Le Pouillot de Hume (Phylloscopus humei) ressemble étroitement au Pouillot à grands sourcils (Phylloscopus inornatus) (lire Identifier les pouillots sibériens), et il était d’ailleurs encore récemment considéré comme une sous-espèce de ce dernier. Sa taille est identique (de 9 à 10 cm de long). En automne, en plumage frais (= après la mue postnuptiale), il en diffère par le dessus plus terne et plus grisâtre, l’avant des sourcils, les joues, les côtés du cou et la poitrine à nuance chamois, une petite barre alaire pâle peu visible, une grande barre alaire chamois et non pas jaune, et un bec et des pattes plus sombres. Une vague bande pâle au sommet de la calotte est parfois visible. Au printemps, quand le plumage est usé, les deux espèces sont encore plus difficiles à différencier. Son bec et ses pattes sont plus sombres.

La voix est un bon critère pour différencier ces deux espèces, quel que soit le plumage. Le chant du Pouillot de Hume est un « bzzzzzzzzio » vibrant, étiré, un peu tombant à la fin, évoquant le cri de la Grive mauvis (Turdus iliacus).

Le cri du Pouillot de Hume est un « du-it » dissyllabique grave, rappelant celui de la Bergeronnette grise (Motacilla alba), alors que le Pouillot à grands sourcils émet un « tsi-hui » sonore, aigu et montant à la fin (vous pouvez écouter des enregistrements des cris des deux espèces dans notre article Identifier les pouillots sibériens).

Écoutez ci-dessous les cris typiques d’un Pouillot de Hume enregistrés par Francesco Sottile à Quinto di Treviso, dans la province de Vénétie (Italie), le 8 décembre 2015 (source : Xeno-Canto) :

Aire de répartition du Pouillot de Hume (Phylloscopus humei)

Aire de répartition (de nidification en rouge et d’hivernage en bleu) du Pouillot de Hume (Phylloscopus humei) et emplacement de Vallauris dans les Alpes-Maritimes (France), où un oiseau a été vu en mars 2020, puis en mars 2021.
Carte : Ornithomedia.com d’après Birdlife International

Le Pouillot de Hume niche dans les forêts de montagnes d’Asie centrale, des monts Altaï à l’ouest de la Mongolie et au sud jusqu’au nord-ouest de l’Himalaya et au nord de l’Afghanistan en passant par les monts Tien Shan et Pamir. Il hiverne principalement au sud de l’Afghanistan, dans l’est de l’Inde, au Vietnam et au Sri Lanka. En automne et en hiver, le Pouillot de Hume fréquente les buissons bas, souvent près de l’eau (le Pouillot à grands sourcils est lui fréquemment noté au sommet des arbustes et arbres à cette période). Très vif, il se déplace rapidement dans le feuillage, en agitant les ailes.

Il est moins connu et plus rare que le Pouillot à grands sourcils en Europe de l’Ouest : cela est probablement dû à son aire de nidification plus éloignée et plus petite, à sa route migratoire plus courte et à sa forte ressemblance avec le Pouillot à grands sourcils, avec lequel il est certainement souvent confondu. Toutefois, comme pour ce dernier et pour d’autres espèces comme le Pouillot brun (P. fuscatus) (Le Pouillot brun en Europe de l’Ouest : une tendance comparable à celle du Pouillot à grands sourcils ?), le nombre de données est en augmentation, et l’espèce a déjà été signalée dans la plupart des pays européens (dont la France, la Belgique et la Suisse), même si une grande partie des observations provient de Scandinavie, des Pays-Bas et de Grande-Bretagne. Dans ce dernier pays, l’espèce est annuelle, et jusqu’à 28 oiseaux ont par exemple été notés en 2003 (un record). 

En France, 19 Pouillots de Hume ont été signalés entre 1988 et 2007, majoritairement sur les îles bretonnes, mais depuis quelques années, le nombre de données a fortement progressé et plusieurs individus sont désormais vus chaque année, surtout dans le nord et l’ouest du pays (voir une synthèse de données dans notre rubrique Observations).  

