La ponte d'ufs
déposés à l'air libre présente un grand avantage pour
les oiseaux : en effet, dès les premiers stades de sa croissance, l'embryon
se trouve entouré d'un milieu protecteur qui pourvoit à tous es
besoins, et sa mère dispose d'une certaine liberté pour se nourrir
ou échapper aux prédateurs. Ce type de reproduction est commun aux
oiseaux, aux poissons, aux batraciens, aux insectes, ... Chez la quasi-totalité
des mammifères au contraire, l'embryon se développe à l'intérieur
de l'organisme maternel.
Le fait que les oiseaux, si évolués par ailleurs, aient conservé
ce mode de reproduction si primitif démontre l'importance que présente
toute économie de poids dans leur mode de vie.
Après notre article sur Le
développement de l'oeuf avant la ponte,
nous aborderons la physiologie des ufs, l'importance de la résistance
de la coquille, le rôle de la forme des ufs, l'explication des dimensions
et des couleurs, et le mécanisme de la ponte.
Abstract
This article is devoted to eggs of the birds: physiology and internal description,
resistance of the shell, role of their form, explanation of the dimensions and
the colors, and the mechanism of the laying.
Description de l'oeuf
Coupe
Coupe
d'un oeuf.
Le jaune est une réserve de nourriture pour l'embryon; l'albumen protège
le jaune contre les chocs et les infections; les membranes coquillères
servent de barrière sanitaire; la coquille laisse pénétrer
l'oxygène, mais est assez résistante pour préserver le contenu
de l'oeuf. Enfin, l'embryon a suffisamment de place pour grandir.
Dessin : Ornithomedia.com
Au centre de l'uf
se trouve le jaune, rempli de réserves nutritives, et, à sa surface,
le germe, qui donnera l'embryon.
Le jaune se compose d'environ 50 % d'eau et de 50 % de graisses et de protéines.
Le jaune représente 20 % du poids de l'uf chez les espèces
dont les jeunes sont nidicoles (c'est-à-dire aveugles et incapables de
se déplacer à l'éclosion) et jusqu'à 35 % chez celles
dont les jeunes peuvent courir quelques heures après leur sortie de uf.
Le germe (ou cellule germinative) doit constamment rester sur le haut de jaune
pour se développer, et il conserve cette position grâce à
la membrane vitelline qui entoure le jaune et se prolonge de chaque côté
par un tortillon appelé chalaze.
Les deux chalazes sont fixées aux membranes coquillières; Elles
contribuent à maintenir le jaune et à la faire tourner pour compenser
tout mouvement général de l'uf. Le jaune est à son
tour entouré par l'albumen, ou blanc de l'uf. Ce liquide est disposé
en couches concentriques, dont les plus profondes ont une consistance gélatineuse
: le blanc sert d'amortisseur pour le jaune en cas de heurt.
L'albumen contient 90 % d'eau et possède un grand pouvoir de rétention
de ce liquide, ce qui est particulièrement important, car les pores qui
transpercent la coquille et par lesquels l'embryon perçoit de l'oxygène
pourraient favoriser l'évaporation. L'albumen renferme également
des protéines.
Deux solides membranes coquillières protègent le blanc et le jaune,
et la coquille constitue l'enveloppe extérieure de l'uf. Ces membranes
barrent le chemin à de nombreuses bactéries pathogènes, et
l'albumen lui-même forme un milieu défavorables à leur multiplication.
Comme l'oeuf refroidit quand il vient d'être pondu, il se contracte légèrement,
et les deux membranes se séparent au gros bout pour former la "chambre
à air". A l'éclosion, le petit oiseau déchirera la membrane
interne avec son bec et, avant de sortir de l'uf, respirera l'air qui se
trouve dans cet espace. La coquille est en grande partie formée de sels
minéraux, et notamment de carbonate de calcium déposé sur
un réseau de fibres protéiques. Le carbonate de calcium nécessaire
à l'élaboration de la coquille est absorbé par l'oiseau sous
forme de graviers, mais si l'alimentation n'en fournit pas assez, ce calcium sera
prélevé sur les os de l'oiseau. Enfin, si celui-ci ne peut en trouver
suffisamment pour sa ration et dans son organisme, les ufs auront une coquille
très mince et seront d'une fragilité extrême.
Résistance de
la coquille
Une coquille d'uf
est beaucoup plus résistante qu'elle ne paraît à première
vue. Cette qualité lui vient de la disposition des cristaux de sels minéraux;
la plupart ont une extrémité orientée vers le centre de l'uf
et de longues aspérités qui s'entrecroisent avec celles des cristaux
voisins. Une pression venue de l'extérieur enfonce les cristaux les uns
contre les autres, et tous se soutiennent comme les pierres d'une voûte
en berceau. Cependant, malgré sa faiblesse, l'oisillon parvient à
briser cette coquille de l'intérieur. A sa surface interne, la coquille
est hérissée d'un grand nombre de minuscules protubérances
qui s'appuient sur la membrane coquillière externe et permettent à
l'air de circuler dans l'espace ainsi formé. L'air pénètre
par des centaines d'ouvertures ménagées entre les cristaux de la
coquille, les pores. A l'il nu, ceux-ci ont l'aspect de microscopiques dépressions
visibles à la surface externe de la coquille. La majorité des ufs
ont une surface brillante, mais chez les plus connus, ceux de la Poule et de l'Oie
domestique, elle est nettement mate; les ufs du Fou de Bassan (Sula bassana)
et du Grand Cormoran (Phalacrocorax carbo) ont la coquille recouverte d'une mince
croûte calcaire blanche. Le vernis brillant qui enduit la plupart des ufs
empêche l'eau et les poussières de se fixer sur la surface.