Le Pluvier roux (Anarhynchus obscurus) est un limicole mesurant environ 25 cm de long. Ses parties supérieures sont brun-gris et finement striées de brun foncé, et l’extrémité des rémiges, des scapulaires et des couvertures est blanchâtre, formant une large bande alaire en vol. Ses parties inférieures sont orange-rouge vif en période de reproduction, une teinte plus marquée chez le mâle et chez les oiseaux de la sous-espèce nominale, qui vit sur l’île du Sud et qui sont aussi légèrement plus grands. En période internuptiale, sa poitrine et son ventre deviennent blanchâtres. Le front et les sourcils sont clairs. Les pattes sont gris-vert. Son bec est noir, robuste et relativement long. Le juvénile ressemble à l’adulte en plumage internuptial, avec une marque légèrement plus foncée sur les côtés de la poitrine. Il émet des cris roulés plus ou moins doux.  

C’est un limicole endémique de Nouvelle-Zélande (lire À la recherche des oiseaux endémiques de Nouvelle-Zélande), comprenant deux sous-espèces : Anarhynchus o. aquilonius sur l’île du Nord et A. o. obscurus sur l’île du Sud. La première niche le long des côtes sablonneuses (dunes et estuaires), tandis que la seconde se reproduit plus en hauteur (jusqu’à 1 000 mètres d’altitude), entre les touffes d’herbe alternant avec des zones rocheuses.  

Aire de nidification du Vautour oricou (Torgos tracheliotos)

Situation de l’île Stewart (Nouvelle-Zélande), où nichent les derniers couples de la sous-espèce nominale du Pluvier roux (Anarhynchus obscurus). 
Carte : Ornithomedia.com

La population de la première est de plus de 2 500 individus et est en progression, alors que celle de la seconde est très menacée et faible, avec 101 individus seulement comptés en 2024, localisés sur l’île Stewart (ou Rakiura) (lire Périple ornithologique sur l’île du Sud et dans les petites îles néo-zélandaises, des Hen and Chicken à Campbell). Les principales menaces qui pèsent sur le Pluvier roux sont la prédation par des mammifères introduits (chats, mustélidés et Phalangers renards), les dérangements liés aux activités de plein air et l’aménagement du littoral. 

La sous-espèce de l’île du Sud est en danger critique d’extinction : alors qu’elle était de 290 individus en 2010, elle est passée à 126 en 2023 et à 101 en 2024. Toutefois, en 2025, la population a enfin augmenté et a atteint 105 oiseaux grâce aux opérations de lutte aérienne contre les prédateurs menées par le Département of Conservation sur l’île Stewart, qui ont permis de réduire drastiquement la présence de Chats harets et de Phalangers renards (Trichosurus vulpecula) sur environ 40 000 hectares, incluant une grande partie des rares sites de reproduction de la sous-espèce nominale.

Ces mesures de lutte contre les prédateurs sont menées à partir d’hélicoptères qui survolent de façon précise (à l’aide de GPS) les zones définies à l’avance par des équipes spécialisées en cartographie et larguent des appâts contenant du 1080, une version synthétisée d’une toxine, le fluoroacétate, mortelle pour les mammifères. En 1944, le Service américain de la pêche et de la faune sauvage avait surnommé ce poison « 1080 » d’après son numéro de catalogue de laboratoire. Les opérations n’ont débuté que lorsque les conditions météorologiques étaient favorables (temps calme, peu de vent et ciel dégagé). Les équipes au sol suivent l’opération en temps réel, ajustent si nécessaire les trajectoires et s’assurent qu’aucune zone n’a été oubliée.

Les prédateurs ciblés, en particulier les chats harets, sont devenus indétectables pendant au moins trois semaines après l’intervention grâce à l’utilisation de plus de 300 pièges photographiques. Toutefois, les chats toujours présents en périphérie de la zone traitée pourraient recoloniser la zone à terme. Des actions complémentaires, comme le piégeage intensif, sont donc maintenues.

Aucun impact négatif n’a été observé sur les populations de kiwis, également présents, et des recherches de nids sont en cours : au moins sept ont déjà été localisés. 

Toutefois, bien qu’efficace, cette technique de contrôle est critiquée par des associations néo-zélandaises de défense des animaux, comme la SCPA : celle-ci estime que le 1080 provoque une souffrance intense et prolongée chez les animaux et ne peut donc être justifié. L’organisation plaide pour des méthodes alternatives plus humaines, notamment non létales, comme le contrôle de la reproduction, ainsi que pour une meilleure coexistence avec les espèces introduites lorsque leur élimination totale n’est pas possible.

Bien que la SPCA reconnaisse les enjeux de conservation et la nécessité de gérer certaines populations animales, elle insiste sur le fait que tous les animaux, qu’ils soient indigènes ou introduits, doivent être traités avec le même respect et protégés de la souffrance. Elle définit un contrôle “humain” comme une méthode n’entraînant ni douleur ni détresse, ou, en cas d’abattage, provoquant une perte de conscience immédiate suivie d’une mort rapide.

Malgré ses prises de position, la SPCA ne peut pas empêcher l’utilisation du 1080, car celui-ci est légalement autorisé sous conditions par la législation néo-zélandaise, notamment via l’Animal Welfare Act de 1999. L’organisation agit donc principalement par le plaidoyer, en intervenant auprès des autorités et en sensibilisant le public.

Bande-annonce du documentaire « Beating the Odds » consacrée à la sous-espèce nominale du Pluvier roux (Anarhynchus obscurus).
Source : Karthiskool

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