Une préférence des oiseaux pour les fruits riches en anthocyanes

Merle noir (Turdus merula)

Merle noir (Turdus merula) se nourrissant de baies sombres, riches en anthocyanes.
Photographie : Rob Young / Wikimedia Comons

Les plantes dépendent souvent des animaux pour disperser leurs graines, et elles produisent des fruits pour les attirer. La couleur de ceux-ci est généralement considérée comme étant un moyen d’augmenter leur visibilité et leur attractivité, mais il est aussi possible qu’elle serve à afficher leur richesse en éléments nutritifs. Et les pigments qui jouent le rôle le plus important dans la couleur des fruits sont les caroténoïdes et les anthocyanes, deux antioxydants.
Des biologistes ont voulu savoir si les oiseaux étaient capables de choisir les fruits les plus riches en anthocyanes : pour cela, ils ont mesuré la couleur et la réflectance (= qui caractérise l’apparence de leur surface), testé la visibilité dans la nature (grâce à un modèle simulant la perception visuelle d’un oiseau) et étudié la composition chimique de 60 fruits dispersés par les oiseaux produits par des arbres et arbustes (genres Amelanchier, Aronia, Berberis, Prunus, Viburnum…) poussant en Allemagne, dans la région méditerranéenne et au Venezuela. Ils ont d’autre part proposé à onze femelles de Fauvettes à tête noire (Sylvia atricapilla) de la nourriture enrichie ou non en anthocyanes.
Ils ont constaté qu’en murissant, la concentration en anthocyanes  augmentait, que les fruits les plus sombres et/ou à la réflectance la plus élevée étaient les plus riches en anthocyanes (ceux de couleur rouge et orange ayant des concentrations plus faibles), et que les Fauvettes à tête noire préféraient plutôt de la nourriture enrichie artificiellement avec ces substances.
La couleur et la réflectance constituent donc certainement des moyens pour les oiseaux de choisir les fruits les plus riches en anthocyanes, et pour les attirer et donc disperser plus facilement leurs graines, certains arbres et  arbustes ont évolué pour produire des fruits sombres ou à réflectance élevée. D’autres biologistes avaient déjà constaté que les Grives mauvis (Turdus iliacus) préféraient les baies à forte réflectance et que les Merles d’Amérique (Turdus migratorius) (et les humains) avaient une attirance particulière pour les pulpes sombres.

La capacité à détecter les caroténoïdes ?

Les caroténoïdes sont aussi des pigments antioxydants : or les oiseaux ne peuvent pas les synthétiser et ils doivent les trouver dans leur nourriture, en particulier dans les fruits. Or la couleur des fruits n’est pas un indicateur fiable de leur teneur en caroténoïdes (à cause probablement d’une action « masquante » de la chlorophylle), et donc les oiseaux qui désirent augmenter la quantité de pigments ingérés doivent utiliser d’autres sens que la vue, peut-être l’odorat. Pourtant, des expériences menées chez la Mésange charbonnière (Parus major) et la Fauvette des jardins (Sylvia borin) ont montré qu’elles étaient capables de faire la différence entre une nourriture enrichie ou non en caroténoïdes, même si la couleur des rations était identique. Il est donc possible que des éléments non visuels, comme le goût ou l’odeur, les aident à détecter les aliments contenant ces antioxydants. Mais des Roselins familiers (Carpodacus mexicanus), auxquels on a proposé des graines enrichies ou non en béta-ionone, un produit odorant issu de la dégradation des caroténoïdes des fruits, n’ont pas montré de préférence pour les premières…

Le rôle bénéfique des flavonoïdes sur l’immunité des oiseaux

Fauvette à tête noire (Sylvia atricapilla)

Fauvette à tête noire (Sylvia atricapilla) se nourrissant d’olives, qui sont riches en antioxydants.
Photographie : Cayambe / Wikimedia Comons

Les fruits et les légumes sont les meilleures sources d’antioxydants, et notamment de flavonoïdes (dont font partie les anthocyanes). Ces derniers ont des propriétés anti-oxydantes, anti-virales, anti-allergiques et anti-inflammatoires. Des chercheurs ont constaté expérimentalement que les Fauvettes à tête noire sélectionnaient de préférence une alimentation plus concentrée en flavonoïdes (extraits de mûres et de myrtilles). D’autre part, ils leur ont fourni durant quatre semaines une nourriture  enrichie en flavonoïdes correspondant à la  consommation quotidienne d’une à deux mûres, myrtilles ou baies de sureau, ce qui correspond globalement à ce que l’on observe dans la nature durant le pic de production de baies (d’août à octobre) dans l’hémisphère nord. Durant le reste de l’année, les fruits sont en effet plus rares et moins riches en flavonoïdes, et ils ont constaté que la production d’anticorps avait augmenté après cette période.
Les effets positifs des flavonoïdes sur l’immunité pourrait résulter de différents mécanismes : ils neutraliseraient les radicaux libres issus des dommages oxydatifs, perturberaient les mécanismes de production de ces éléments chimiques et amélioreraient le fonctionnement des antioxydants endogènes. Ils pourraient également augmenter l’efficacité d’antioxydants à l’activité immunostimulante reconnue, comme la vitamine E et les caroténoïdes.

