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Pourquoi le Guillemot à miroir est-il si rare en France ?

Alors qu'un oiseau a été découvert dans le Finistère le 18 mars 2017, nous expliquons pourquoi les données de cette espèce en France sont si peu nombreuses.

| En cours de soumission au comité de lecture

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Pourquoi le Guillemot à miroir est-il si rare en France ?

Guillemot à miroir (Cepphus grylle) de deuxième année, plage de Porsmoguer, Ploumoguer (Finistère), le 18/03/2017.
Photographie : Benjamin Pellegrini

Le Guillemot à miroir (Cepphus grylle) est un oiseau marin de la famille des alcidés. L'adulte en plumage nuptial est noir avec une large tache blanche sur le dessus de l'aile, ses pattes et l'intérieur de son bec étant rouges. En hiver, il est plus pâle et bariolé de blanc et de noir. Il niche localement sur les rivages, les îles et les falaises depuis l'Atlantique nord et l'océan Arctique jusqu'à l'Alaska. Au sud, il atteint le Maine (États-Unis), l'Irlande et la Grande-Bretagne. La population nicheuse des îles britanniques est estimée à environ 19 000 couples, et entre 58 000 et 80 000 oiseaux y hivernent : pourtant, l'observation de cette espèce en France est toujours exceptionnelle, avec moins de 90 données confirmées depuis 1825, la dernière remontant au 18 mars 2017 : Benjamin Pellegrini a découvert un oiseau de deuxième année à Ploumoguer dans le Finistère. Comment expliquer la rareté de cette espèce le long de nos côtes ?

Abstract

The Black Guillemot (Cepphus grylle) is a member of the Alcidae family. The adult in breeding plumage is black with a distinctive white patch on the wing, and its legs and the inside of its beak are red. In winter, it is much paler, strewn with white and black. It breeds locally on the shores, islands and cliffs from the North Atlantic and the Arctic Ocean to Alaska. To the south, it reaches Maine (United States), Ireland and Great Britain. The breeding population of the British Isles is estimated at about 19,000 pairs, and between 58,000 and 80,000 birds winter there. However, the observation of this species in France is always an event, with fewer than 90 data confirmed since 1825. An immature has just been discovered the 18th of March 2017 in Ploumoguer, Finistère (Britain), but how can we explain the rarity of this species in our country?

Le Guillemot à miroir (Cepphus grylle)

Guillemots à miroir (Cepphus grylle) adultes en plumage nuptial

Guillemots à miroir (Cepphus grylle) adultes, Svalbard (Norvège), juin 2014.
Photographie : Marc Fasol

Longueur : 32 cm.

Envergure : 52 -58 cm.

Description : le Guillemot à miroir adulte en plumage nuptial est noir ou brun noirâtre, avec deux taches blanches (appelées "miroirs") sur le dessus des ailes et des couvertures sous-alaires blanchâtres. L'étendue des taches blanches sus-alaires peut varier. Le bec mince et pointu est noir, avec la commissure et l’intérieur de la bouche rouge vermillon. Les pattes et les doigts sont également rouges. L'adulte en hiver a la tête et les parties inférieures blanches, tandis que le dessus est tacheté de brun grisâtre, de noir et de blanc.
Le juvénile a le miroir blanc tacheté de gris et de brun et ses couvertures alaires sont terminées de brun. Le dessous est barré de gris clair et de blanc et le dos est uniformément gris.  Le plumage de l'oiseau de premier hiver, acquis à partir d'un mois après le départ du nid, ressemble à celui de l'adulte en hiver excepté les miroirs tachetés.
Les ailes et la queue muent lors du second automne (= au cours de la deuxième année calendaire). La mue vers le plumage adulte se déroule durant le second automne, toutes les plumes étant renouvelées et les taches brunes disparaissant des miroirs.