Les observations sont surtout concentrées entre la mi-octobre et la mi-novembre, soit en moyenne un mois plus tard que celles du Pouillot à grands sourcils (lire Le Pouillot à grands sourcils, futur visiteur hivernal de nos jardins ?), mais il existe aussi des données hivernales, certains oiseaux pouvant stationner jusqu’en mars et même en avril (lire Augmentation du nombre de données hivernales de Pouillots de Hume en Europe) : un individu est par exemple resté sur l’île d’Hoëdic (Morbihan) du 27 décembre 2014 au 4 mars 2015 au moins, un à Compiègne (Oise) du 22 janvier 2014 au 7 mars 2014, et un autre a stationné dans le bois d’Haringzelles (Pas-de-Calais) en décembre 2022 (lire Rencontre en décembre 2022 avec le Pouillot de Hume dans le bois d’Haringzelles, un lieu chargé d’histoire).

Pouillot de Hume (Phylloscopus humei)

Pouillot de Hume (Phylloscopus humei) dans le quartier de Pertuade à Vallauris (Alpes-Maritimes) le 22 mars 2021 : notez la barre alaire principale (la seconde plus petite est peu visible) et les sourcils blanchâtres teintés de chamois, le dessous blanc sale, et le bec et les pattes sombres (cliquez sur la photo pour l’agrandir).
Photographie : Thomas Bareyre / Voir sa page Facebook

Le cas le plus remarquable est certainement celui d’un Pouillot de Hume qui a été observé le 22 mars 2024 dans un jardin privé au Devens, dans la commune Vallauris (Alpes-Maritimes), pour la cinquième année consécutive ! Il se pose toujours aux mêmes endroits, effectue toujours le même tour et imite le cri du Pouillot véloce (P. collybita), ce qui suggère qu’il s’agit bien du même individu. En étudiant le plumage de l’oiseau sur les photographies prises en 2020, il aurait au moins six ans. Comme les années précédentes, et il devrait rester un peu moins d’un mois pour effectuer une mue partielle de son plumage.

La régularité de ses dates d’arrivée est remarquable : le 21 mars en 2020 et en 2021, le 19 mars en 2022 et le 17 mars 2023. Cette observation est intéressante, car elle semble montrer que comme le Pouillot à grands sourcils, cette espèce montrerait une certaine fidélité à ses sites européens d’hivernage et/ou de halte prénuptiale (lire Le Pouillot à grands sourcils pourrait montrer une certaine fidélité à ses sites d’hivernage européens). D’après l’observateur, cet oiseau ne semble pas avoir hiverné sur place. 

Les raisons exactes de l’augmentation du nombre de données européennes de Pouillots de Hume en Europe ne sont pas connues, mais elles pourraient être les mêmes que celles avancées pour le Pouillot à grands sourcils :

  • la formation d’une nouvelle zone d’hivernage en Europe 
  • la migration inversée, au cours de laquelle des pouillots (majoritairement des oiseaux de premier hiver) se dirigeraient en automne vers l’Europe au lieu de rejoindre l’Asie du Sud ou de l’Ouest pour hiverner (lire Comment arrivent les oiseaux rares ?)
  • la migration exploratoire (ou « zwischenzug »), au cours de laquelle les pouillots qui se sont dirigés vers l’Europe en automne rejoindraient plus tard dans la saison leurs sites d’hivernage classiques asiatiques (ce qui expliquerait le faible nombre de données printanières) (lire Arrivées de pouillots sibériens en automne : des cas de « zwischenzug » ?
  • la dispersion postnatale aléatoire des jeunes, dont l’intensité peut varier en fonction des conditions météorologiques. La présence d’un anticyclone au-dessus de la Sibérie combinée à une activité dépressionnaire sur le nord-ouest de l’Europe peut provoquer un afflux (lire L’influence de la météo sur l’observation des oiseaux
  • le réchauffement climatique (lire Afflux de Pouillots à grands sourcils et réchauffement climatique)
  • l’augmentation du nombre d’observateurs, l’amélioration de leurs connaissances et la mise à disposition d’outils informatiques pour partager les données (sites web, forums et applications sur smartphones).

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