Brèves
En Afrique du Sud, une Ouette d’Égypte a pondu deux œufs dans un nid d’Aigles couronnés pendant leur absence
Dans l’aire de cet Aigle couronné (Stephanoaetus coronatus) construite dans un eucalyptus en Afrique du Sud, on peut voir à gauche un oison d’Ouette d’Égypte (Alopochen aegyptiaca) qui venait d’éclore et qui était encore humide, tandis que l’oison le plus âgé (à droite) a percé sa coquille le 29 août 2025. Les deux oisons ont ensuite été couvés par l’aigle adulte, en même temps que son propre œuf.
Photographie (prise le 30 août) : Brendan Smith / Journal of Raptor Research
L’Ouette d’Égypte (Alopochen aegyptiaca) est une petite oie (longueur : 63 à 73 cm) au plumage globalement brun roussâtre, avec une tête plus claire présentant une tâche marron près de l’œil. Les deux sexes sont semblables, bien que le mâle soit généralement un peu plus grand que la femelle. Le juvénile est plus terne et sans tache faciale. En vol, on distingue deux grandes zones blanches sur les ailes. Les pattes sont longues et de couleur chair.
Elle vit le long des lacs et des cours d’eau. Elle niche généralement au sol, mais elle peut aussi pondre dans de grands arbres, et ses petits, précoces, doivent alors sauter depuis des hauteurs pouvant dépasser les 30 mètres peu après l’éclosion.
Son aire de répartition originelle se situe en Afrique tropicale, au sud du Sahara, ainsi que dans la vallée du Nil jusqu’à Assouan (lire Bons sites ornithologiques égyptiens : autour d’Assouan et d’Abou Simbel). Elle a été introduite au Royaume-Uni et des populations férales (issues d’individus captifs) importantes sont désormais établies dans plusieurs pays européens dont les Pays-Bas, la Belgique, l’Allemagne et la France (lire L’Ouette d’Égypte en Alsace : les raisons d’un succès).
L’Ouette d’Égypte est réputée pour son comportement agressif et son habitude de s’approprier les nids d’autres espèces : elle utilise en effet fréquemment des cavités ou des structures déjà bâties par d’autres oiseaux, qu’ils soient abandonnés ou encore occupés, une stratégie qui peut entraîner des conflits parfois spectaculaires. En Afrique, lorsqu’elle prend possession d’un nid, elle n’hésite pas entrer en confrontation directe avec de grands rapaces plus puissants qu’elle, comme l’Aigle de Verreaux (Aquila verreauxii), l>Autour noir (Astur melanoleucus), le Vautour charognard(Necrosyrtes monachus) ou encore l>Aigle couronné (Stephanoaetus coronatu). Dans les zones urbaines d’Afrique australe, elle constitue ainsi un concurrent important pour l’Autour noir, réduisant son succès reproducteur et contraignant cette espèce à s’adapter, en nichant plus tôt dans l’année et en construisant plusieurs nids pour compenser l’occupation de certains d’entre eux (lire Les Autours noirs de forme sombre chasseraient mieux par temps nuageux).
En Europe, elle peut aussi s’approprier les nids d’espèces de taille moyenne comme la Buse variable (Buteo buteo) et l’Autour des palombes (Astur gentilis).
Dans un article publié en 2026 dans le Journal of Raptor Research, Petra Sumasgutner, Brendan Smith et Shane C. Sumasgutner ont décrit une observation exceptionnelle réalisée en 2025 en Afrique du Sud et documentée par une caméra : une femelle d’Aigle couronné a incubé une couvée de trois œufs, dont deux appartenaient à une Ouette d’Égypte, qui avait pondu dans l’aire en l’absence du rapace.
La femelle de ce grand rapace forestier pond habituellement un ou deux œufs, mais un seul jeune survit généralement en raison du phénomène de caïnisme, qui conduit souvent à la mort du plus faible d’une fratrie : la présence de trois œufs dans un nid est donc très inhabituelle. Dans le cas étudié, la femelle a incubé les trois œufs sans distinction. Les deux œufs d’ouettes ont éclos en premier, et, de manière remarquable, l’aigle a initialement pris soin des deux oisons nés, malgré leur comportement différent (absence de demandes de nourriture et autonomie précoce). Cependant, cette coexistence a rapidement montré ses limites : un oison a quitté le nid, tandis que l’autre a finalement été tué et partiellement consommé par l’aigle. L’œuf de ce dernier n’a, quant à lui, n’a jamais éclos.
Il s’agit du premier cas documenté de couvée mixte entre ces deux espèces, révélant des interactions complexes liées à la compétition pour les nids, au comportement parental et à la tolérance interspécifique (lire Une femelle de Pygargue à queue blanche couve des œufs d’Oies cendrées en Norvège).
Elle met aussi en évidence plusieurs points importants : les Aigles couronnés ne semblent pas capables de reconnaître et rejeter des œufs étrangers, au moins durant l’incubation, les différences de comportement entre espèces compliquent la cohabitation dans le nid, et l’Ouette d’Égypte peut perturber le succès reproducteur de certaines espèces de rapaces. Dans les zones où elle est envahissante, elle peut ainsi entrer en compétition avec eux pour les sites de nidification et diminuer leur succès reproducteur : il est donc essentiel de mieux comprendre ces interactions afin de diminuer l’impact de la présence croissante de ces anatidés, notamment en milieu urbain, où les conflits sont de plus en plus fréquents.
Au même endroit, lors de la saison de reproduction de 2012-2013, une ouette avait déjà pondu six œufs dans une aire d’Aigles couronnés après l’envol de leur aiglon unique, et six oisons étaient nés le 13 mars 2013. Pendant les 36 jours d’incubation, les ouettes ne quittaient l’aire que lorsque les aigles apportaient des proies à leur petit encore dépendant, qui était resté à proximité. Une fois les parents partis, les ouettes chassaient le jeune et éjectaient les proies du nid, l’obligeant à se nourrir au sol pendant qu’elles continuaient à couver leurs œufs.
Réagir à notre article
Compléments
Dans la galerie d’Ornithomedia.com
Ouette d’Égypte (Alopochen aegyptiacus)
Ouvrages recommandés
- Sasol eBirds of Southern Africa de Cool Ideas LLC
- Birds of Africa South of the Sahara: A Comprehensive Illustrated Field Guide de Ian Sinclair et Peter Ryan
Source
Petra Sumasgutner, Brendan Smith et Shane C. Sumasgutner (2026). Extraordinary Case of Nest Usurpation and Mixed Clutch: Crowned
Eagle Incubates Two Egyptian Goose Eggs Plus its Own. The Journal of Raptor Resarch. Volume : 60. Numéro : 3. rapt.kglmeridian.com





Aucun commentaire sur ce sujet
Participer à la discussion !