La Pie-grièche à poitrine rose (Lanius minor) mesure de 19 à 21 cm de long, soit une taille intermédiaire entre celles des Pies-grièches écorcheur (Lanius collurio) et grise (L. excubitor). Sa tête est proportionnellement assez grosse, ses ailes longues et sa queue courte. Le bec est court, épais et peu crochu. Les parties supérieures sont gris, blanc et noir et les parties inférieures sont plus ou moins fortement teintées de rose. Un large masque noir s’étend depuis l’arrière des yeux jusqu’au bec et au front. Une tache blanche est présente à la base de la main (= à la base des rémiges primaires et secondaires) et est très visible en vol. Le dessus de la queue est noir et elle est bordée de blanc (sur les rémiges externes) jusqu’à son extrémité.
La gorge est blanche. La poitrine et le ventre sont teintés de rose saumon, en particulier au début de la période de reproduction.
Les deux sexes ont un plumage pratiquement identique, mais le masque de la femelle est un peu plus petit et teinté de brun, son front est nuancé de gris, le gris de ses parties supérieures est un peu moins bleuté.

Le juvénile a le dessus finement barré de sombre, son front n’est pas noir, le masque sombre est moins net que celui de l’adulte, les parties sombres des ailes sont teintées de brun, les extrémités des couvertures et des rémiges tertiaires sont bordées de clair et les parties inférieures sont d’un chamois très clair.

Son chant est un gazouillis relativement peu sonore et rapide, composé d’imitations de chants d’autres oiseaux et entrecoupé de cris rauques (tché-tché, tchip…). Des cris râpeux et durs sont émis à l’approche d’un prédateur potentiel près du nid.

Aire de répartition de la Pie-grièche à poitrine rose (Lanius minor)

Aire de répartition de la Pie-grièche à poitrine rose (Lanius minor) en Europe : en rouge, les zones de nidification en été. L’espèce ne niche plus en France depuis 2019, et elle est pratiquement éteinte en Espagne, la plaine de Lérida (Catalogne) étant la dernière zone où elle est encore notée. 
Carte : Ornithomedia.com d’après le Guide Ornitho

La Pie-grièche à poitrine rose niche dans des milieux ouverts (cultures, prairies et steppes) et chauds parsemés d’arbres (platanes, frênes, peupliers, etc.) isolés ou en bosquets. Elle chasse dans les zones à la végétation basse et clairsemée.  Elle niche principalement de l’Italie à la Turquie en passant par les Balkans et de l’Ukraine au Kazakhstan (lire Séjour ornithologique estival dans les steppes et la taïga du Kazakhstan), en passant par la Russie d’Europe.  Selon BirdLife International (2021), la population mondiale serait comprise entre 662 000 et 1 792 000 couples, dont plus de la moitié en Europe (principalement en Roumanie, en Ukraine et en Russie). Elle hiverne dans les savanes et les zones semi-désertiques en Afrique australe. 

L’espèce connaît un déclin marqué en Europe depuis plusieurs décennies, principalement à cause de l’intensification des pratiques agricoles, qui a pour conséquence la transformation de l’habitat de nidification (zones cultivées avec bosquets et haies dans les régions chaudes) et des effets du changement climatique (successions des épisodes de sécheresse dans les zones d’hivernage et des étés davantage pluvieux en Europe centrale). On assiste ainsi à un recul de son aire de répartition, et même à sa disparition dans plusieurs régions ou pays d’Europe : selon l’European Bird Census Council, ses effectifs auraient baissé de 33 % entre 1999 et 2013 en se basant sur une synthèse des résultats des suivis réalisés en Bulgarie, en Grèce, en Hongrie et en Italie.

En France, la dernière reproduction confirmée remonte à 2019 (lire Faut-il élever et lâcher des Pies-grièches à poitrine rose en France ?). Des oiseaux isolés sont toutefois encore notés dans l’hexagone, principalement au printemps (lire Comment arrivent les oiseaux rares ?), atteignant parfois le nord du pays  (lire Séjour d’une Pie-grièche à poitrine rose dans l’Orne en juin 2018).

