Un ensemble de plans d’eau créés par l’Homme au pied du ballon d’Alsace

Situation du lac du Malsaucy (Territoire de Belfort)

Situation du lac du Malsaucy (Territoire de Belfort).
Carte : Ornithomedia.com

Le lac du Malsaucy, d’une superficie de 55 hectares, est situé dans une dépression boisée riche en plans d’eau  (étangs de la Véronne, Ludwig, de la Courbe Chaussée, de Gros Jacques, du Souris, etc.) au pied du Ballon d’Alsace (lire Observer les oiseaux dans la réserve naturelle des Ballons comtois, à la découverte des Vosges méridionales). Il a été créé au XVIe siècle pour la pisciculture, puis à partir du XVIIIe siècle, il a servi de retenue d’eau pour les activités industrielles de la région de Belfort (Territoire de Belfort).
Avec les étangs voisins de la Véronne, Ludwig, de la Courbe Chaussée, de Gros Jacques, du Souris et d’autres plus petits, il forme l’une des plus importantes zones humides du nord de la Franche-Comté.
L’activité piscicole est moindre aujourd’hui, et la vidange régulière (autrefois annuelle, mais il est envisagé de la faire tous les cinq ans) du lac sert à alimenter les étangs voisins.
Au cours du XXe siècle, les activités de loisirs de plein air (pêche, promenades, baignades etc.) ont pris une part croissante, et la fréquentation a encore augmenté (au moins de façon saisonnière) avec la création en 1989 du festival de musique des Eurockéennes de Belfort, qui se déroule en juillet et dont les quatre scènes installées sur la presqu’île du Malsaucy, entre l’étang du même nom et celui de la Véronne, accueillent chaque année plus de 100 000 participants. Un camping, situé à 3 km du site, héberge gratuitement 15 000 campeurs munis d’un billet d’entrée.

Une forte fréquentation mais des mesures de protection

Vue du lac du Malsaucy (Territoire de Belfort)

Vue du lac vidangé du Malsaucy (Territoire de Belfort) (cliquez sur la photo pour l’agrandir).
Photographie : Bernard Marconot

Malgré cette forte pression touristique, le lac du Malsaucy et les étangs voisins sont d’un grand intérêt naturaliste, et les premiers inventaires  importants ont débuté dans les années 1980. Dans les années 1990, le département du Territoire de Belfort s’est engagé dans une action visant à concilier l’ensemble des usages actuels du site avec la protection et la mise en valeur des milieux naturels : acquisition progressive des terrains, vidange contrôlée du lac du Malsaucy, restauration de roselières et de mares, limitation de l’embroussaillement des milieux ouverts, création d’îlots de nidification pour les Sternes pierregarins (Sterna hirundo) en coopération avec la Ligue pour la Protection des Oiseaux et suivi scientifique régulier.
Une étude faunistique et floristique a été réalisée en 1995 pat l’Association Belfortaine de Protection de la Nature, et en 1996, un diagnostic écologique et un plan de gestion ont été élaborés  par l’Atelier d’Écologie Rurale et Urbaine de Mulhouse.
Le lac du Malsaucy a été déclaré Espace Naturel Sensible départemental, une zone de quiétude a été créée dans sa cornée nord, et les étangs et vallées du Territoire de Belfort sont inscrits au réseau européen Natura 2000.
La chasse est surtout pratiquée dans les étangs au nord du lac du Malsaucy, ce qui perturbe parfois les oiseaux, surtout en période d’ouverture.  

Une flore variée grâce à la mosaïque de plans d’eau, de prairies et de bois

Le complexe formé par le lac du Malsaucy et les étangs voisins forment une mosaïque intéressante de milieux : plans d’eau plus ou moins profonds, mares, vasières temporaires (lors des vidanges), roselières (principalement sur les rives de la cornée nord du Malsaucy et de l’étang de la Véronne), cariçaies, aulnaies, saulaies, prairies plus ou moins humides (localement riches en orchidées) et bois de feuillus.
Grâce à cette diversité de milieux, la flore est variée et comprend des espèces végétales remarquables, dont plusieurs sont typiques des zones humides acides et oligotrophes, comme l’Utriculaire jaunâtre (Utricularia ochroleuca) et le Rossolis intermédiaire (Drosera intermedia). Citons aussi la Lysimaque à fleurs en thyrse (Lysimachia thyrsiflora), l’Épipactis des marais (Epipactis palustris), une orchidée des milieux humides, l’Ophioglosse vulgaire (Ophioglossum vulgatum) et plusieurs laîches (Carex sp.) et potamots (Potamogeton sp.) rares.

