Quelques exemples de comportements « agressifs « de rapaces envers les humains en milieu urbain

Jeunes Autours des palombes (Accipiter gentilis)

Jeunes Autours des palombes (Accipiter gentilis) dans leur aire à Berlin (Allemagne) le 30 mai 2014.
Photographie : Thomas Krumenacker / Krumenacker.de

De plus en plus d’espèces de rapaces nichent dans les zones urbaines du fait de l’étalement de ces dernières. En Europe par exemple, la Chouette hulotte (Strix aluco), l’Effraie des clochers (Tyto alba) et le Faucon crécerelle (Falco tinnunculus) se reproduisent depuis longtemps dans les villes et villages (lire Conseils pour favoriser la nidification du Faucon crécerelle sur une maison), et ils ont été rejoints depuis par l’Épervier d’Europe (Accipiter nisus) (lire L’Épervier d’Europe : un rapace opportuniste de plus en plus urbain), le Faucon pèlerin (Falco peregrinus) (lire Les monuments religieux de France où l’on peut observer le Faucon pèlerin) et l’Autour des palombes (Accipiter gentilis) (lire L’Autour des palombes devient urbain). D’autres espèces sont également concernées sur les autres continents. 
La cohabitation entre humains et rapaces se déroule généralement parfaitement, les premiers ne se rendant généralement même pas compte de la présence des seconds, mais quelques conflits rarissimes, qui font parfois les titres des médias locaux et même nationaux, car ils rappellent certaines scènes du film « Les oiseaux » d’Alfred Hitchcock (lire Le phénomène biologique derrière le film Les Oiseaux d’Alfred Hitchcock), sont parfois signalés. 
En Allemagne, des panneaux avec un triangle rouge d’avertissement sur lesquels il est écrit « Achtung! Aggressiver Mäusebussard » (Attention ! Buse variable agressive !) ont été posés dans la ville de Landsberg am Lech (Bavière), car depuis quelques années, une Buse variable houspille en période de nidification (de mars à juin) les visiteurs du Lechpark Pössinger Au, situé au sud de la ville. Les joggeurs sont particulièrement touchés, les cyclistes moins fréquemment, et parfois les promeneurs. Une fois les jeunes envolés, la situation se calme. Un journaliste du Bild en a fait l’expérience au printemps 2025 : alors qu’il courait sans chapeau, il a été griffé sur la tête, des blessures sans gravité toutefois.
Dans la ville de Dinant (Belgique), après une douzaine « d’attaques » d’une Buse variable sur des passants survenues depuis la fin février 2026 dans plusieurs quartiers de Dinant (Square Lion, Drève des Cavaliers, rue de Bonsecours, place Reine Astrid et cour de l’école du Collège de Bellevue), la commune a décidé de procéder à la capture de l’oiseau concerné et de le transférer dans un CREAVES (Centre de Revalidation pour Animaux Sauvages), où il sera examiné par un vétérinaire agréé, tandis que les autorités cherchent encore à comprendre l’origine de son comportement inhabituel.
Aux États-Unis, dans les années 2010-2020, des observations répétées d’attaques ou de “piqués” sur des passants par des Éperviers de Cooper (Accipiter cooperii) ont été effectuées en période de nidification dans le New Jersey. Dans le même pays, plusieurs incidents (passants légèrement blessés) impliquant la Buse à queue rousse (Buteo jamaicensis) au printemps ont été recensés sur l’île de Manhattan à New York et ailleurs dans le pays.
Toujours en Amérique du Nord, des cas de défense agressive de nids dirigés contre les humains en milieu urbain ont aussi été signalés pour le Milan du Mississippi (Ictinia mississippiensis), la Chouette rayée (Strix varia) et la Buse à épaulettes (Buteo lineatus).
Dans l’agglomération de Delhi (Inde), on a constaté une hausse du comportement agressif (piqués et coups de serres sur la tête) des Milans noirs (Milvus migrans) envers les habitants. Ces oiseaux arrachent aussi parfois la nourriture des mains, et dans certains quartiers, ces comportements seraient quasiment quotidiens.

Panneau avertissant les passants du danger que peuvent représenter certains Milans noirs (Milvus migrans)

Panneau avertissant les passants du danger que peuvent représenter certains Milans noirs (Milvus migrans) dans la ville de Kamakura (Japon).
Source : Shizuokagourmet.com

Dans la baie de Sagami, dans la région de Kanto (Japon), on observe aussi des attaques croissantes de Milans noirs sur les humains qui transportent de la nourriture. Ces agressions sont devenues si fréquentes dans plusieurs villes côtières, comme Kamakura et Fujisawa, que les autorités y ont installé des panneaux d’avertissement. Les offices du tourisme et les cliniques évoquent des blessures fréquentes parmi les promeneurs (lire Urbanisation et agressivité des oiseaux : les Milans noirs japonais).
En janvier 2022, un Grand-duc d’Amérique (Bubo virginianus) a attaqué une personne à la tête près d’une maison en Minganie au Québec (Canada), et il s’en est également pris à des chiens. 
En janvier 2014, trois personnes auraient été blessées à la tête au crépuscule par un grand rapace nocturne (non identifié dans l’article) dans quatre villages de moyenne montagne, situés au nord de Fréha, à 28 km à l’est de Tizi-Ouzou, en Kabylie (Algérie).
Au Royaume-Uni, une Buse de Harris (Parabuteo unicinctus) échappée de captivité a été à l’origine de 20 à 30 attaques en mars 2025 sur des passants à Flamstead dans le Hertfordshire, causant des blessures à la tête nécessitant parfois des soins.