La situation espagnole est également critique : le nombre de couples nicheurs est passé de 35 à 40 couples en Catalogne et de plus de 20 en Aragon au début des années 1980 à 23 (dont 19 dans la province de Lérida et quatre dans celle de Huesca) en 2002, à dix (dont neuf dans la province de Lérida et un dans celle de Huesca) en 2007, et à un seul en Catalogne entre 2010 et 2013, dans la comarque (= regroupement de communes) d’El Segrià, dans la plaine de Lérida. Depuis 2010, la province catalane de Lérida accueille la totalité des Pies-grièches à poitrine rose qui nichent encore naturellement en Espagne, l’espèce ayant disparu en 2002 de la comarque de Baix Empordà.

Oisillons de Pie-grièche à poitrine rose (Lanius minor)

Oisillons de Pie-grièche à poitrine rose (Lanius minor) nés dans le centre de sauvegarde de la faune de Vallcalent (Catalogne).
Photographie : Albert Porté/ Centre de Recuperació de Fauna de Vallcalent

Afin d’essayer d’empêcher la disparition de la Pie-grièche à poitrine rose en Espagne, l’association Trenca travaille depuis 2009 à un programme ambitieux de conservation initié par la Généralité de Catalogne avec les soutiens du Centre de sauvegarde de la faune (« Recuperació de Fauna ») de Vallcalent (Lérida), du zoo de Barcelone, de la Fundación Biodiversidad et du Ministère espagnol de l’Agriculture et de la Pêche, de l’Alimentation et de l’Environnement. Le World Wildlife Fund y participe via des conseils techniques, la collecte de fonds et la diffusion des résultats du projet. La communication et la sensibilisation du public font en effet partie intégrante du projet : des réunions d’information ont été organisées et des documents publiés et diffusés.

Les objectifs du programme Trenca sont de protéger les derniers couples sauvages et leur habitat de reproduction et de reconstituer et renforcer les noyaux de population dans les provinces de Lérida et de Huesca par l’élevage et les lâchers de jeunes nés dans le centre de sauvegarde de Vallcalent (appartenant à la Généralité de Catalogne) et dans le zoo de Barcelone. Après l’éclosion, les poussins sont élevé pendant environ sept jours par leurs  parents, puis, lorsqu’ils ont atteint un poids d’environ 14 grammes, ils sont pris en charge par les responsables du programme de reproduction. La plupart des jeunes sont relâchés à l’âge de 32 jours, après une semaine d’acclimatation dans une volière d’extérieur où ils s’intègrent souvent aux (rares) oiseaux sauvages. Des lâchers d’individus âgés d’un an sont également effectués. Les spécimens non relâchés restent dans le centre pour former des couples reproducteurs.

L’association Trenca place des insectes sur des plateaux afin d’aider les jeunes durant les premiers jours après leur libération, capture et éloigne les prédateurs (mustélidés et corvidés), et gère l’habitat afin qu’il réponde de façon optimale aux besoins de l’espèce. Pour améliorer le suivi, des géolocalisateurs ont été fixés durant les deux dernières années sur certains individus relâchés afin d’obtenir des informations sur la route migratoire et sur l’aire d’hivernage et ainsi en savoir plus sur la biologie de l’espèce et sur les menaces qui pèsent sur elle en dehors de la zone de reproduction.

Depuis le lancement du programme, 1 400 individus sont nés en captivité, dont 115 en 2025, un bon résultat après une année 2024 marquée par une forte mortalité. Depuis 2009, 865 ont été lâchés dans des paysages agricoles traditionnels catalans favorables, par exemple dans la municipalité d’Alfés (lire L’étang d’Ivars i Vila-Sana et les steppes de Lleida). Toutefois, les résultats obtenus jusqu’à présents sont très modestes et la Pie-grièche à poitrine rose est toujours l’oiseau le plus menacé d’Espagne : il n’y aurait actuellement qu’une dizaine d’adultes reproducteurs dans la nature, correspondant à un à six couples selon les années, concentrés principalement dans la plaine de Lérida. En 2024, l’association Trenca a indiqué que le la ferme de Torreribera, située dans la comarque d’El Segrià, était l’un des seuls (sinon le seul) sites espagnols de reproduction de l’espèce.

Ainsi, alors que plusieurs centaines d’oiseaux ont été lâchés depuis 2009, la population catalane ne parvient pas à croître, le principal « goulet d’étranglement » semblant être un mauvais taux de survie durant la migration transsaharienne, puis la faible probabilité que des mâles et des femelles reviennent simultanément sur les mêmes sites pour former des couples reproducteurs.

Le seul couple « sauvage » espagnol de Pies-grièches à poitrine rose (Lanius minor) en 2010.
Source : Asociation Trenca

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