La Chouette à lunettes (Pulsatrix perspicillata) mesure de 43 à 46 cm de long et a une envergure comprise entre 76 et 91 cm. Elle doit son nom à sa tache blanche en forme de X visible sur son disque facial. Le plumage inférieur est orange à roux, tandis que la tête, le cou, les ailes et le dessus sont brun sombre. Les deux sexes ont le même plumage, mais la femelle est plus grande que le mâle (lire Pourquoi les femelles de rapaces sont-elles généralement plus grandes que les mâles ?). Le juvénile est blanchâtre, avec les ailes et des lunettes brunes. Le chant territorial du mâle est une suite de notes gutturales ascendantes qui deviennent plus faibles et plus basses vers la fin : « pokpok -bogbogbogbobobo ».

Chouette à lunettes du Sud (Pulsatrix pulsatrix)

Chouette à lunettes du Sud (Pulsatrix pulsatrix), anciennement considérée comme une sous-espèce de la Chouette à lunettes (Pulsatrix perspicillata).
Dessin : Eduardo Brettas

Elle vit dans les forêts humides et denses, les savanes, les bois ouverts et les plantations du Mexique au nord de l’Argentine et au Paraguay. Six sous-espèces sont reconnues, qui diffèrent par la couleur plus ou moins sombre de leur couronne, de leur cou et de leur nuque et par leurs marques faciales plus ou moins contrastées. Deux d’entre elles sont recensées au Brésil : P. p. perspicillata (sous-espèce nominale), qui est présente dans une grande partie du pays, et P. p. pulsatrix, qui ne vit que dans la partie méridionale de la forêt atlantique (lire Découvrir la Mata Atlântica au Brésil avec Rick Simpson).

P. p. pulsatrix n’avait été vue la dernière fois de façon certaine qu’en 1974 et est considérée comme étant en danger critique d’extinction. Dans un article publié en 2024 dans la revue Ornithology Research, Luiz Pedreira Gonzaga et Luis Felipe Peixoto avaient présenté deux preuves de sa persistance après près de 50 ans sans données : en décembre 2022, un oiseau mort a en effet été trouvé sur une route et un individu a été photographié et enregistré sur la côte nord de l’État de São Paulo. Il s’agit de la première photographie de ce taxon dans la nature et du troisième enregistrement de son chant (lire Redécouverte d’une sous-espèce rarissime de la Chouette à lunettes dans la forêt atlantique brésilienne près de 50 ans après la dernière donnée confirmée).

La sous-espèce P. p. pulsatrix diffère notamment de la sous-espèce nominale par sa taille plus grande, par ses marques faciales blanches moins contrastées, par ses sourcils plus courts et crème, par sa couronne, sa nuque et sa bande pectorale d’un brun plus clair et de la même couleur que le dos et la queue, et par ses ailes et sa queue moins nettement barrées. En outre, son chant se reconnaît à son rythme globalement plus lent, avec un plus grand intervalle entre les syllabes et une fréquence dominante légèrement croissante vers la fin. Décrite au début du XIXᵉ siècle à partir d’un unique spécimen collecté dans le sud de l’État de Bahia (Brésil), elle a été considérée tantôt comme une espèce distincte, tantôt comme une simple sous-espèce, en raison de sa rareté, de ses caractéristiques morphologiques et vocales particulières et de son aire de répartition réduite.

Une révision récente du genre Pulsatrix avait mis en évidence une forte variabilité morphologique au sein de P. perspicillata, rendant difficile la délimitation précise des sous-espèces. Bien que plusieurs caractères propres à P. p. pulsatrix aient été identifiés chez des individus du sud et du sud-est du Brésil, la découverte d’un spécimen isolé au Pérou avait conduit à ne pas reconnaître formellement ce taxon. Dans un article à venir (publication annoncée en 2026) de la revue Molecular Phylogenetics and Evolution, les auteurs ont essayé de déterminer si P. p. pulsatrix constituait bien un taxon génétiquement identifiable, une question cruciale compte tenu de son statut de conservation très préoccupant au Brésil.

Aire de répartition de la Chouette à lunettes (Pulsatrix perspicillata)

Aire de répartition de la Chouette à lunettes (Pulsatrix perspicillata) (en vert). Points rouges, localités où ont été collectés ou vus Pulsatrix pulsatrix.
Carte : Ornithomedia.com d’après Eduardo Brettas

Jusqu’à présent, l’absence de données génétiques empêchait de tester l’hypothèse selon laquelle P. p. pulsatrix représenterait une lignée évolutive distincte. Les rares spécimens disponibles sont en effet d’anciennes peaux de musée, peu adaptées aux analyses génétiques classiques. Les auteurs ont eu recours à des approches innovantes permettant d’extraire et d’analyser de l’ADN ancien à partir de spécimens historiques : ils ont utilisé des marqueurs nucléaires de nouvelle génération (éléments ultra-conservés ou UCE), qui leur ont fourni un volume important de données malgré la nature dégradée de certains échantillons anciens, ainsi qu’au gène mitochondrial ND2, afin d’évaluer la structure démographique, les relations phylogénétiques et les temps de divergence au sein du genre Pulsatrix.

Ils ont analysé des échantillons tissulaires provenant de 42 spécimens du genre Pulsatrix, incluant les Chouettes à lunettes (P. perspicillata), à collier (P. melanota) et à sourcils jaunes (P. koeniswaldiana).
Parmi les échantillons analysés de P. perspicillata à partir de prélèvements de coussinets plantaires, quatre provenaient de spécimens attribués à la sous-espèce P. p. pulsatrix. Les résultats issus des UCE, combinés à des analyses de structure génétique et de phylogénie, ont montré que cette sous-espèce constituait une lignée génétiquement distincte des autres populations de P. perspicillata.

Les auteurs recommandent donc de reconnaître Pulsatrix pulsatrix comme une espèce valide à part entière, distincte de P. perspicillata. Cette conclusion rejoint des propositions taxonomiques anciennes formulées dès le début du XXᵉ siècle, mais qui n’avaient jamais été étayées par des données génétiques jusqu’à présent. C’est une espèce extrêmement rare, même si les données historiques suggèrent qu’elle a toujours été peu abondante. Son statut très défavorable nécessite donc des mesures urgentes de conservation ciblées.
Elle n’a pas de nom officiel en français, mais elle pourrait être appelée Chouette à lunettes australe ou du Sud, du fait de sa répartition centrée dans le sud-est du Brésil.

L’étude publiée dans la revue Molecular Phylogenetics and Evolution a également produit la première phylogénie du genre Pulsatrix fondée sur des données mitochondriales, offrant une vision d’ensemble inédite des relations évolutives entre les espèces du genre. Elle a notamment montré que P. melanota et P. koeniswaldiana formaient un groupe frère distinct. Elle indique aussi que le genre Pulsatrix a divergé au Miocène supérieur et s’est diversifié principalement au cours du Pliocène et du Quaternaire. Cette diversification aurait été fortement influencée par des événements géologiques et climatiques majeurs, notamment la phase finale du soulèvement des Andes et les oscillations climatiques du Pléistocène.

Chouette à lunettes (Pulsatrix perspicillata) de la sous-espèce nominale. 
Source : JP Trip

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