Biologie : le Guillemot à miroir niche à partir de l'âge de deux ans en petites colonies clairsemées (atteignant toutefois plus de 1 000 couples dans le nord de l'aire de répartition) ou en couples isolés. Contrairement aux autres alcidés qui ne pondent souvent qu'un oeuf, la femelle en pond souvent deux. Il hiverne en mer (à la limite de la banquise au nord de son aire de répartition). Il se nourrit de poissons et de crustacés. 

Guillemot à miroir (Cepphus grylle) de 2ème année

Guillemot à miroir (Cepphus grylle) de deuxième année, plage de Porsmoguer, Ploumoguer (Finistère), le 18/03/2017. Notez (1) les rémiges en mue.
Photographie : Benjamin Pellegrini
Guillemot à miroir (Cepphus grylle) de 2ème année

Guillemot à miroir (Cepphus grylle) de deuxième année, plage de Porsmoguer, Ploumoguer (Finistère), le 19/03/2017.
Photographie : Hugo Touzé

Habitat : le Guillemot à miroir se reproduit sur les côtes rocheuses et les îles dans des crevasses, des éboulis ou des fissures. Il peut aussi se reproduire sur des structures artificielles (digues), et même dans des nichoirs.

Aire de répartition du Guillemot à miroir (Cepphus grylle) en Europe

Aire de répartition du Guillemot à miroir (Cepphus grylle) en Europe. En rouge, zones de nidification et en bleu, zones d'hivernage. Point bleu : situation de Ploumoguer, où un oiseau a été trouvé le 18/03/2017.
Carte : Ornithomedia.com d'après Le Guide Ornitho

Répartition : le Guillemot à miroir niche de l’est de l’Amérique du Nord à l'Alaska. Cinq sous-espèces sont reconnues :

  • C. g. grylle : côtes de la mer Baltique
  • C. g. mandtii : du nord-est du Canada au nord de l'Alaska en passant par le Svalbard, l'île de Jan Mayen et le nord de la Sibérie
  • C. g. arcticus : nord-est des États-Unis, sud-est du Canada, sud du Groenland, Irlande, Grande-Bretagne, sud de la Scandinavie et mer Blanche (Russie, Finlande)
  • C. g. islandicus : Islande
  • C. g. faroeensis : îles Féroé.

Ces sous-espèces diffèrent par la longueur des ailes et du bec, et par la quantité de blanc sur le dessus des ailes. En hiver, la sous-espèce C. g. mandtii est beaucoup plus blanche que les autres et peut donc être identifiée relativement facilement (voir des photos d'un oiseau de cette sous-espèce prises en Grande-Bretagne le 22/12/2013).

Une population assez stable

Le Guillemot à miroir est assez difficile à recenser durant la période de reproduction car il ne niche pas en grandes colonies et il préfère les petites îles où il pond ses oeufs dans les crevasses et entre les rochers. Toutefois, grâce à sa flexibilité dans le choix de ses sites de nidification (il peut nicher sur des digues ou dans des nichoirs) et son mode de vie côtier, il semble moins menacé que d'autres alcidés. Entre 1969 et 1991, l'espèce a même étendu son aire de reproduction en Grande-Bretagne, colonisant de nouveaux sites sur les rivages de la mer d'Irlande et au nord-est de l'Écosse. Toutefois, il est sensible aux marées noires et aux captures accidentelles dans les filets : une étude menée en 2009 par les autorités norvégiennes avait par exemple montré que plus de la moitié des 11 000 oiseaux marins trouvés morts à cause des filets étaient des Guillemots à miroir.

Un oiseau très rare en France

Guillemot à miroir (Cepphus grylle) de 1er hiver

Guillemot à miroir (Cepphus grylle) de premier hiver, jetée sud du port de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) le 11/10/2014.
Photographie : Yannick Cher

