Le Pouillot verdâtre (Phylloscopus trochiloides) ressemble au Pouillot véloce (P. collybita), mais ses sourcils pâles sont plus nets et plus larges à l’arrière de l’œil, il possède une fine barre alaire pâle (plus large chez la femelle) formée par les extrémités blanchâtres des grandes couvertures, son manteau et ses couvertures sont vert-grisâtre (plus grises chez la femelle), ses parties inférieures sont plus claires (blanchâtres) et ses pattes sont brun grisâtre (lire Identifier les pouillots sibériens). Ses cris de contact sont courts et stridents (« tsîli » ou « tsli-uî »), semblables à ceux d’une Bergeronnette printanière (Motacilla flava). Son chant est une brève strophe se terminant par un trille descendant, qui rappelle celui du Pouillot fitis (Phylloscopus trochilus).

Écoutez ci-dessous un enregistrement du chant et des cris du Pouillot verdâtre réalisé en Pologne par Jarek Matusiak le 23/06/2012 (source : Xeno-Canto) :

La sous-espèce viridanus du Pouillot verdâtre niche des côtes méridionales et orientales de la Baltique à l’ouest au fleuve Ienisseï (Russie) à l’est et à l’Afghanistan et au Cachemire au sud. Le Pouillot verdâtre hiverne en Asie du Sud et du Sud-est et non en Afrique, et elle est donc très rare en migration en Europe de l’Ouest.

Aire de nidification régulière du Pouillot verdâtre en Europe

Aire de nidification régulière (en rouge) du Pouillot verdâtre (Phylloscopus trochiloides) en Europe et directions de l’expansion de l’espèce. Quelques observations récentes : (1) La Rivière-Drugeon dans le Doubs (France) le 24/08/2019, (2) nidification dans la vallée de l’Hongrin (Suisse) en juillet 2015, (3) un deux oiseaux en juillet 2018 au Luxembourg, (4) un chanteur à  Elsenborn (Belgique) et (5) un chanteur à Göttingen (Allemagne) en juin 2018.
Carte : Ornithomedia.com d’après Lionel Maumary et Fabian Schneider

En France, elle a été observée moins de 30 fois depuis 1963, très majoritairement en septembre et en octobre (voir une sélection d’observations récentes), surtout le long des côtes de l’Atlantique et de la Manche (96 % des données obtenues lors de la migration post-nuptiale). Sur le site web Ornitho.fr, Dominique Michelat a signalé l’observation (non encore homologuée par le CHN) d’un individu le 24 août 2019 près de l’étang de La Rivière-Drugeon (Doubs), un secteur connu pour son intérêt ornithologique (lire Les « prairies à rapaces » du bassin du Drugeon). Il était posé dans un saule isolé qui émergeait de la végétation herbacée du marais, au sud de l’observatoire (voir sa localisation sur Google Maps). Ce même observateur avait déjà observé cette espèce les 2 et 3 octobre 1996 à Frasne (Doubs), non loin de La Rivière-Drugeon. Si ces données ne signifient pas qu’une nidification a eu lieu et concernent sûrement des migrateurs, elles sont intéressantes du fait de leur proximité avec la Suisse.

Le Pouillot verdâtre a en effet récemment niché dans ce pays : du 20 juin au 19 juillet 2015, un couple a élevé six jeunes avec succès près d’Ormont-Dessous dans la vallée de l’Hongrin, dans les Préalpes vaudoises, à 1 520 mètres d’altitude, sur une pente parsemée d’épicéas dominant un marais couvert de saules et d’aulnes. Le mâle chanteur avait été repéré le 20 juin par Fabian Schneider lors d’un recensement des oiseaux nicheurs, puis la femelle avait été vue le même jour par Lionel Maumary, puis le mâle avec des insectes dans le bec a été vu le 12 juillet. Le lendemain, trois jeunes fraîchement sortis du nid étaient nourris par les deux adultes. Le nid était construit à 1,5 mètre de hauteur, dans une petite paroi terreuse au bord d’un ruisseau. Il s’agit de la première preuve de reproduction en Suisse (une probable tentative avait été notée en 2014 sur les pentes du Moléson, dans les Préalpes fribourgeoises) et de la cinquième donnée pour le pays. C’est la plus occidentale et la plus méridionale connue en Europe. Deux mâles chanteurs ont ensuite été découverts en juin 2017 dans les Alpes suisses.

