Pour éloigner un prédateur ou un intrus s’approchant trop près de leur nid ou de leurs progéniture, les oiseaux adultes peuvent pousser des cris d’alarme, tourner autour de lui, le poursuivre en vol s’il s’agit d’un d’un Laridé, d’un Corvidé ou d’un rapace (lire Le houspillage chez les oiseaux), ou foncer sur lui de façon simulée ou réelle, comme la Sterne arctique (Sterna paradisaea).

Les parents de plusieurs espèces utilisent des tactiques appelées parades de distraction, la plus connue consistant à simuler une blessure afin d’inciter le visiteur à les suivre pour l’entraîner le plus loin possible. Lorsque les œufs ou les poussins semblent hors de danger, l’adulte s’envole et revient sur son nid. Plusieurs espèces de limicoles pratiquent cette méthode, comme le Pluvier kildir (Charadrius vociferusen Amérique du Nord stratégie : il se blottit sur le sol en laissant pendre une aile comme si elle était brisée, sautille d’une façon pitoyable en lançant des cris « kill-dî-î » de détresse. La femelle de cet échassier peut utiliser une autre technique : faire semblant de couver à un autre endroit que sur son vrai nid.

Les réactions des Pluviers bronzés (Pluvialis dominica) adultes quand un humain s’approche trop près de leur nid ont été étudiées dans la toundra près de Churchill au Manitoba (Canada) : généralement, ils crient, et si cela ne suffit pas, ils adoptent des attitude de distraction comme tenir la queue ostensiblement tenue vers le bas, simuler une l’aile brisée, imiter un rongeur en fuite (« rodent-run ») ou courir entre l’intrus et le nid avant de s’envoler brusquement. Leur comportement est différent quand un rapace ou un goéland est en vue : ils s’éloignent alors discrètement et restent postés à une distance de 100 à 200 mètres dans le cas d’un Busard d’Hudson (Circus hudsonius), et ils se dressent sur leur nid puis s’accroupissent dans le cas d’un Goéland d’Amérique (Larus smithsonianus) ou d’un Labbe parasite (Stercorarius parasiticus).

Les Lagopèdes alpin (Lagopus muta) et des saules (L. lagopus) utilisent plusieurs parades de distraction en présence d’un chien ou d’un humain : marcher ou courir en décrivant un cercle, imiter une blessure de l’aile, battre des ailes pour exposer les zones blanches de leurs ailes afin de créer un effet visuel frappant, sauter ou encore s’approcher de l’intrus en s’aplatissant et en sifflant.

Chez les passereaux, différentes tactiques de distraction ont été observées, comme l’imitation d’un petit mammifère en fuite chez le Mérion superbe (Malurus cyaneus) en Australie ou donner l’impression d’une aile brisée chez plusieurs parulines en Amérique du Nord ou chez l’Accenteur alpin (Prunella collaris) en Europe.

Le Grand Corbeau (Corvus corax) est le plus grand et le plus lourd passereau d’Europe, et c’est généralement lui qui s’attaque aux œufs et aux poussins d’autres espèces. Toutefois, des intrus s’approchent parfois trop près de leur nid, et il doit donc agir. En mai 2019, alors qu’il se promenait sur une colline près de Bayford dans le Devon (Grande-Bretagne), René Droog a entendu des cris de Grands Corbeaux et il a repéré leur nid dans un arbre. Quand il était arrivé à une distance de 150 mètres, il a repéré un jeune ayant probablement récemment quitté son nid et qui a commencé à alarmer quand il s’est approché de trop près. Les deux adultes sont venus aussitôt et ils ont survolé René, puis l’un d’entre eux s’est dirigé vers un couple de Corneilles noires (Corvus corone) nichant à proximité et les a « provoqué » en fonçant sur eux et en les poursuivant, entraînant aussitôt une riposte bruyante de leur part. Voyant que René ne s’était finalement pas approché plus près de son nid, il est retourné se poser près de son jeune.

Il est difficile d’affirmer avec certitude que ce comportement est bien une tactique imaginée par ces Grands Corbeaux pour éloigner René de leur petit en le faisant regarder ailleurs, mais il n’avait autrement aucun autre but apparent et il était concomitant à sa présence. Les Corvidés sont connus pour leur capacités cognitives impressionnantes (lire Le cerveau et l’intelligence des oiseaux), allant jusqu’à se rassembler autour de « leurs morts » (lire Les « funérailles » des corneilles les aideraient à identifier les menaces). On sait par exemple qu’ils sont capables d’imaginer des parades quand ils veulent cacher de la nourriture alors que des congénères sont dans les parages (lire Les geais sont des planificateurs avisés) : attendre qu’ils se soient suffisamment éloignés, qu’ils aient été distraits par autre chose, faire semblant de déposer les aliments dans de fausses cachettes, ou les déplacer à différents endroits pour perturber d’éventuels voleurs. Bugnyar et Kotrschal (2003) ont aussi observé des Grands Corbeaux incitant leurs congénères à les poursuivre pour les éloigner de leurs réserves.

Vidéo réalisée près de Bayford dans le Devon (Grande-Bretagne) en mai 2019 montrant un Grand Corbeau (Corvus corax) semblant « provoquer » la réaction bruyante d’un couple de Corneilles noires (Corvus corone) pour distraire l’attention d’un intrus (l’auteur de la vidéo) et l’éloigner de leur petit.
Source : René Droog