Bien que plus de 60 000 Guillemots à miroir hivernent chaque année dans les eaux britanniques et irlandaises, l'espèce franchit rarement la Manche et est très rare le long des côtes du nord-ouest de la France, pourtant relativement peu éloignées. Sur le site web du Comité d'Homologation National, moins de 90 données confirmées depuis 1825 sont ainsi visibles, principalement concentrées entre les mois d'octobre et de mars (avec quelques données en août et en mai) le long de la Manche et de l'Atlantique. L'espèce a été notée à plusieurs reprises au cap Gris-Nez (Pas-de-Calais), à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), à Dunkerque (Nord) et près de l'île d'Ouessant (Finistère). Il s'agit presque toujours d'oiseaux isolés.
Voici une liste des observations les plus récentes en France recensées dans notre rubrique Observations :

  • du 18/03/2017 au 20/03/2017 (au moins) - un oiseau de deuxième année - plage de Porsmoguer / Ploumoguer (Finistère)
  • 19/11/2016 - un oiseau - Foirouse / Ars-en-Ré (Charente-Maritime)
  • 17/10/2016 - un oiseau - Phare du Créac'h / Île d'Ouessant (Finistère)
  • 24/12/2015 - un oiseau - Entre Plouhinec et Plovézet (Finistère)
  • 31/10/2015 - un oiseau de première année - Sangatte (Pas-de-Calais)
  • 30/10/2015 - un oiseau de première année - En mer entre Calais et Wissant (Pas-de-Calais)
  • 21/10/2015 - un oiseau - Plage de la Paracou / Les Sables-d'Olonne (Vendée) (lire Observer les oiseaux autour des Sables-d'Olonne)
  • 16/12/2014 - un oiseau - Jetée du Clipon / Loon-Plage (Nord)
  • du 12/10/2014 au 1/11/2014 - deux oiseaux, dont un s'est noyé dans un filet de pêche (source : blog Skua)  - Port de Boulogne-sur-Mer et Le Portel (Pas-de-Calais).

Un oiseau hivernant en mer et donc assez difficile à repérer

Guillemot à miroir (Cepphus grylle) de 2ème année

Guillemot à miroir (Cepphus grylle) de deuxième année, plage de Porsmoguer, Ploumoguer (Finistère), le 18/03/2017.
Photographie : Benjamin Pellegrini

Le Guillemot à miroir hiverne en mer et plonge beaucoup. En outre, les vagues peuvent compliquer son repérage. Les observateurs fréquentent assez peu les côtes lorsque les conditions météorologiques sont difficiles, or les tempêtes peuvent justement pousser des Guillemots à miroir au sud de leur aire d'hivernage habituelle.

Une espèce qui se déplace peu

Le Guillemot à miroir est plutôt sédentaire, y compris pour muer et hiverner, les populations les plus nordiques (arctiques) effectuant toutefois des déplacements plus importants pour atteindre la limite de la banquise. Les juvéniles peuvent se déplacer davantage et suivre les vents dominants. Il se nourrit le long des côtes car il recherche de préférence ses proies (petits poissons, crustacés) dans des eaux peu profondes et abritées (on peut fréquemment le voir dans les ports britanniques durant la mauvaise saison).
Du fait de ces déplacements peu importants, les biologistes ont constaté que les colonies avaient une structure génétique marquée, les oiseaux étant souvent apparentés les uns aux autres (liens familiaux plus ou moins étroits).

Des sites de nidification situés principalement au nord des îles britanniques

Bien que des Guillemots à miroir nichent en Irlande et en Grande-Bretagne, la plupart des couples se reproduisent très au nord, le long des lochs d'Écosse et dans les îles Shetland (lire Fair Isle, l’île mythique des ornithos) et les Orcades (lire Observer les oiseaux dans les îles Orcades). Les colonies les plus "proches" de la France sont situées dans le sud de l'Irlande (dans les comtés de Cork et de Kerry, lire L'île de Cape Clear, le Ouessant irlandais), sur l'île de Man, à St. Bees Head (comté de Cumbria) et dans le nord du Pays de Galles. Or comme nous l'avons vu plus haut, cette espèce est relativement sédentaire et reste en hiver près de ses sites de nidification.

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Dans la rubrique Observations d'Ornithomedia.com

Guillemot à miroir (Cepphus grylle)

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Sources

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