres oiseaux ont été vus depuis (voir notre synthèse dans notre rubrique Observations) :
- un oiseau sur le plan de la Garde (Var) le 30 mai 2023.
- un oiseau à Cléden-Cap-Sizun (Finistère) le 3 juin 2023.
- Un oiseau au Crêt des Roches (Doubs) le 29 août 2024 (lire Le Crêt des Roches, un site méconnu pour suivre la migration postnuptiale des oiseaux).
Deux sous-espèces très difficiles à distinguer l’une de l’autre
Guêpier de Perse (Merops persicus) de la sous-espèce persicus en Inde. Notez (1) la présence de blanc sous le masque noir, (2) le dessus vert profond et (3) longue queue relativement courte. |
Les sous-espèces nominale (G. p. persicus) et orientale (M. p. chrysocercus) du Guêpier de Perse sont très difficile à distinguer l’une de l’autre, d’autant plus qu’il existe une certaine variabilité individuelle :
- la sous-espèce nominale présente généralement une bande blanche plus ou moins large étroite sous le masque facial noir. Ce critère est toutefois peu fiable, M. p. chrysocercus pouvant aussi parfois présenter du blanc.
- Ses parties supérieures (dos, ailes, croupion et dessus de la queue) sont vert franc (couleur « pelouse ») teinté de bleu en plumage frais, alors qu’elles sont plus dorées (y compris le croupion) pour M. p. chrysocercus. La lumière peut rendre ce critère peu fiable.
- Sa taille globale est un peu supérieure, une différence peu exploitable sur le terrain.
- La longueur moyenne des filets caudaux (rectrices centrales) est de de 45 à 67 mm chez le mâle de la sous-espèce nominale, alors qu’elle est de 70 à 104 mm chez chrysocercus. Ce critère dépend toutefois de l’usure des plumes.
Découverte d’un Guêpier de Perse parmi des Guêpiers d’Europe dans l’Hérault en mai 2026
La découverte le 1er mai 2026 d’un Guêpier de Perse parmi des Guêpiers d’Europe près de Nissan-lez-Enserune (Hérault) a été annoncée sur le site web Faune-france.org, attirant plusieurs observateurs et photographes. Il chassait activement les insectes volants dans le vignoble, capturant par exemple une Belle-Dame (Vanessa cardui) et se posant à plusieurs reprises sur les fils électriques, les clôtures et les arbres morts. Il s’est envolé vers le Nord-est, mais il a été revu le lendemain (2 mai) dans le même secteur.
Quelle est la sous-espèce de l’individu découvert dans l’Hérault en 2026 et quelle est son origine possible ?
Guêpier de Perse (Merops persicus) près de Nissan-lez-Enserune (Hérault) le 1er mai 2026. Notez (1) l’absence de blanc sous le masque noir et (2) la longue queue, deux éléments plaidant plutôt (mais sans certitude) pour la sous-espèce M. p. chrysocercus. La possible couleur dorée du dessus est difficile à évaluer. |
D’après les photos disponibles sur Faune-france.org, le Guêpier de Perse découvert dans l’Hérault en mai 2026 présentait très peu de blanc sous le masque noir, les parties supérieures (ailes) semblaient légèrement dorées et les rectrices centrales paraissaient assez longues, trois éléments plutôt en faveur de la sous-espèce occidentale M. p. chrysocercus. Toutefois, comme nous l’avons évoqué plus haut, distinguer les deux espèces sur le terrain est extrêmement difficile, voire impossible sans des mesures précises de l’oiseau en main.
Du fait de cette difficulté, la sous-espèce n’est presque jamais précisée pour les oiseaux vus en Europe, sauf dans le cas d’un individu observé dans les îles Scilly (Grande-Bretagne) le 22 juin 1951 (lire Les îles Scilly ou Sorlingues, l’archipel aux oiseaux accidentels rares) : la présence de blanc sous le masque facial noir et ses rectrices centrales relativement courtes avaient conduit le découvreur à suggérer une appartenance à la sous-espèce nominale, sans que cette identification puisse être confirmée.