La recherche de certains fruits avant de migrer

Baies d'Aronia pourpre (Aronia prunifolia)

Baies d’Aronia pourpre (Aronia prunifolia).
Photographie : Kurt Stüber / Wikimedia Comons

Des chercheurs américains ont vérifié quels étaient les fruits étaient les plus consommés par les oiseaux migrateurs en automne en Nouvelle-Angleterre : les baies des viornes (Viburnum recognitum, V. dentatum) et de la Vigne vierge (Parthenocissus quinquefolia) étaient les plus recherchées, suivies de loin par celles du Célastre orbiculaire (Celastrus orbiculatus), du Rosier multiflore (Rosa multiflora)  et du Houx verticillé (Ilex verticillata).
Les baies des viornes sont les plus riches en antioxydants (anthocyanes/polyphénols), suivies par celles de la Vigne vierge, de la Myrique de Pennsylvanie (Myrica pennsylvanica), des Aronias pourpre (Aronia prunifolia) et à fruits noirs (A. melanocarpa), du Rosier multiflore, du Houx verticillé et du Célastre orbiculaire.  
Les baies des viornes et de la Myrique de Pennsylvanie ont par ailleurs les plus fortes concentrations en antioxydants et en tocophérols (vitamine E) , tandis que celles du Célastre orbiculaire et du Rosier multiflore contiennent le plus de caroténoïdes.
Les oiseaux migrateurs peuvent ainsi ingérer différents types d’antioxydants en fonction des fruits consommés. Ces produits les aident à mieux préparer leur long voyage et à mieux se protéger contre le stress oxydatif accompagnant leurs intenses efforts musculaires.

Une sélection d’arbres et d’arbustes à planter dans votre jardin

Voici ci-dessous une sélection d’arbres et d’arbustes faciles d’entretien originaires d’Eurasie ou d’Amérique du Nord produisant des fruits riches en antioxydants : ceux-ci seront appréciés par les oiseaux pour reprendre des forces avant leur migration d’automne, mais aussi par les hivernants, s’il en reste encore pour eux  (lire Comment expliquer les invasions de Jaseurs boréaux (et d’autres espèces nordiques) ?). Pour rendre votre jardin attractif pour les oiseaux, lire aussi notre article Aménager son jardin pour les oiseaux.

EspèceOrigineDate de plantationPériode de fructificationFruits
Ronce commune ou Ronce des haies (Rubus fruticosus). Forme cultivée :  Mûrier-ronceEurasieOctobre-marsAoût-septembreDrupes noires très riches en anthocyanes
Viorne obier (Viburnum opulus)EurasieMars-avril ou septembre-octobreSeptembre-octobreBaies rouges riches en antioxydants et en vitamine E
Laurier-tin (Viburnum tinus)Bassin méditerranéenMars-avril ou septembre-octobre (évitez les climats froids)HiverBaies rouges riches en antioxydants et en vitamine E
Myrique de Pennsylvanie (Morella pensylvanica)Amérique du NordFévrier à mai, septembre à octobreAutomne-hiverBaies rouges riches en antioxydants et en vitamine E
Cornouiller sanguin (Cornus sanguinea)EurasieDe novembre à marsJuillet/août jusqu’à décembreBaies noires très riches en anthocyanes
Aronie noire (Aronia prunifolia)Amérique du NordDe septembre à octobreFin de l’été et automneBaies noires très riches en anthocyanes
Cotonéaster de Franchet (Cotoneaster franchetii)AsieAvril-mai ou septembre-octobreSeptembre-octobreBaies rouges riches en antioxydants
Buisson ardent (Pyracantha sp.)EurasieAvril-mai ou septembre-octobreAutomne-hiverBaies rouges ou orange riches en antioxydants
Amélanchier (Amelanchier lamarkii)Amérique du NordD’octobre à marsJuillet-aoûtBaies rouge sombre riches en anthocyanes
Épine-vinette de Thunberg (Berberis thunbergii)JaponToute l’année (hors gel)De l’été à l’automneBaies bleutées riches en anthocyanes
Mûrier noir (Morus nigra)EurasiePrintemps ou automneFin d’été-début d’automneBaies noires riches en anthocyanes
Vigne vierge (Parthenocissus quinquefolia)Amérique du NordDe mars à juinOctobre-novembreBaies bleu noirâtre, un peu luisantes, riches en anthocyanes
Laurier cerise (Prunus laurocerasus)Asie mineureAutomneDébut de l’automneBaies noires riches en anthocyanes
Cerisier de Sainte-Lucie (Prunus mahaleb)Asie mineure et Proche-OrientAutomneAutomneBaies noires riches en anthocyanes
Sureau noir (Sambucus nigra)EurasiePrintemps ou automneFin d’été-début d’automneBaies noires riches en antioxydants
Sureau grappes (Sambucus racemosa)Eurasie et Afrique du NordPrintemps ou automneFin d’été-début d’automneBaies rouges riches en antioxydants
Sureau blanc (Sambucus canadensis)Amérique du NordPrintemps ou automneFin d’été-début d’automneBaies noires riches en antioxydants