Quelles sont les caractéristiques communes de ces attaques ? 

Ces comportements agressifs en milieu urbain, qui impliquent des espèces différentes dans des régions éloignées les unes des autres, ont généralement des points communs :

  • les attaques sont défensives et se déroulent généralement durant plusieurs semaines, en période de nidification (de la fin de l’hiver au début de l’été selon les espèces), à proximité des nids, quand les jeunes ne volent pas encore. 
  • Les personnes attaquées souvent sont des joggeurs ou des promeneurs passant à proximité du nid. Tant que ces personnes ne quittent pas le secteur, le comportement est répété.
  • Les oiseaux effectuent des vols piqués pour effrayer les passants et repartent avant de les toucher, mais des contacts sont possibles, plutôt au niveau de la tête. Les blessures sont généralement sans gravité (éraflures, bosses, etc.).
  • Les oiseaux concernés vivent en milieu urbain et sont donc habitués à voir des humains.
    Seule une très faible proportion des rapaces nichant en ville est impliquée (quelques individus sont souvent à l’origine de la plupart des attaques). Quelques cas ont toutefois aussi été signalés en pleine nature, à proximité des nids, lors d’activités de plein air (ski de fond, marche, etc.).
  • Certains de ces oiseaux sont alimentés régulièrement par les humains, comme les Milans noirs en Inde, qui profitent d’un nourrissage rituel. Notons qu’au Royaume-Uni, des Milans royaux (Milvus milvus) sont aussi nourris par des habitants (lire Certains Britanniques nourrissent les Milans royaux dans leur jardin !).

Les enseignements d’une étude réalisée sur la Buse à épaulettes aux Etats-Unis : les oiseaux urbains seraient plus audacieux

Buse à épaulettes (Buteo lineatus)

Buse à épaulettes (Buteo lineatus) posée sur la pergola du jardin botanique Roger-Van den Hende, dans l’université Laval au Québec (Canada).
Photographie : Cephas / Wikimedia Commons

Une étude a été effectuée en 2015 et 2016 sur des Buses à épaulettes dans des zones suburbaines et rurales de l’Ohio pour analyser leur comportement de défense du nid en fonction de l’habitat et déterminer les facteurs environnementaux l’influençant. Les chercheurs ont mené deux approches complémentaires : une expérience de terrain, consistant à s’approcher lentement des nids pour observer la réaction des oiseaux, et une analyse rétrospective basée sur plusieurs années (de 2011 à 2015) de données comportementales pour plus de 200 territoires.
Les résultats ont montré que la majorité des buses réagissait faiblement à l’approche d’un humain, se contentant souvent de rester au nid sans attaquer, traduisant un attachement fort au site de reproduction. Toutefois, les individus vivant en zone suburbaine se montraient globalement plus défensifs que ceux vivant dans les zones rurales, qui ont davantage tendance à fuir.
Contrairement aux attentes, dans le cas de l’expérience de terrain, les variables environnementales prises en compte (hauteur de l’aire, distance du nid par rapport aux habitations et aux routes et habitat rural ou suburbain dans un rayon de 500 mètres) n’expliquaient pas clairement l’intensité de la  réaction de défense.
L’analyse rétrospective a montré qu’environ 23 % des couples présentaient un comportement agressif au moins une fois, et la hauteur du nid était le facteur déterminant : ceux situés plus bas étaient associés à des comportements plus agressifs, probablement parce qu’ils sont plus accessibles aux prédateurs potentiels, y compris les humains.
Par ailleurs, aucune relation n’a été mise en évidence entre le niveau d’agressivité et le succès de la reproduction : les oiseaux les plus agressifs ne produisent pas plus de jeunes que les autres. Cela pourrait toutefois s’expliquer par un biais d’échantillonnage (exclusion des échecs précoces) ou par le fait que la reproduction dépend de nombreux autres facteurs, comme la disponibilité alimentaire ou les conditions climatiques. 
Ces résultats suggèrent que l’agressivité des rapaces en milieu urbain serait surtout liée à une habituation aux humains et à une perception de la menace plus faible, favorisant des comportements plus audacieux. En ville, les rapaces sont fréquemment exposés à des interactions non menaçantes, ce qui réduit leur perception du danger et les rend plus enclins à défendre activement leur nid. À l’inverse, dans les zones rurales, où les interactions peuvent être plus hostiles, ces oiseaux adoptent davantage des comportements d’évitement. Ces divergences pourraient aussi refléter des processus de sélection ou de plasticité comportementale favorisant les individus les plus tolérants en milieu urbanisé.
Des facteurs individuels, comme l’âge, la « personnalité » ou l’expérience, pourraient également jouer un rôle important, certains oiseaux se montrant constamment plus agressifs que d’autres. 

