La Bécassine double (Gallinago media) ressemble à la Bécassine des marais (G. gallinago), mais elle est un peu plus grande (de 5 à 10 %), plus lourde, son bec est proportionnellement plus court, ses pattes sont plus hautes, ses couvertures alaires sont bordées de blanc et forment des barres alaires, le dessous de ses ailes est entièrement sombre, ses rectrices externes sont largement blanches et son ventre est entièrement barré (lire Identifier et observer la Bécassine double en Catalogne espagnole au printemps).

Elle niche dans les prairies inondées, les tourbières et les marais boisés. Au printemps, les mâles se rassemblent dans des places de chant (ou leks) arène où ils effectuent des parades spectaculaires pour attirer les femelles. En hiver, elle stationne dans les marais, les chaumes et les prairies parfois assez sèches.   

Son aire de nidification s’étend de la Pologne à l’ouest de la Russie en passant par les pays baltes (lire Séjour ornithologique en Estonie du 20 au 24 mai 2004) et le Bélarus (lire Voyage ornithologique au Bélarus en mai 2009 – première partie) et elle hiverne en Afrique subsaharienne. Elle est classée comme « quasi menacée » sur la Liste rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature. Selon Birdlife International (2018), sa population globale serait comprise entre 200 000 et 380 000 individus, avec une nette tendance à la baisse. Elle a connu une forte régression depuis le milieu du XIXᵉ siècle, et elle cessé de nicher dans plusieurs pays, comme l’Allemagne, les Pays-Bas et le Danemark, en raison de la destruction ou de la dégradation de son habitat liées à l’intensification agricole, du changement climatique et de l’abandon des pratiques agricoles traditionnelles. 

Situations de plusieurs zones humides polonaises où la densité de mâles chanteurs de Bécassines doubles (Gallinago media)

Situations de plusieurs zones humides polonaises où la densité de mâles chanteurs de Bécassines doubles (Gallinago media) au printemps est encore élevée.
Carte : Ornithomedia.com

En Pologne, il y aurait actuellement entre 400 et 550 mâles chanteurs, toutefois, leur densité est variable selon les secteurs, le niveau d’eau au printemps constituant l’un des principaux facteurs déterminant le succès de la nidification de l’espèce. En effet, le régime alimentaire de la Bécassine double repose principalement sur les lombrics, dont la disponibilité est directement liée à l’humidité du sol. Une quantité d’eau insuffisante au printemps entraîne un durcissement des sols et une migration des lombrics vers des couches plus profondes, réduisant ainsi l’efficacité de l’alimentation et la qualité des places de chant. Or, les parades nuptiales de ce limicole sont très énergivores, ce qui limite les habitats favorables. 

Face à ces enjeux, la gestion et la conservation de l’espèce reposent donc sur une gestion hydrologique appropriée, mais les relations directes entre le niveau d’eau et l’abondance des mâles en parade ont été peu étudiées jusqu’à présent.

Dans un article publié en août 2025 dans la Journal for Nature Conservation, des ornithologues ont présenté leurs résultats basés sur une double approche : identifier les niveaux d’eau nécessaires au maintien des populations de Bécassines doubles en Pologne orientale et considérer cette espèce comme un indicateur de la bonne qualité hydrologique et de la gestion durable des zones humides. À partir d’un suivi interdisciplinaire mené entre 2020 et 2022 sur 16 sites, les auteurs ont montré que le niveau d’eau  minimal pluriannuel de la nappe phréatique au début de la saison de reproduction (de la fin avril à la mi-mai) était le meilleur indicateur expliquant l’abondance des mâles en parade, une profondeur d’au moins 20 cm étant nécessaire afin de garantir des conditions hydrologiques adéquates pour le maintien d’aires de parade nuptiale vastes et stables, ce qui est encore le cas de certaines zones humides de l’est du pays (Nowy Lipsk, Skryhiczyn, Błota Serebryskie et Hieronimowo).

Ces résultats pourraient ainsi servir de référence pour une meilleure gestion de l’habitat de la Bécassine double en Pologne, et donc pour améliorer son statut de conservation.

Bécassine double (Gallinago media) mâle paradant en Norvège en juin 2016.
Source : Steve Dahlfors

Réagir à notre article

Réagissez à cet article en publiant un commentaire