Le Guêpier de Perse (Merops persicus)

Guêpier de Perse (Merops persicus)

Guêpier de Perse (Merops persicus) près de Nissan-lez-Enserune (Hérault) le 1er mai 2026.
Photographie : Tristan Guillosson

Longueur : 27 – 31 cm.

Envergure : 46 – 49 cm.

Description : le Guêpier de Perse a une silhouette typique, avec un bec arqué, un corps allongé, des ailes longues et pointues et des rectrices centrales très développées, accentuant l’aspect effilé. Son plumage est globalement vert, avec le dessus plus ou moins doré, une gorge brun-roux (avec un menton jaunâtre), un
masque facial noir, souligné de bandes blanchâtres plus ou moins larges et des sourcils et des joues bleu-vert. L’iris est rouge-orangé (lire Pourquoi certaines espèces d’oiseaux ont-elles les yeux de couleur vive ?). 

Biologie : le Guêpier de Perse est strictement insectivore, ses proies principales étant des hyménoptères (abeilles, guêpes, frelons) et des libellules (des proies très importantes en Afrique), mais aussi des coléoptères, des orthoptères, des cigales et des papillons. Son régime est plus diversifié que celui du Guêpier d’Europe (M. apiaster). Il les capture en vol, puis se pose sur un perchoir pour les assommer et les avaler.  
Il niche en couples isolés ou en petites colonies lâches pouvant compter jusqu’à dix individus, cohabitant parfois avec le Guêpier d’Europe. Pour nicher, ils creusent un tunnel relativement long (de 1 à 3 m) dans des berges, des talus ou de basses falaises au sol meuble (lire Le Guêpier d’Europe est un ingénieur efficace au rôle écologique méconnu), dans lequel sont déposés quatre à huit œufs (généralement six ou sept), blancs et sphériques. Le mâle et la femelle prennent soin des œufs, mais seule la femelle les couve la nuit. L’incubation dure de 23 à 26 jours. 

Voix : son chant est plus grave et moins flûté que celui du Guêpier d’Europe.

Habitats : il niche dans des milieux ouverts chauds (semi-déserts, steppes, savanes et marais) et hiverne dans des milieux ouverts variés.

Répartition et taxonomie 

Aires de nidification du Guêpier de Perse (Merops persicus)

Aires de nidification (A) des sous-espèces M. p. chrysocercus (en rouge : en été et en violet : toute l’année) et (B) M. p. persicus du Guêpier de Perse (Merops persicus) et zone d’hivernage en bleu. La situation de Nissan-lez-Enserune (Hérault), où un oiseau a été découvert le 1er mai 2026, est indiqué. Trois passages possibles (flèches noires) sont indiqués : (1) par le détroit de Gibraltar, (2) entre la Tunisie et la Sicile et (3) le détroit du Bosphore.
Carte : Ornithomedia.com d’après The Cornell Lab of Ornithology

Le Guêpier de Perse niche de façon fragmentée en Afrique du Nord (Maroc, Algérie et Tunisie) (lire Premiers cas confirmés de nidification du Guêpier de Perse en Tunisie en 2023), au Sahel (de la Mauritanie au Tchad), au Moyen-Orient, en Asie centrale, notamment au Kazakhstan et en Asie du Sud (Pakistan et nord-ouest de l’Inde). Il hiverne au sud du Sahara, en Afrique de l’Ouest (du Sénégal au Cameroun), de l’Est et australe (de l’Éthiopie au Zimbabwe).
Deux sous-espèces sont reconnues : 

  • M. p. persicus nichant de la vallée du Nil à l’Asie centrale et hivernant en Afrique de l’Est et australe.
  • M. p. chrysocercus nichant de l’Afrique du Nord au Sahel et hivernant en Afrique de l’Ouest au sud du Sahara.

Une espèce accidentelle rare en Europe

Le Guêpier de Perse est une espèce accidentelle rare en Europe, avec des données principalement concentrées au nord de la Méditerranée orientale, notamment en Grèce (principalement en Crète), à Chypre (régulier en petit nombre) et en Italie (20 données entre 1950 et 2019), mais des oiseaux ont déjà été notés jusqu’en Grande-Bretagne (un oiseau tué dans les îles Scilly le 13 juillet 1921 et un observé dans le même archipel le 22 juin 1951) et en Scandinavie, avec par exemple un oiseau près du lac de Nørresø, dans le Midtjylland, au Danemark en juillet 1998. Ces observations sont principalement effectuées au printemps (avril et mai) et en été (juin à août) et concernent des oiseaux isolés, parfois associés à des Guêpiers d’Europe.
En France, sept données ont été homologuées entre 1832 et 2010 selon le site web du Comité d’Homologation National, principalement entre mai et juillet. D’autres oiseaux ont été vus depuis (voir notre synthèse dans notre rubrique Observations) :

Deux sous-espèces très difficiles à distinguer l’une de l’autre

Guêpier de Perse (Merops persicus)

Guêpier de Perse (Merops persicus) de la sous-espèce persicus en Inde. Notez (1) la présence de blanc sous le masque noir, (2) le dessus vert profond et (3) longue queue relativement courte.
Photographie : Vikramdeep Sidhu

Les sous-espèces nominale (G. p. persicus) et orientale (M. p. chrysocercus) du Guêpier de Perse sont très difficile à distinguer l’une de l’autre, d’autant plus qu’il existe une certaine variabilité individuelle : 

