Les vins issus de l’agriculture biologique ont de plus en plus de succès. Les viticulteurs qui choisissent cette approche doivent avoir pour objectif de privilégier la vie des sols, la pérennité des espèces animales et végétales en favorisant l’écosystème naturel. Pour cela, ils doivent utiliser des produits phytopharmaceutiques (herbicides et pesticides), même naturels, que de façon exceptionnelle. L’élimination des adventices doit être mécanique ou thermique, des auxiliaires (typhlodromes, chrysopes …) peuvent être utilisés pour lutter contre les insectes ravageurs, et l’enherbement, qui consiste à maintenir et à entretenir un couvert végétal, naturel ou semé, entre les rangs de vignes et autour de la parcelle, permet de lutter contre l’érosion, d’améliorer la structure et la portance du sol et de favoriser le développement de l’activité des organismes du sol.

Les chauves-souris et les oiseaux constituent des alliés efficaces pour lutter contre certains insectes et les rongeurs qui s’attaquent aux vignes et au raisin : un inventaire réalisée dans 18 parcelles de vignes en Bourgogne (France) en 2011 et en 2012 avait permis de recenser trente espèces, dont 64 % d’insectivores et 13 % d’omnivores (13 %), les plus fréquentes et les plus abondantes étant par ordre décroissant la Fauvette à tête noire (Sylvia atricapilla), la Linotte mélodieuse (Linaria cannabina), le Merle noir (Turdus merula), le Pinson des arbres (Fringilla coelebs), le Bruant zizi (Emberiza cirlus), le Serin cini (Serinus serinus), le Pigeon ramier (Columba palumbus), la Corneille noire (Corvus corone), les Mésanges bleue (Cyanistes caerulus) et charbonnière (Parus major), le Rougequeue noir (Phoenicurus ochruros), le Pouillot véloce (Phylloscopus collybita), l’Alouette lulu (Lullula arborea) et la Grive draine (Turdus viscivorus).

Pour favoriser la présence des oiseaux dans les vignobles, plusieurs mesures sont recommandées : ne pas réaliser d’interventions (déboisement, élagage, débroussaillage, tonte…) pendant la période de nidification (de mars à fin juillet), conserver les vieux arbres, ne pas rénover de façon inadaptée les anciens bâtiments agricoles afin de conserver des sites de nidification, poser des nichoirs à passereaux insectivores sur des arbres aux abords des parcelles (lire Comment installer un nichoir ?) et à rapaces  sur des bâtiments proches (lire Favoriser la nidification du Faucon crécerelle sur sa maison : un exemple réussi), installer des perchoirs pour que les rapaces diurnes et nocturnes puissent s’en servir pour surveiller les rongeurs, conserver la végétation spontanée le long des chemins et les tas de fumier (lire).

Alouette lulu (Lullula arborea)

Pour favoriser la présence de Alouette lulu (Lullula arborea) dans les vignobles, il faut conserver l’herbe poussant entre les pieds de vignes.
Photographie : Ján Svetlík / Wikimedia Commons

En Europe, peu d’oiseaux construisent leur nid dans les vignes, en dehors de la Linotte mélodieuse, du Merle noir, du Pinson des arbres, du Bruant zizi et de l’Alouette lulu. Cette dernière espèce est typique des vignobles d’Europe centrale et méridionale, où elle niche au sol, dans la végétation herbacée.

Dans un article publié en juillet 2019 dans le Journal of Ornithology, trois biologistes ont montré que l’augmentation de la couverture végétale au sol et l’élargissement de l’espace entre les rangs étaient les principaux facteurs favorisant la présence de l’Alouette lulu dans les vignobles, en augmentant l’abondance de ses proies (coléoptères et araignées) et en lui offrant des sites pour nicher.

Si les oiseaux jouent un rôle positif important avant l’apparition des raisins, il faut préciser qu’une partie de la production sera prélevée par les passereaux, notamment migrateurs, la fin de l’été et l’automne correspondant au passage postnuptial de plusieurs espèces (lire Des fruits riches en antioxydants dans votre jardin pour les oiseaux). La présence d’une population saine de rapaces (éperviers et faucons), cumulée avec l’installation de perchoirs, limitera  les grands rassemblements d’oiseaux affamés en les dispersant. Si ce n’est pas le cas ou si c’est insuffisant, des techniques efficaces pourront être employées dans les parcelles les plus touchées et/ou dont la valeur est la plus forte, comme l’installation de ballons gonflables avec de grands yeux colorés dessinés dessus accrochés sur des arbres et de longues perches, ou l’utilisation de drones diffusant des cris de rapaces enregistrés programmés pour suivre certains trajets aériens. Les canons effaroucheurs à gaz semblent peu efficaces, et la pose de filets est coûteuse et dangereuse pour les passereaux.