Il est probable que des oiseaux des deux sous-espèces atteignent notre continent, même si d’un point de vue géographique, une origine nord-africaine semble plus probable dans le cas de l’ouest de l’Europe, les oiseaux n’ayant alors que le détroit de Gibraltar à survoler. Un survol de la Méditerranée entre la Tunisie et la Sicile en passant par Lampedusa (lire Observer les oiseaux sur les îles de Lampedusa et de Linosa) est aussi possible. En Méditerranée orientale par contre, la sous-espèce nominale, qui niche dans la vallée du Nil et au Moyen-Orient, pourrait être majoritaire.
L’oiseau découvert dans l’Hérault aurait pu suivre des Guêpiers d’Europe retournant dans leurs zones de nidification, un comportement rappelant celui des Vautours de Rüppell (Gyps rueppelli) atteignant la péninsule ibérique après avoir accompagné des Vautours fauves (G. fulvus) ayant hiverné en Afrique de l’Ouest (lire Première observation marocaine d’un Vautour de Rüppell arrivant d’Espagne).
Les deux espèces de guêpiers cohabitent souvent, migrant ensemble entre l’Asie et l’Afrique, et il existe des colonies mixtes en Asie et en Afrique du Nord : le 3 juin 2025 l’une d’entre elles a été observée dans la vallée de l’oued Sayed, à 7 km environ de ville de Guelmime (Maroc).
Les Guêpiers de Perse atteignant au printemps le sud-est de l’Europe pourraient plutôt correspondre à des cas de dépassement d’aire printanier : selon ce phénomène, certains individus continueraient leur trajet de retour sur des centaines de kilomètres au lieu de s’arrêter dans les zones de nidification habituelles de l’espèce (lire Comment arrivent les oiseaux rares ?).
Une vidéo d’un Guêpier de Perse en Espagne en avril 2019
Guêpier de Perse (Merops persicus) à Medina Sidonia, dans la province de Cadix (Espagne), le 12 avril 2019.
Source : Miguel Campos
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Compléments
Dans la rubrique Observations dOrnithomedia.com
Guêpier de Perse (Merops persicus)
Dans la galerie photos d’Ornithomedia.com
Guêpier d’Europe (Merops apiaster)
Ouvrages recommandés
- A Birdwatchers’ Guide to Morocco de Patrick Bergier (Auteur), Fedora Bergier (Auteur)
- Carte NATIONAL Tunisie de Collectif Michelin
Sources
- Rathinavel Kishore, Shibu Anand, Sadhasivan Vinod et Yesudhas Ajil (2024). Far from the Palaearctic realm: First breeding record of the Blue-cheeked Bee-eater Merops persicus in Peninsular India with notes on its breeding ecology. Ornis Hungarica. Volume : 32. Numéro : 2. Pages : 264–277. reference-global.com
- Karl Gunnarsson et Robert Ekblom (2019). Review of the diet specialisation of the Blue-cheeked bee-eater (Merops persicus). Journal of Ornithology. Volume : 160. Pages : 275–279. link.springer.com
- A Prata P.U. (2019). Raro esemplare di Gruccione egiziano soccorso in Irpinia. AvellinoToday. www.avellinotoday.it
- LIPU Palermo (2011). Natura : Gruccione egiziano avvistato dalla LIPU a Marettimo, dal 1950 e’il decimo in Italia. lipupalermo.it
- S. M. Kossenko et C. H. Fry (2008). Competition and coexistence of the European Bee-eater Merops apiaster and the Blue-cheeked Bee-eater Merops persicus in Asia. Ibis. Volume : 140. Numéro : 1. Pages : 2-13. onlinelibrary.wiley.com
- Netfugl (1998). Grøn Biæder (Merops persicus). dklist.netfugl.dk
- Historical Rare Birds. Blue-cheeked Bee-eater Merops persicus Pallas, 1773. www.historicalrarebirds.info
- Featherbase. Guêpier de Perse Merops persicus. www.featherbase.info
- Birds of the World. Blue-cheeked Bee-eater Merops persicus. birdsoftheworld.org




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