L’hybridation peut constituer une menace : en effet, lorsqu’une espèce en danger s’hybride avec un oiseau étroitement apparenté, son patrimoine génétique peut être dilué, voir « absorbé » par ce dernier. Plusieurs exemples sont connus, comme les Érismatures à tête blanche (Oxyura leucocephala) et rousse (O. jamaicensis), les Sternes d’Orient (Thalasseus bernsteini) et huppé (T. bergii) et les Parulines à ailes bleues (Vermivora cyanoptera) et à ailes dorées (V. chrysoptera). Un article publié en 2019 dans la revue Biological Conservation montre que le statut du Tantale blanc (Mycteria cinerea), un échassier déjà rare, pourrait être encore fragilisé par une » pollution » de son patrimoine génétique par le Tantale indien (M. leucocephala), plus répandu en Asie du Sud.

Le Tantale blanc niche dans les mangroves et se nourrit dans les vasières et les estuaires d’Asie du Sud-Est. Il ne resterait qu’environ 1 500 individus, et sa population est en déclin en raison de la chasse et de la destruction de son habitat. En outre, il peut s’hybrider facilement avec le Tantale indien.

Des Tantales blancs sont présents en captivité dans le Jurong Bird Park de Singapour et dans le zoo de Negara (Malaisie) depuis les années 1980, et des couples mixtes se sont formés quand les deux espèces ont été placées dans les mêmes enclos. Des oiseaux issus de ces croisements sont échappés et se sont croisés avec des Tantales blancs sauvages.

Pour quantifier l’importance de ce phénomène, des ornithologues malais ont réalisé une étude génétique (extraction d’ADN, amplification par la technique PCR, vérification de la qualité des séquences obtenues, et évaluation de la proximité génétique par analyse en composantes principales et l’utilisation de marqueurs RAD-seq) sur des échantillons de 47 Tantales blancs sauvages et domestiques dans le Jurong Bird Park, dont plusieurs semblaient « purs » d’après leur plumage typique.

Ils ont constaté que le génome de la majorité des individus échantillonnés présentait différents niveaux d’introgression (= transfert de gènes) avec le Tantale indien. Les hybrides font donc désormais partie des populations sauvages et captives de Tantales blancs : sur les 46 oiseaux étudiés, 18 étaient des Tantales blancs purs, trois des Tantales indiens « purs » et 25 des hybrides à différents degrés.

Les hybrides présentent généralement des caractéristiques des deux espèces, en particulier la présence de rose sur les ailes, ce qui pourrait aider à les détecter et éventuellement à les éliminer. Les auteurs de l’article estiment que les Tantales blancs de Singapour sont désormais fortement menacés par la pollution génétique. Or, cette Ville-état (lire Observer les oiseaux à Singapour) est située à l’extrémité de la péninsule malaise, non loin des mangroves de l’est de Sumatra (lac Kumpai, Kuala Puntian et péninsule de Banyuasin), qui constituent des bastions du Tantale blanc en Asie du Sud-est.