Accès et points d’observation

Carte du secteur du lac du Malsaucy (Territoire de Belfort)

Carte du secteur du lac du Malsaucy (Territoire de Belfort) et proposition de circuit (en rouge).
Carte : Ornithomedia.com

Depuis Belfort au sud, prendre  la D13 puis la D5 jusqu’à Valdoie, rejoindre Sermamagny, puis prendre la D24 en direction de Bas-Évette. Se garer dans l’aire de stationnement du Malsaucy-Véronne (voir sa localisation sur Google Maps). Rejoindre ensuite la Maison départementale de l’environnement du Malsaucy, où des animations sont organisées et des expositions sont proposées, puis marcher jusqu’au petit étang Cramenus, faire une halte dans l’observatoire du Malsaucy, installé sur la rive de la cornée nord du lac, prendre la passerelle au nord de l’étang de la Véronne, longer l’étang de la Courbe Chaussée, puis retourner au point de départ (longueur de la boucle : environ 3 km).

Des libellules au Chat forestier

L’Espace Naturel Sensible du Malsaucy et les étangs voisins sont particulièrement favorables aux odonates (libellules, agrions et demoiselles) grâce à la juxtaposition d’eaux peu profondes, de
mares, de cariçaies et de prairies humides. Parmi les espèces recensées, citons l’Aeschne affine (Aeshna affinis) et la Leucorrhine douteuse (Leucorrhinia dubia).
Les prairies humides accueillent par ailleurs une belle diversité de papillons (cuivrés, fadets, azurés, etc.).
L’Espace Naturel Sensible du Malsaucy est l’un des hauts lieux départementaux pour les amphibiens, et des mares ont été creusées à leur attention il y a quelques années. Les espèces recensées comprennent les Grenouilles de Lessona (Pelophylax lessonae), rousse (Rana temporaria) et agile (R. dalmatina), le Crapaud commun (Bufo bufo), les Tritons palmé (Lissotriton helveticus), alpestre (Ichthyosaura alpestris) et crêté (Triturus cristatus) (devenu rare) et la Salamandre tachetée (Salamandra salamandra). La Rainette verte (Hyla arborea) a disparu du nord du département, et le Sonneur à ventre jaune (Bombina variegata) ne serait pas (ou plus) présent dans les mares forestières, malgré ce qu’indiquent certaines sources.  

Les reptiles sont moins variés et incluent la Couleuvre à collier (Natrix helvetica), les Lézards vivipare (Zootoca vivipara) et des murailles (Podarcis muralis) et l’Orvet fragile (Orvet fragile).
Parmi les mammifères, le Renard roux (Vulpes vulpes), le Lièvre d’Europe (Lepus europaeus), le Chevreuil d’Europe (Capreolus capreolus), le Sanglier d’Europe (Sus scrofa), la Martre des pins (Martes martes) et d’autres mustélidés, et le Chat forestier  (Felis silvestris) y est observé, mais rarement.

Une belle variété d’oiseaux nicheurs

Pic cendré (Picus canus)

Le Pic cendré (Picus canus) niche dans les bois proches du lac du Malsaucy (Territoire de Belfort) (cliquez sur la photo pour l’agrandir).
Photographie  (prise en Serbie) : Topi027 / Wikimedia Commons

Les différents inventaires ont permis de recenser près de 200 espèces d’oiseaux sur le lac du Malsaucy et les étangs voisins, dont de 70 à 90 sont nicheuses.
La végétation aquatique qui borde les plans d’eau accueillent la reproduction des Grèbes huppé (Podiceps cristatus) et castagneux (Tachybaptus ruficollis), du Râle d’eau (Rallus aquaticus), de la Foulque macroule (Fulica cristata), de la Gallinule poule-d’eau (Gallinula chloropus), du Canard colvert (Anas platyrhynchos), de la Sarcelle d’hiver (Anas crecca), du Fuligule morillon (Aythya fuligula), du Cygne tuberculé (Cygnus olor) et de l’Oie cendrée (Anser anser). Les roselières sont aussi le domaine de la Rousserolle effarvatte (Acrocephalus sciparceus) et du Bruant des roseaux (Emberiza schoeniclus).
Le Petit Gravelot (Charadrius dubius) se reproduit sur les berges à la végétation clairsemée, et les îlots installés par la LPO accueillent quelques couples de Sternes pierregarins et de Goéland leucophées (Larus michahellis).
Parmi les Ardéidés, seul le Héron cendré (Ardea cinerea) niche dans les boisements riverains, mais une colonie mixte composée de plusieurs couples de cette espèce, d’Aigrettes garzettes (Egetta garzetta) et de Bihoreaux gris (Nycticorax nycticorax) est installée sur les rives de l’étang des Forges, près de Belfort.
Les boisements proches du lac du Malsaucy accueillent aussi le Milan noir (Milvus migrans) et probablement aussi le Milan royal (M. milvus), mais aussi un cortège intéressant d’oiseaux forestiers, incluant le Pic cendré (Picus canus) et le Grimpereau des bois (Certhia familiaris) (lire Distinguer les Grimpereaux des bois et des jardins).
Parmi les passereaux nichant dans les prairies humides, citons notamment la Pie-grièche écorcheur (Lanius collurio). Elles servent aussi de zones d’alimentation à la Cigogne blanche (Ciconia ciconia), qui se reproduit dans les environs.

