Brèves
Après avoir frôlé l’extinction il y a 77 ans, la population d’Albatros à queue courte a dépassé les 11 000 individus en 2026
Albatros à queue courte (Phoebastria albatrus) adulte et immatures dans la colonie d’Hatsunezaki, sur l’île de Torishima (Japon), en 2026.
Source : Institut d’Ornithologie de Yamashina
L’Albatros à queue courte ou de Steller (Phoebastria albatrus) mesure de 84 à 94 cm de long pour une envergure de 2,13 à 2,29 m. L’adulte a la tête, le cou et le corps essentiellement blancs, avec une teinte jaune doré sur la calotte et la nuque, ses ailes sont largement noires avec des zones blanches, et la queue est blanche et terminée par une bande noire. Il possède un très grand bec rose pâle à pointe bleuâtre et des pattes rosées à jaunâtres. Le jeune a un plumage presque entièrement brun chocolat foncé, qui blanchît progressivement au fil des années (le plumage adulte complet n’est atteint qu’entre 7 et 15 ans).
Il se nourrit principalement de calmars, de poissons pélagiques et de crustacés. C’est une espèce monogame, les couples étant généralement formés pour la vie. La saison de nidification s’étend d’octobre à mai. La première reproduction se produit vers cinq ans, et un seul œuf est pondu par saison. Les deux parents assurent l’incubation et l’élevage du poussin.
Situation de l’île de Torishima (Japon), qui accueille la plus grande partie de la population mondiale d’Albatros à queue courte (Phoebastria albatrus) . |
Les colonies sont installées sur des pentes herbeuses exposées au vent de quelques îles japonaises dans le nord-ouest de l’océan Pacifique, mais les oiseaux passent la plus grande partie de l’année au large, dans l’océan Pacifique Nord. En dehors de la période de reproduction, ils migrent vers la mer de Béring et les îles Aléoutiennes dans le Pacifique Nord, atteignant parfois les côtes de l’Alaska.
Au XIXᵉ siècle, on comptait probablement plusieurs millions d’individus, mais entre la fin du XIXᵉ siècle et le début du XXᵉ siècle, la population s’est effondrée, à cause principalement d’une chasse massive pour les plumes. On croyait même l’espèce disparue après un recensement en 1949, mais une dizaine d’individus ont été découverts par le personnel de la station météorologique de l’île volcanique de Torishima, dans l’archipel d’Izu, en 1951.
À la fin des années 1970, l’ornithologue Hiroshi Hasegawa avait constaté que le site accueillant la principale colonie sur l’île de Torishima était menacé par une forte érosion des sols, qui ensevelissait les œufs et les poussins et limitait le succès de la nidification. Malgré des travaux d’aménagement réalisés à partir de 1981, le problème est réapparu quelques années plus tard. Afin d’assurer l’avenir de l’espèce, un nouveau site de reproduction avait été créé sur une pente plus stable. À partir de 1992, un programme innovant « d’attraction sociale » a été mis en œuvre, avec des oiseaux factices et des enregistrements utilisés pour attirer des nicheurs. Le premier couple s’y est reproduit avec succès en 1995, et la colonie a ensuite connu une croissance régulière. En 2006, l’envol de 13 poussins avait confirmé l’établissement de cette nouvelle colonie viable, marquant le succès de quinze années d’efforts de conservation. Depuis, le suivi et l’aménagement du site se sont poursuivis et la population n’a cessé d’augmenter.
Afin de réduire la dépendance de l’Albatros à queue courte à l’île de Torishima et de restaurer une ancienne zone de reproduction, l’Institut d’Ornithologie de Yamashina a lancé un programme de réintroduction de l’espèce sur l’île de Mukojima, dans l’archipel d’Ogasawara (lire L’arrivée des rats sur les îles Ogasawara semble avoir « profité » à une sous-espèce endémique de la Buse du Japon) : entre 2008 et 2012, 70 poussins y ont été transférés et élevés sur place, et 69 ont pris leur envol avec succès. Grâce à la philopatrie (la tendance d’un animal à rester ou à revenir s’installer, se reproduire ou hiverner dans son lieu de naissance) de cette espèce, des oiseaux ont commencé à fréquenter le site dès 2009, tandis que les premiers individus transférés sont revenus à partir de 2011. En novembre 2012, la première ponte a été observée entre un mâle issu du programme de transfert et une femelle sauvage. Le succès de cette recolonisation a été confirmé en 2016, avec l’envol des premiers poussins nés sur l’île de Mukojima.
