Le Faucon d’Éléonore (Falco eleonorae) est un rapace aux longues ailes étroites, à la longue queue et au corps assez élancé. Il existe deux formes de plumage (lire La phase des oiseaux, un terme à bannir ?) : l’adulte pâle à un plumage similaire à celui d’un jeune Faucon hobereau (Falco subbuteo) mais le contraste entre les couvertures sous-alaires très sombres et la base gris plus clair des rémiges est plus net. En outre, le dessous du corps est chamois-roux plus terne. L’adulte de forme sombre est uniformément brun noirâtre foncé mais, comme la forme pâle, on note un contraste net sous les ailes entre les couvertures sous-alaires et les rémiges.

Le Faucon d’Éléonore niche en colonies à la fin de l’été et au début de l’automne, entre juillet et septembre sur des falaises et des îlots dans le bassin méditerranéen et localement en bordure de l’océan Atlantique (lire Les deux colonies marocaines de Faucons d’Éléonore se portent bien). Ils nourrissent leurs oisillons presque exclusivement avec des passereaux migrant de l’Europe vers l’Afrique, qui sont capturés en vol au-dessus de l’eau ou sur la côte, en particulier au lever du jour, quand leur passage est le plus important (lire Certains Faucons d’Éléonore conservent leurs proies vivantes). Le poids des oiseaux attrapés est généralement compris entre 10 et 30 grammes, mais le Faucon d’Éléonore est capable de chasser des espèces de la taille d’une Huppe fasciée (Upupa epops). Plus de cent espèces de passereaux capturées ont été recensées. Ces rapaces tueraient environ 0,1 % du nombre total de passereaux migrant entre l’Europe et l’Afrique.

Entre le 14 et le 22 septembre 2017, Stavros M. Xirouchakis et Michele Panuccio ont étudié les hauteurs de chasse des Faucons d’Éléonore autour de leur colonie installée près des côtes de Crète (Grèce), et ils ont présenté leurs résultats dans un article publié en février 2019 dans le Journal of Raptor Research. Ils ont utilisé un radar de surveillance maritime Ultra Large Bande (ULB), et ils ont détecté les mouvements des faucons pendant leur période de reproduction. Une application en langage Java leur a permis de suivre directement les oiseaux sur l’écran et de transférer les données dans un Système d’Information Géographique (SIG).

Trente heures de surveillance radar réalisées sur la période de l’étude leur ont permis de collecter 4 774 enregistrements (1 218 à l’intérieur des terres et 3 556 au-dessus de la mer). Ils ont constaté que les rapaces chassaient à une hauteur moyenne de 1 292  ±  11 mètres, avec une hauteur minimum de 17 mètre, une hauteur maximum de 3 475 mètres, et une hauteur médiane de 1 156 mètres. Toutefois, 70 % des oiseaux ont été suivis entre 17 et 1 750 mètres de haut. L’intervalle des hauteurs mesuré lors de cette étude est plus important que ce qui était connu précédemment : il constitue une adaptation aux différentes hauteurs de vol des passereaux migrateurs. Les Faucons d’Éléonore suivis chassaient plus souvent au-dessus de la mer qu’au-dessus des terres, et ils volaient plus haut le matin que le midi ou l’après-midi, ce qui correspond probablement à la migration plus intense des passereaux tôt le matin et en fin de journée, et à la capture d’insectes le midi, lorsque le passage des oiseaux est plus faible.

Par rapport aux techniques utilisées auparavant pour étudier cette espèce, à savoir les observations visuelles dans les années 1970, le télémètre optique dans les années 1990, et la télémétrie par satellite dans les années 2000, le suivi par radar ULB n’est pas limité par la taille réduite de l’échantillon étudié, par les erreurs de géolocalisation, par les conditions météorologiques défavorables ou par la mauvaise visibilité à haute altitude.