  • la sous-espèce nominale présente généralement une  bande blanche plus ou moins large étroite sous le masque facial noir. Ce critère est toutefois peu fiable, M. p. chrysocercus pouvant aussi parfois présenter du blanc.
  • Ses parties supérieures (dos, ailes, croupion et dessus de la queue) sont vert franc (couleur « pelouse ») teinté de bleu en plumage frais, alors qu’elles sont plus dorées (y compris le croupion) pour M. p. chrysocercus. La lumière peut rendre ce critère peu fiable. 
  • Sa taille globale est un peu supérieure, une différence peu exploitable sur le terrain. 
  • La longueur moyenne des filets caudaux (rectrices centrales) est de de 45 à 67 mm chez le mâle de la sous-espèce nominale, alors qu’elle est de 70 à 104 mm chez chrysocercus. Ce critère dépend toutefois de l’usure des plumes.

Découverte d’un Guêpier de Perse parmi des Guêpiers d’Europe dans l’Hérault en mai 2026

La découverte le 1er mai 2026 d’un Guêpier de Perse parmi des Guêpiers d’Europe près de Nissan-lez-Enserune (Hérault) a été annoncée sur le site web Faune-france.org, attirant plusieurs observateurs et photographes. Il chassait activement les insectes volants dans le vignoble, capturant par exemple une Belle-Dame (Vanessa cardui) et se posant à plusieurs reprises sur les fils électriques, les clôtures et les arbres morts. Il s’est envolé vers le Nord-est, mais il a été revu le lendemain (2 mai) dans le même secteur.

Quelle est la sous-espèce de l’individu découvert dans l’Hérault en 2026 et quelle est son origine possible ?

Guêpier de Perse (Merops persicus)

Guêpier de Perse (Merops persicus) près de Nissan-lez-Enserune (Hérault) le 1er mai 2026. Notez (1) l’absence de blanc sous le masque noir et (2) la longue queue, deux éléments plaidant plutôt (mais sans certitude) pour la sous-espèce  M. p. chrysocercus. La possible couleur dorée du dessus est difficile à évaluer.
Photographie : Tristan Guillosson

D’après les photos disponibles sur Faune-france.org, le Guêpier de Perse découvert dans l’Hérault en mai 2026 présentait très peu de blanc sous le masque noir, les parties supérieures (ailes) semblaient légèrement dorées et les rectrices centrales paraissaient assez longues, trois éléments plutôt en faveur de la sous-espèce occidentale M. p. chrysocercus. Toutefois, comme nous l’avons évoqué plus haut, distinguer les deux espèces sur le terrain est extrêmement difficile, voire impossible sans des mesures précises de l’oiseau en main.
Du fait de cette difficulté, la sous-espèce n’est presque jamais précisée pour les oiseaux vus en Europe, sauf dans le cas d’un individu observé dans les îles Scilly (Grande-Bretagne) le 22 juin 1951 (lire Les îles Scilly ou Sorlingues, l’archipel aux oiseaux accidentels rares) : la présence de blanc sous le masque facial noir et ses rectrices centrales relativement courtes avaient conduit le découvreur à suggérer une appartenance à la sous-espèce nominale, sans que cette identification puisse être confirmée.
Il est probable que des oiseaux des deux sous-espèces atteignent notre continent, même si d’un point de vue géographique, une origine nord-africaine semble plus probable dans le cas de l’ouest de l’Europe, les oiseaux n’ayant alors que le détroit de Gibraltar à survoler. Un survol de la Méditerranée entre la Tunisie et la Sicile en passant par Lampedusa (lire Observer les oiseaux sur les îles de Lampedusa et de Linosa) est aussi possible. En Méditerranée orientale par contre, la sous-espèce nominale, qui niche dans la vallée du Nil et au Moyen-Orient, pourrait être majoritaire.  
L’oiseau découvert dans l’Hérault  aurait pu suivre des Guêpiers d’Europe retournant dans leurs zones de nidification, un comportement rappelant celui des  Vautours de Rüppell (Gyps rueppelli) atteignant la péninsule ibérique après avoir accompagné des Vautours fauves (G. fulvus) ayant hiverné en Afrique de l’Ouest (lire Première observation marocaine d’un Vautour de Rüppell arrivant d’Espagne).
Les deux espèces de guêpiers cohabitent souvent, migrant ensemble entre l’Asie et l’Afrique, et il existe des colonies mixtes en Asie et en Afrique du Nord : le 3 juin 2025 l’une d’entre elles a été observée dans la vallée de l’oued Sayed, à 7 km environ de ville de Guelmime (Maroc). 
Les Guêpiers de Perse atteignant au printemps le sud-est de l’Europe pourraient plutôt correspondre à des cas de dépassement d’aire printanier : selon ce phénomène, certains individus continueraient leur trajet de retour sur des centaines de kilomètres au lieu de s’arrêter dans les zones de nidification habituelles de l’espèce (lire Comment arrivent les oiseaux rares ?).

Une vidéo d’un Guêpier de Perse en Espagne en avril 2019

Guêpier de Perse (Merops persicus) à Medina Sidonia, dans la province de Cadix (Espagne), le 12 avril 2019.
Source  : Miguel Campos

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