Vue en 2026 d’une partie de la colonie d’Albatros à queue courte (Phoebastria albatrus) d’Hatsunezaki, sur l’île de Torishima (Japon). |
La présence d’un petit nombre d’Albatros à queue courte a également été confirmée en 1971 sur les îles Senkaku, en mer de Chine orientale, bien que des études récentes suggèrent qu’il pourrait s’agir d’une espèce à part entière, différant par ses caractéristiques génétiques, écologiques et morphologiques. Cette découverte renforce l’importance de préserver séparément chacune de ces populations, et cette révision taxonomique implique également que les effectifs de chaque espèce sont plus faibles qu’on ne le pensait auparavant, ce qui accroît les enjeux de conservation. Les chercheurs soulignent donc la nécessité de réaliser rapidement un nouveau recensement de la population des îles Senkaku, qui n’a plus été évaluée depuis plus de vingt ans.
L’Institut d’Ornithologie de Yamashina a annoncé en juin 2026 qu’un recensement mené en février et en mars de cette année avait permis de dénombrer 11 067 individus répartis dans trois colonies sur l’île de Torishima, ce qui représente une augmentation de 12 % par rapport à l’année précédente. Les biologistes ont compté 2 114 couples reproducteurs (soit 4 228 oiseaux), 5 248 oiseaux non reproducteurs (de moins de six ans) a atteint 5 248 et 1 591 poussins.
Sur l’île de Mukojima, bien que des jeunes prennent leur envol chaque année, on ne compte que dix adultes (dont trois couples qui se sont reproduits pendant trois années consécutives depuis 2023).
Les biologistes indiquent que la poursuite des mesures de conservation est essentielle, l’espèce étant actuellement classée comme vulnérable par le Ministère japonais de l’Environnement. L’Institut d’Ornithologie de Yamashina a toutefois pour objectif de retirer l’Albatros à queue courte de la liste des espèces japonaises menacées et compte poursuivre ses activités de suivi et de conservation sur les îles de Torishima et de Mukojima.
Par ailleurs, un couple (surnommé George et Geraldine) niche avec succès depuis 2011 sur l’atoll de Midway, dans l’archipel d’Hawaï (États-Unis), et plusieurs jeunes y retournent désormais chaque année, un total de huit oiseaux ayant été atteint en 2026, laissant espérer la formation d’une future colonie.
Vidéo filmée par une webcam d’Albatros à queue courte (Phoebastria albatrus) paradant sur l’île de Torishima (Japon) le 27 février 2025.
Source : Pyrrhuloxiaa
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Compléments
Ouvrages recommandés
- Birds of East Asia (Helm Field Guides) de Mark Brazil (janvier 2009)
- Endemic Birds of Japan de Frederic P. Miller, Agnes F. Vandome et John McBrewster (2010)
- Photographic Guide to the Birds of Japan and North-East Asia de Tadao Shimba (Broché – 1 février 2008)
Sources
- Institut d’Ornithologie de Yamashina (2026). Izushotō Torishima no ahōdori, 1 man-ba ijō ni kaifuku! Junzetsumetsukigushu e no daunrisuto ni muke hozen shisaku no keizoku ga fukaketsu. www.yamashina.or.jp
- The Mainichi (2026). Over 10,000 albatrosses reported on Japan island after ‘extinction. mainichi.jp
- Agreement on the Conservation of Albatrosses and Petrels (2026). Midway Atoll’s albatross ground count reveals over 600 000 pairs are breeding in the 2025/26 season – but will the volunteers be replaced by drones and temporal image differencing? acap.aq




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