Les explications possibles des comportements agressifs de rapaces en ville ?

Buse variable (Buteo buteo) dans son aire avec un poussin en Pologne

Buse variable (Buteo buteo) dans son aire avec un poussin en Pologne.
Photographie : Artur Rydzewski / Wikimedia Commons

L’étude précédente a montré que les rapaces urbains, habitués à l’Homme, étaient généralement plus audacieux que ceux vivant dans des zones naturelles et hésiteraient donc moins à attaquer les passants. C’est encore plus visible dans les villes où ils sont nourris régulièrement, par exemple lors des rites religieux en Inde, où ils associent les humains à la nourriture.
Le rôle de la personnalité et de l’histoire personnelle de chaque oiseau est également à prendre en compte, et les individus très agressifs constituent une exception.
Les autres explications sont plus classiques : 

  • durant la période de nidification, les rapaces ont davantage tendance à défendre leur nid, surtout si les jeunes ne volent pas encore et sont donc dépendants. Les humains sont alors perçus comme des prédateurs potentiels, et « l’attaque » est une stratégie d’intimidation, pas de prédation. 
  • En milieu urbain, les probabilités d’interactions entre rapaces et humains sont plus fortes que dans des zones naturelles peu peuplées.

Un effet négatif possible sur l’image des rapaces auprès du grand public

L’agressivité des rapaces urbains peut engendrer des conflits avec les humains si ces derniers sont blessés ou s’ils craignent de l’être. Le pourcentage réel d’oiseaux très agressifs est très faible, bien que la couverture médiatique tende à fausser la perception du public. Toutefois, la plupart du temps, les habitants apprécient les rapaces nicheurs locaux, se réjouissent de leur présence proche et tolèrent leurs comportements défensifs occasionnels à proximité des nids, même s’ils causent des blessures.
Dans la ville indienne de Delhi, qui compte 16 millions d’habitants, les attaques de Milans noirs sont relativement fréquentes et sont liées aux activités humaines telles que la gestion insalubre des déchets, le nourrissage rituel (principalement pratiqué par des musulmans), la densité de population et la présence d’un balcon près du nid, suggérant un lien entre agressivité et proximité fréquente avec les humains, ainsi que les récompenses alimentaires qui en découlent. De façon surprenante, alors que plus de 100 000 personnes pourraient être exposées à un risque d’attaque à tout moment dans cette ville, les habitants se montrent étonnamment bienveillants envers les milans, même de la part des personnes blessées, probablement par empathie religieuse.

Quel comportement adopter vis à vis d’un rapace agressif ? 

Enfant portant un casque attaqué par un rapace

Enfant portant un casque « attaqué » par un rapace aux États-Unis.
Source : chaîne Youtube de Rob Patton

Avec l’urbanisation croissante, on peut s’attendre à une intensification des interactions entre les rapaces et les humains. Identifier les facteurs environnementaux qui contribuent à un comportement plus agressif pourrait aider les chercheurs, les gestionnaires et les résidents à mieux comprendre les rares comportements agressifs de ces oiseaux.
Fournir des conseils efficaces pour réduire les risques de blessures pourrait également contribuer à apaiser les craintes et à améliorer l’adhésion du public.
Voici ci-dessous quelques conseils utiles :

  • identifier et éviter la zone du nid concerné, la quasi-totalité des attaques ayant lieu à moins de 50 mètres de celui-ci et durant la période de reproduction (de la fin de l’hiver au début de l’été). Des signaux d’alerte peuvent aider à repérer cet emplacement, comme un oiseau qui tourne en cercle au-dessus des promeneurs en poussant des cris insistants.  
  • Ne pas s’approcher trop près d’un nid actif, même par curiosité.
  •  S’éloigner calmement mais immédiatement de la zone et éviter les gestes brusques. Les attaques cessent presque toujours dès que vous vous éloignez.
  • Ne jamais courir près d’un oiseau agité, car cela peut déclencher une poursuite et accentuer son agressivité.
  • Porter un chapeau, une capuche, un casque ou se munir d’un parapluie (très efficace et recommandé par les spécialistes) pour éviter les blessures. Un couvre-chef avec des “yeux” dessinés à l’arrière serait efficace dans certains cas. Des cheveux visibles pourraient peut-être être confondus avec la fourrure d’un ennemi naturel, comme un mustélidé. 
  • Garder un contact visuel, car beaucoup de rapaces attaquent par derrière.
  • En cas d’attaque, lever les bras.
  • Les chiens attirent l’attention des rapaces et augmentent leur sentiment de menace, il vaut mieux donc les tenir en laisse.
  • Dans certaines villes, respecter les signalements locaux (panneaux d’avertissement et zones temporairement balisées).

Reportage sur des « attaques » de Buses à épaulettes sur des passants en Floride (États-Unis)

Reportage sur des « attaques » de Buses à épaulettes (Buteo lineatus) sur des passants à Springhill en Floride (États-Unis).
Source : Tampa Bay 28

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