Brèves
Le Moineau domestique semble avoir arrêté de décliner à Paris depuis 2014
Moineau domestique (Passer domesticus) mâle perché sur les grilles du square de la cathédrale Notre-Dame de Paris le 31 mars 2012.
Photographie : Valérie Wanegue
Le Moineau domestique (Passer domesticus) mesure de 14 à 16 cm de long. C’est un passereau robuste, au bec conique et à la tête assez grosse. Son dos est brun fortement strié de noir et il possède une barre alaire blanche. Le mâle a le plastron, les lores et la région auriculaire noirs, une calotte grise avec les côtés marron, les côtés de sa gorge sont blanchâtres et ses joues sont grisâtres. La femelle et le juvénile sont gris-beige dessous et brun terne dessus, avec le dos rayé de noir et des sourcils beiges. Il émet des pépiements et quand il est excité, il émet un « tierrrr! » typique (lire Identifier les oiseaux des jardins et des villes d’Europe en hiver).
C’est un oiseau sédentaire, qui vit en groupes dans des habitats variés. C’est une espèce anthropophile, qui aime vivre là où les humains sont installés (lire Quand les moineaux ne fréquentaient pas encore les hommes). Il est opportuniste et mange quasiment tout ce qu’il trouve, mais il affectionne surtout les graines de plantes cultivées ou sauvages. Il se nourrit en général à terre, mais il aime aussi attraper en vol les insectes qu’il utilise le plus souvent pour nourrir ses jeunes dans les tout premiers jours de leur vie. Il construit un nid en forme de cuvette sous les toits, dans des anfractuosités de murs et dans des haies à l’aide de brins de paille et de duvet, voire dans d’anciens nids d’autres oiseaux, comme les Hirondelles de fenêtre (Delichon urbicum) (lire Une scène inattendue : un Moineau domestique nourrissant de jeunes Hirondelles de fenêtre dans le Morbihan en juin 2023). La femelle pond de mars à juillet et peut avoir quatre couvées dans une année, et la taille moyenne de chacune étant de quatre oisillons.
L’espèce a vu ses effectifs fortement diminuer ces dernières années dans plusieurs grandes villes d’Europe. Les données sur les variations d’effectifs sont très disparates car la banalité de cette espèce n’a pas poussé beaucoup d’ornithologues à étudier leurs populations. À Londres (Grande-Bretagne), des comptages ont montré une chute importante depuis 1925, qui s’est accélérée dans les années 1970 pour devenir catastrophique depuis 1990. Pour le reste de l’Europe, une baisse importante a aussi été notée à Hambourg (Allemagne) (- 50 % en 30 ans en moyenne), à Prague (Tchéquie) (- 60 % en 20 ans) et en Finlande (- 60 % en 25 ans).
En France, le Moineau domestique semble avoir suivi la même pente, mais avec un décalage de quelques années par rapport à la Grande-Bretagne et aux autres pays d’Europe selon le Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris : la baisse a atteint 11 % entre 1989 et 2003, selon le programme de Suivi Temporel des Oiseaux Communs (STOC).
Répartition des points d’écoute des Moineaux domestiques (Passer domesticus) à Paris du 20 au 28 septembre 2003. |
À Paris, un suivi de sa population est menée par comptage par points d’écoute (près de 200 chaque année) depuis 2003 par le Corif (Centre ornithologique d’Ile-de-France) et et l’antenne francilienne de la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO), qui ont fusionné depuis 2018 pour former la LPO Île-de-France. La méthode consiste à compter pendant dix minutes les oiseaux vus ou entendus depuis un point fixe (tiré au sort, constant d’une année à l’autre, si possible par le même observateur au même horaire et le même jour de la semaine). L’observateur rend ses résultats sous la forme de deux estimateurs : le nombre maximum d’individus vus ou entendus simultanément et le nombre d’individus différents que l’observateur estime avoir notés sur le site.
Les résultats ont été publiés en 2025 dans la revue Le Passer de la LPO Île-de-France. Ils confirment un déclin spectaculaire de l’espèce dans la capitale entre 2003 et 2023, avec une baisse d’environ 81 %, soit une baisse moyenne proche de 8 % par an (lire Le déclin du Moineau domestique à Londres et à Paris). Ce recul a été particulièrement marqué jusqu’en 2014, période durant laquelle la population diminuait de plus de 10 % par an. En revanche, depuis cette date, les effectifs semblent s’être stabilisés autour de 20 à 25 % des effectifs initiaux, sans toutefois retrouver leur niveau initial.
La diminution ne s’est pas traduite par une baisse progressive du nombre d’oiseaux dans chaque colonie, mais surtout par la disparition complète de plusieurs d’entre elles. Les sites où les Moineaux domestiques étaient encore présents ont souvent conservé des effectifs relativement stables. Ce phénomène semble correspondre à un « effet de seuil » : lorsque les colonies deviennent trop petites, elles disparaissent brutalement. Certaines colonies plus solides semblent avoir réussi à se reconstituer après 2014, tandis que d’autres ont continué de décliner.
Plusieurs causes sont avancées par les auteurs pour expliquer l’effondrement de la population parisienne : la principale serait la raréfaction des ressources alimentaires, liée à la disparition des friches urbaines, riches en plantes sauvages et en insectes indispensables à l’alimentation des jeunes. Les rénovations du bâti, qui ont supprimé les cavités utilisées pour la nidification, auraient également joué un rôle important. D’autres facteurs, comme l’arrivée de prédateurs comme l’Épervier d’Europe (Accipiter nisus), qui s’est implanté en 2008 (lire Une nidification de l’Épervier d’Europe à Montmartre), ou certaines maladies, comme la malaria aviaire, qui serait associée à la pollution au plomb, ont pu contribuer au déclin, sans toutefois être déterminantes.
La stabilisation observée depuis 2014 pourrait être liée aux politiques de végétalisation menées à Paris : plan « zérophyto » et gestion différenciée dans es espaces verts depuis 2007, développement des zones enherbées et plantations favorables à la biodiversité. Ces mesures auraient progressivement recréé des conditions plus favorables aux moineaux. Les auteurs estiment donc qu’il serait essentiel de poursuivre ces efforts, tout en préservant des sites de nidification dans les bâtiments rénovés, afin de favoriser le maintien du Moineau domestique dans la capitale, voire une augmentation de sa population.
Reportage sur la baisse de la population parisienne de Moineaux domestiques (Passer domesticus).
Source : France 24
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Compléments
Dans la galerie photos d’Ornithomedia.com
Moineau domestique (Parus domesticus)
Source
Frédéric Malher, Olivier Disson et Philippe Maintigneux (2025). Bilan de 20 ans de comptages des Moineaux domestiques à Paris. LPO Île-de-France. Le Passer. Volume : 58. www.lpo.fr




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