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Le nourrissage hivernal des passereaux ne les rendrait pas dépendants à cet apport alimentaire supplémentaire
Mésange à tête noire (Poecile atricapillus) se nourrissant à une mangeoire posée dans le comté de Saint-Louis dans le Minnesota (États-Unis) en décembre 2024.
Photographie : Courtney Celley (USFWS) / Wikimedia Commons
Chaque hiver, et même au-delà de cette saison, des centaines de millions de personnes à travers le monde nourrissent les oiseaux dans leur jardin (lire Comment nourrir les oiseaux l’hiver ?) et sur leur balcon (lire Nourrir les oiseaux sur son balcon en hiver) en leur distribuant des aliments placés dans des mangeoires, créant un marché de plusieurs milliards d’euros. Toutefois, ce passe-temps populaire, particulièrement utile en cas de période de gel ou de neige prolongée en augmentant le taux de survie hivernal, suscite chez certains des inquiétudes concernant une dépendance possible des oiseaux à l’égard de la nourriture fournie. En outre, l’ampleur et la fréquence de ce nourrissage peuvent avoir des conséquences imprévues sur les populations aviaires, comme la transmission de maladies (lire Nourrir les oiseaux : limiter les risques de salmonellose), la modification de la composition des communautés d’oiseaux, favorisant certaines espèces au détriment d’autres (lire Comment ne pas trop défavoriser les Mésanges nonnette et boréale lorsque l’on nourrit les oiseaux ?) et le changement des comportements migratoires (lire Divergences phénotypiques chez la Fauvette à tête noire liées aux activités humaines). Cet apport entraînerait même des changements dans la structure du bec des oiseaux.
Mésange à tête noire (Poecile atricapillus) équipée d’une puce RFID se nourrissant à une mangeoire équipée d’une lecteur de puces. |
Dans une étude récente publiée dans le Journal of Avian Biology, des chercheurs de l’Université d’État de l’Oregon (États-Unis) ont présenté les résultats de l’étude des habitudes de la fréquentation de 21 mangeoires par 67 Mésanges à tête noire (Poecile atricapillus) équipées de puces (radio-étiquettes) RFID (permettant une identification par radiofréquence) et soumises ou non à une ablation expérimentale (légère ou sévère) des rémiges primaires (qui repousseront lors de la prochaine mue) pour modifier le coût énergétique de leur vol. Les mangeoires étaient réparties sur 3,2 kilomètres, remplies de graines de tournesol et équipées de lecteurs de puces pour comptabiliser les visites des oiseaux marqués.
Les auteurs ont choisi la Mésange à tête noire car c’est un petit passereau répandu en Amérique du Nord, qui fréquente les mangeoires en hiver dans l’ensemble de son aire de répartition, et dont les besoins énergétiques quotidiens sont élevés. Elle ne consomme généralement qu’une seule graine à chaque visite, ce qui permet de mesurer précisément sa fréquence de fréquentation des mangeoires.
Ils ont constaté que les individus dont les rémiges primaires avaient été coupées, dont les coûts énergétiques du vol ont donc été accrus, n’avaient pas augmenté leur fréquence de visite aux mangeoires. Au contraire, ils ont même réduit leur fréquentation pendant quelques semaines, probablement pour limiter leur exposition aux prédateurs, et quand leurs plumes ont repoussé, ils ont visité les mangeoires à des niveaux similaires à ceux des témoins (dont les plumes n’avaient pas été coupées). Les chercheurs ont aussi examiné les nombres de visites aux mangeoires et de mangeoires utilisées et les moments des visites, et ils ont constaté qu’il avait peu de différences entre les Mésanges à tête noire dont les plumes avaient été coupées et les témoins.
Le fait que les Mésanges à tête noire dont les rémiges primaires avaient été coupées plus ou moins sévèrement fréquentaient moins les mangeoires que les oiseaux intacts suggère que la nourriture présente dans leur environnement, comme les graines, les baies et les petits invertébrés, était suffisante pour compenser l’augmentation du coût énergétique de leur vol et leur avait permis de réduire leur utilisation des mangeoires. Ces oiseaux n’ont donc augmenté ni leur fréquence de visite des mangeoires ni leur dépendance à l’alimentation complémentaire pendant une période où pourtant cela leur aurait été très utile.
Ces résultats sont cohérents avec ceux d’une expérience également menée sur des Mésanges à tête noire il y a près de 30 ans et qui n’avait révélé aucune diminution de leur taux de survie apparent après la suppression de mangeoires qui étaient en place depuis 25 ans, suggérant que le nourrissage hivernal n’induisait pas de dépendance.
Il convient toutefois de se demander si les résultats obtenus pour la Mésange à tête noire en Oregon peuvent être généralisés à d’autres espèces dans d’autres parties du monde et dans des habitats différents, aux ressources alimentaires plus ou moins riches.
Mésanges à tête noire (Poecile atricapillus) se nourrissant de graines de tournesol disposées sur une mangeoire en Ontario (Canada) en décembre 2024.
Source : Cornell Lab Bird Cams
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Source
Steve Lundeberg et Jim Rivers (2021). Don’t worry, birds won’t become dependent on you feeding them, OSU study suggests. Oregon State University. news.oregonstate.edu




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