La Rousserolle des buissons (Acrocephalus dumetorum) ressemble globalement à une Rousserolle effarvatte (A. scirpaceus) mais avec un bec plus fin et plus long, des ailes plus courtes, des parties supérieures d’une teinte brun gris-olive uniforme, et des sourcils pâles plus nets. Le dessous est blanchâtre-chamois pâle. Le juvénile en automne a des teintes un peu plus chaudes (notamment au niveau du croupion), et il ressemble alors davantage à la Rousserolle effarvatte, mais les critères de structure (longueur des ailes par exemple) aident à l’identifier. Les pattes sont en moyenne plus sombres et plus grises (notamment au niveau des doigts) que celles des Rousserolles verderolle (A. palustris) et effarvatte (lire Comment distinguer la Rousserolle des buissons des Rousserolles effarvatte et verderolle ?).

Durant la période de nidification, la Rousserolle des buissons fréquente aussi bien les roselières que les lisières et les zones buissonneuses, fréquemment loin de l’eau. En Finlande, elle niche ainsi volontiers dans les Ronces (Rubus fruticosus) et les Framboisiers (Rubus idaeus), les massifs de Grandes Orties (Urtica dioica), d’Épilobes en épi (Epilobium angustifolium), de Reines-des-prés (Filipendula ulmaria) et d’Égopodes podagraires (Aegopodium podagraria). Elle est aussi fréquemment vue dans les arbres. 

Aire de nidification (en rouge) de la Rousserolle des buissons (Acrocephalus dumetorum) en Europe

Aire de nidification (en rouge) de la Rousserolle des buissons (Acrocephalus dumetorum) en Europe. Flèches noires : axes de progression vers l’Ouest et points rouges : cas de nidification en Grande-Bretagne en 2024 et aux Pays-Bas en 2021.
Carte : Ornithomedia.com d’après HBW

La Rousserolle des buissons niche du nord-est de l’Europe (Suède, Finlande, Pologne, Bélarus et pays baltes) à l’Asie centrale, et elle hiverne essentiellement dans le sud de l’Asie. C’est aussi une espèce occasionnelle rare en migration à la fin de l’été et en automne en Europe de l’Ouest.

La Rousserolle des buissons est la fauvette paludicole (= des marais) la plus commune en Russie. À l’image de ce que l’on observe chez d’autres passereaux orientaux comme le Pouillot verdâtre (Phylloscopus trochiloides) (lire Le Pouillot verdâtre, un possible futur nicheur dans le nord-est de la France ?), son aire de nidification a tendance à progresser vers l’ouest de l’Europe depuis le début du XXe siècle. 

Un point sur cette expansion, basée sur une analyse des données disponibles, a été publié dans dans un article présenté en 2026 dans la revue Dutch Birding et relayé par Birdguides.com. On y apprend que l’espèce a connu une expansion marquée vers le nord-ouest, colonisant progressivement la Finlande et les pays baltes et renforçant fortement sa présence en Estonie et en Lettonie. 

On estime ainsi qu’aujourd’hui, la Finlande abrite entre 50 000 et 82 000 couples, l’Estonie entre 40 000 et 80 000 couples et la Lettonie jusqu’à 150 000 couples. La population suédoise a atteint 200 couples et la Biélorussie connaît également une forte croissance. Sa population a aussi fortement augmenté dans le sud de la Norvège. En revanche, l’espèce demeure rare en Ukraine et en Pologne, où seules quelques tentatives de reproduction confirmées ont été recensées.

Les premières nichées pures confirmées à l’ouest de l’aire de reproduction traditionnelle ont par ailleurs été signalées au cours des dernières années. Depuis les années 2000, des chanteurs sont signalés chaque année au printemps en Allemagne et au Danemark, et ce dernier pays enregistré sa première reproduction en 2012, suivi par les Pays-Bas (sur l’île de Texel) en 2021 et la Grande-Bretagne en 2024 (lire La Rousserolle des buissons a niché pour la première fois en Grande-Bretagne en 2024). Ces cas confirment une expansion continue vers l’Europe atlantique.

Aux Pays-Bas, 31 données ont été collectées entre 2001 et 2015, la majorité d’entre elles concernant des oiseaux capturés entre le 2 août et le 4 novembre. En 2014, pas moins de six chanteurs ont été notés entre le 22 mai et le 13 juin, et au début du mois de juin 2016, un mâle a chanté pendant cinq jours sur l’île de Texel, en Hollande-Septentrionale.  

Au Royaume-Uni, le nombre d’observations est aussi en progression constante depuis plusieurs années, et l’espèce n’est d’ailleurs plus prise en compte depuis 2014 par le British Birds Rarities Committee. À la fin du mois de mai et en juin 2020, un nombre inhabituellement élevé de chanteurs de Rousserolles des buissons avait été signalé dans ce pays et aux Pays-Bas. L’afflux a principalement touché le nord (Aberdeenshire, Caithness, îles Shetland, Orcades et Hébrides extérieures) et l’est (Lincolnshire, Suffolk, Northumberland et Yorkshire du Nord et de l’Est) de la Grande-Bretagne. 
 
En effet, à la limite  occidentale de son aire de répartition, les arrivées printanières de mâles non appariés sont fréquentes et les hybridations avec la Rousserolle effarvatte ont été largement documentées.

Cette expansion pourrait être liée aux changements climatiques et aux modifications importantes de l’utilisation des terres, notamment l’abandon des terres agricoles et la prolifération des buissons, qui créent les habitats semi-ouverts et riches en arbustes qu’elle affectionne. Sa faible fidélité aux sites de nidification et sa forte capacité de dispersion constituent d’autres facteurs favorables.

À l’échelle mondiale, la population est estimée à plus de 15,6 millions d’adultes, dont 2,2 à 4,8 millions de couples en Europe et environ 90 % en Russie européenne. Même les oiseaux nichant à la limite occidentale de son aire de répartition migrent en automne vers le sous-continent indien.

Rousserolle des buissons (Acrocephalus dumetorum) mâle chanteur dans le comté de Västmanland (Suède) le 3 juin 2012.
Source : AROSFILM

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