Un Gravelot kildir en mars 2023 !

Gravelot ou Pluvier kildir (Charadrius vociferus)

Gravelot ou Pluvier kildir (Charadrius vociferus) sur le lac du Malsaucy (Territoire de Belfort) en mars 2023 (cliquez sur la photo pour l’agrandir).
Photographie : Bernard Marconot

Le printemps est une période intéressante pour observer des migrateurs, mais la vidange automnale du lac du Malsaucy permet la création de petites vasières qui sont attractives pour les limicoles, notamment dans la cornée nord, où est installé un observatoire. L’étang voisin de la Courbe Chaussée est aussi intéressant pourvoir ces échassiers. Parmi les espèces plus ou moins régulières, citons, la Bécassine des marais (Gallinago gallinago) (quelques dizaines), le Vanneau huppé (Vanellus vanellus), les Chevaliers culblanc (Tringa ochropus), aboyeur (T. nebularia) et sylvain (T. glareola), le Combattant varié (Calidris pugnax) et les Bécasseaux variable (Calidris alpina) et cocorli (C. ferruginea). Des espèces peu communes, voire très rares, ont déjà été notées, comme le Bécasseau de Temminck (Calidris temminckii) (lire Comment identifier le Bécasseau de Temminck ?) et surtout le Gravelot ou Pluvier kildir (Charadrius vociferus), un accidentel venu d’Amérique du Nord qui a séjourné plusieurs jours en mars 2023, attirant de nombreux observateurs.
Des troupes de canards, dont la Sarcelle d’été (Spatula querquedula), stationnent aussi plus ou moins brièvement sur les étangs à la fin de l’hiver et en automne.
Le Balbuzard pêcheur (Pandion haliaetus) est noté chaque année aux passages, tandis que la Spatule blanche (Platalea leucorodia) est plus irrégulière.
Les Guifettes noire (Chlidonias niger) et moustac (C. hybridus) sont à chercher en avril-mai, et la Guifette leucoptère (C. leucopterus) a déjà été signalée. La Mouette pygmée (Hydrocoloeus minutus) est aussi notée chaque année. Quelques Sternes caspiennes (Hydroprogne caspia) ont séjourné sur le lac en avril 2026.
En automne, la Cigogne blanche et plus rarement la Cigogne noire (C. nigra) font une halte sur les bords des étangs,  et des groupes de Grues cendrées (Grus grus) sont possibles.

Des rassemblements d’oiseaux en hiver

Rassemblement de Laridés, de Grandes Aigrettes (Ardea alba) et d'Anatidés

Rassemblement de Laridés, d’Anatidés et de Grandes Aigrettes (Ardea alba) sur le lac du Malsaucy (Territoire de Belfort) (cliquez sur la photo pour l’agrandir).
Photographie : Bernard Marconot

Le lac du Malsaucy principalement, mais aussi les étangs voisins, accueillent des troupes  de Foulques macroules et de canards de surface et plongeurs de novembre à mars, principalement la Sarcelle d’hiver (plusieurs dizaines) et les Fuligules morillon (Aythya fuligula) et milouin (A. ferina), mais aussi les Canards pilet (Anas acuta), souchet (Spatula clypeata), siffleur (Mareca penelope) et chipeau (M. strepera) et parfois les Harles bièvre (Mergus merganser) et piette (Mergellus albellus). Les Grèbes huppé, castagneux et à cou noir (Podiceps nigricollis) sont également visibles.
Il y n’y a pas de dortoirs de Laridés, mais le Goéland leucophée et la Mouette rieuse (Chroicocephalus ridibundus) sont bien présents, les Goélands brun (Larus fuscus) et pontique (L. cachinnans) étant plus rares.
Le plus important dortoir départemental (de 200 à 300 individus) de Grands Cormorans (Phalacrocorax carbo) se forme par ailleurs en hiver.
Le Héron cendré et la Grande Aigrette (Ardea alba) sont bien présents également, tandis que le Butor étoilé (Botaurus stellaris) est devenu un visiteur très occasionnel.
Le Martin-pêcheur d’Europe (Alcedo athis) est régulier.

Une vidéo de présentation aérienne du lac du Malsaucy et de l’étang de la Véronne

Vidéo aérienne de présentation de l’étang du Malsaucy et de l’étang de la Veronne (Territoire de Belfort).
Source : Madine Prods

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