Pouillots verdâtres (Phylloscopus trochiloides) juvéniles

Pouillots verdâtres (Phylloscopus trochiloides) juvéniles,  vallée de l’Hongrin (Suisse), le 13 juillet 2015 (cliquez sur la photo pour l’agrandir).
Photographie : Lionel Maumary

En Allemagne, le Pouillot verdâtre est un nicheur rare et occasionnel, la grande majorité des données concernant des mâles observés entre la fin mai et la mi-juin, chantant parfois pendant plusieurs jours, puis quittant les lieux, faut de partenaire. Parmi les observations récentes, citons un jeune nourri par un adulte le 27 juin 2017 dans le cimetière In the Kisseln à Berlin-Spandau, et un mâle découvert le 6 juin 2018 à Göttingen, dans le Land de Basse-Saxe, à mi-chemin entre Bönn et Berlin, où il a chanté durant six jours. 

En Belgique, un mâle chanteur a été observé le 4 juin 2017 à Elsenborn, dans la province de Liège, et au Luxembourg, deux oiseaux ont été observés et photographiés en juillet 2018.

L’aire de nidification de cette espèce essentiellement asiatique est en expansion vers l’Ouest : elle s’est installée en Russie européenne dès 1860, elle a atteint la mer Baltique dès 1899, elle a niché pour la première fois dans le sud de la Finlande en 1935, en 1953 en Suède, à la fin des années 1960 en Allemagne (Bavière), en 1990 au Danemark, en 1991 en Norvège, en 1992 dans les Sudètes tchèques, en 1994 en Slovaquie, en 2002 dans les Sudètes polonaises et en 2003 aux Pays-Bas (sur l’île frisonne de Schiermonnikoog). Elle continue depuis sa progression en Finlande, dans les pays Baltes et en Pologne. 

Le Pouillot verdâtre est un migrateur tardif, le pic de passage se produisant au cours des des deux premières décades de juin. Lors des années d’afflux, la plupart des observations ont lieu dans la seconde moitié de mai, ces irruptions étant liées à des températures supérieures à la moyenne lors de la migration de printemps.

Pouillot verdâtre (Phylloscopus trochiloides) femelle

Pouillot verdâtre (Phylloscopus trochiloides) femelle adulte,  vallée de l’Hongrin (Suisse), le 15 juillet 2015. Notez la barre alaire pâle relativement large, le contraste entre le manteau et les couvertures grisâtres et l’aile verdâtre, et les pattes brun grisâtre 
(cliquez sur la photo pour l’agrandir).
Photographie : Lionel Maumary

Ce passereau apprécie particulièrement les forêts froides ou humides de feuillus, de conifères ou mixtes, poussant à flanc de colline, parsemées d’arbres anciens et de petites clairières et parcourues de ruisseaux, en plaine ou en montagne. En Allemagne, des chanteurs sont souvent vus dans les cimetières et les jardins avec des grands arbres.

Souvent, les zones avec une cote de crédit élevée et les arbres les plus anciens y sont visités, les essences présentes jouant un rôle secondaire. En Allemagne, par exemple, les forêts de feuillus et mixtes structurellement riches du nord-est du Mecklembourg-Poméranie occidentale sont colonisées à une échelle particulière, de même que les anciennes forêts d’épicéas des hauts plateaux du Harz. De plus, la très petite présence allemande avec plusieurs occupations territoriales et des registres de reproduction individuels se concentre sur Helgoland, le Greifswalder Oie et la Suisse saxonne. Les éléments structurels existants sont souvent de petites clairières, des lisières de forêts, des ruisseaux, des chutes d’eau et, apparemment, des attractions particulièrement attrayantes, des rochers et des gorges ou bien d’Erdanschnitte, des reliefs ou des murs de jardin.

Les milieux favorables à l’espèce  étant nombreux en Europe et le réchauffement climatique favorisant les printemps chauds, l’espèce pourrait poursuivre son expansion vers l’Ouest, une tendance également observée chez d’autres espèces orientales comme le Gorgebleue à miroir roux (Luscinia svecica svecica), le Gobemouche nain (Ficedula parva), la Locustelle fluviatile (Locustella fluviatilis) (lire À propos de la première nidification de la Locustelle fluviatile en Belgique), la Bergeronnette citrine (Motacilla citreola) (lire La « Conquête de l’Ouest » de la Bergeronnette citrine) ou le Roselin cramoisi (Carpodacus erythrinus) (lire Le Roselin cramoisi en Europe : une expansion à vitesse variable). Le Pouillot à grands sourcils (Phylloscopus inornatus) semble également suivre ce mouvement, avec une augmentation spectaculaire des observations européennes depuis une vingtaine d’années (lire Le Pouillot à grands sourcils, un nouveau visiteur hivernal de nos parcs et jardins ?).

Le Pouillot verdâtre nichera-t-il un jour dans le nord-est de la France, peut-être dans le bassin du Drugeon (Doubs) ? Il rejoindrait alors une autre espèce venue de l’Est : l’Aigle pomarin (Aquila pomarina), dont un couple niche depuis quelques années dans le secteur (lire L’Aigle pomarin a niché dans le Jura français en 2005).