Le Pigeon colombin (Columba oenas) mesure de 28 à 32 centimètres de long. Son plumage est globalement bleu gris, les extrémité de ses ailes et de sa queue sont noires, et il possède deux courtes barres noires sur ses rémiges secondaires. Son croupion est gris clair et il possède une tâche métallique aux reflets verts sur chaque côté du cou. Ses pattes sont rougeâtres et ses yeux sont noirs. Il se différencie principalement de la forme pure du Pigeon biset (C. livia) par son croupion gris et non pas blanc et du Pigeon ramier (C. palumbus) par sa taille inférieure et l’absence de marques blanches sur les ailes sur les côtés du cou.   

Il est présent dans une grande partie des zones tempérées du Paléarctique occidental (Del Hoyo et al. 2010). C’est une espèce polytypique, dont la sous-espèce nominale niche dans une grande partie du continent européen (du cercle polaire jusqu’au pourtour méditerranéen), atteignant à l’est la mer Caspienne, le sud-ouest de la Sibérie et le Kazakhstan. Il est toutefois moins commun et plus discret que les Pigeons biset et ramier et passe souvent inaperçu. Il se reproduit en effet principalement dans les cavités des vieux arbres, souvent creusées par le Pic noir (Dryocopus martius), dans les forêts, les bois, les parcs, les cimetières et même le long des allées ombragées en ville. De façon plus anecdotique, il niche aussi sur les parois rocheuses et sur les bâtiments, il occupe les terriers abandonnés de Lapins de garenne (Oryctolagus cuniculus) dans les dunes littorales, et il utilise parfois des sites plus inattendus (lire Une population de Pigeons colombins niche entre les conteneurs du port de Brême). Il se nourrit dans les champs, les jachères, les grands jardins, les bords de chemin, les friches ou les lisières de forêt. 

Après avoir fortement étendu son aire de nidification au début du XXe siècle, la suppression de nombreux arbres creux, combinée à l’intensification de l’agriculture, a entraîné son déclin en Europe au cours de la seconde moitié du siècle dernier. Toutefois, grâce à la protection dont il bénéficie depuis la Directive Oiseaux de 1979, ses effectifs ont remonté et l’espèce est considérée comme stable.

La population nicheuse en France a été estimée entre 30 000 et 60 000 couples sur la période 2009-2012 (Deceuninck in Issa & Muller, 2015), et entre 561 000 et 1 040 000 couples en Europe (BirdLife International 2017). Principalement sédentaire dans l’hexagone, ses effectifs y sont renforcés en automne par les migrateurs rejoignant la péninsule Ibérique et par des hivernants venus surtout d’Allemagne et de Scandinavie.

Son passage postnuptial en France s’étale de la fin août à la mi-novembre (avec un pic de la mi-septembre à la fin octobre) et suit un axe Nord-est/Sud-ouest (Dubois & al 2008). Citons quelques records journaliers de comptages depuis plusieurs sites de suivi de la migration : 1 196 oiseaux le 23 octobre 2024 depuis le col d’Organbidexka (Pyrénées-Atlantiques) (lire Tendances intéressantes de la migration au-dessus des Pyrénées et du détroit de Gibraltar), 2 287 le 16 octobre 2024 depuis le col de Lizarrieta (Pyrénées-Atlantiques) et 1 766 le 27 septembre 2025 depuis le défilé de l’Écluse (Ain).

Situation de la réserve naturelle régionale du marais de la Vacherie (Vendée)

Situation de la réserve naturelle régionale du marais de la Vacherie (Vendée).
Carte : Ornithomedia.com 

L’effectif annuel hivernant moyen français, bien que difficile à évaluer, était estimé à environ 200 000 oiseaux sur la période 2010-2013, alors qu’il n’était que de 40 000 oiseaux à la fin des années 1990 (Jean Rocamora et Yeatman-Berthelot, 1999). Des dortoirs monospécifiques, composés parfois de plusieurs centaines d’oiseaux, sont signalés çà et là en hiver, atteignant jusqu’à 1 000 oiseaux à Pont-l’Abbé (Finistère) le 21 novembre 1997, au moins 1 300 en Ariège le 25 janvier 2006 et 1 500 du 19 au 26 novembre 1990 dans le marais Poitevin (Vendée), un chiffre qui constituait alors le record hexagonal.

Victor Turpaud-Fizzala et Yohan Meuraillon (Ligue pour la Protection des Oiseaux) nous ont signalé que le 4 novembre 2024, au moins 12 800 Pigeons colombins rassemblés en un dortoir monospécifique avaient été comptés dans le petit bois isolé (environ un hectare) de la Chapitrie, situé dans la réserve naturelle régionale du marais de la Vacherie, un vaste ensemble de prairies humides sillonnées de canaux d’une superficie de 180 hectares (une extension à 450 hectares est en cours) s’étendant au cœur de la partie desséchée du marais Poitevin (lire La réserve naturelle de la baie de l’Aiguillon : slikke, schorre et oiseaux). 

Ce chiffre constitue très certainement un nouveau record national pour un dortoir automnal/hivernal de cette espèce, et il est en outre probable qu’il ait été sous-évalué du fait de sa taille et des flux constants et simultanés d’oiseaux (lire Les pré-dortoirs, dortoirs et post-dortoirs chez les oiseaux). 

Les Pigeons colombins se rassemblant en automne et en hiver dans la réserve sont comptés depuis le début des années 2010 de manière aléatoire, puis de façon plus protocolaire depuis 2017-2018, à raison d’un recensement hebdomadaire entre la fin octobre et la fin janvier. Les plus gros chiffres sont surtout notés entre la mi-novembre et le début du mois de janvier.

Pigeons colombins (Columba oenas) se rassemblant en dortoir

Pigeons colombins (Columba oenas) se rassemblant en dortoir dans le bois de la Chapitrie, dans la réserve naturelle régionale du marais de la Vacherie (Vendée),  en novembre 2024 (cliquez sur la photo pour l’agrandir).
Source : réserve naturelle régionale du marais de la Vacherie

Voici ci-dessous les plus forts effectifs annuels de Pigeons colombins rassemblés en dortoir dans le bois de la Chapitrie entre 2013 et 2025, et qui montrent une tendance globale à l’augmentation : 

  • 2 décembre 2025 : 6 000 
  • 4 novembre 2024 : 12 800
  • 28 novembre 2023 : 4 026 
  • 14 décembre 2022 : 4 500
  • 13 janvier 2021 : 6 000 
  • 17 octobre 2020 : 6 000
  • 18 décembre 2019 : 6 500
  • 16 décembre 2019 : 6 000
  • 29 novembre 2019 : 4 000
  • 25 novembre 2019 : 4 000
  • 21 novembre 2018 : 1 000
  • 10 janvier 2017 : 950
  • 23 décembre 2013 : 1 200.
Durant l’hiver 2025-2026, la taille du dortoir est plus faible que l’année précédente à cause des attaques quotidiennes de Faucons pèlerins (Falco peregrinus) le matin et le soir, ainsi que probablement du fait d’une réduction de la quantité de nourriture dans ls champs, les chaumes de maïs ayant été labourés.

Victor Turpaud-Fizzala et Yohan Meuraillon remercient tous les bénévoles et volontaires en service civique de la LPO Vendée, ainsi que les salariés de la réserve naturelle régionale marais de la Vacherie qui les aident à assurer ces comptages chaque année.

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