Brèves
Observation remarquable d’un Vautour oricou en Espagne en octobre 2025
Vautour oricou (Torgos tracheliotos) adulte dans le parc national Kruger (Afrique du Sud) en avril 2024 : l’oiseau observé en Espagne en octobre 2025 était un individu de deuxième année.
Photographie d’illustration : Charles J. Sharp / Wikimedia Commons
Le Vautour oricou (Torgos tracheliotos) est un grand rapace ( 115 cm de long et 280 à 290 cm d’envergure) au plumage brun-noirâtre dessus et blanchâtre strié de brun-noir dessous, les cuisses étant entièrement blanches. La collerette est blanchâtre également, parsemée de plumes brunes. La tête est nue, gris-rose à rouge terne selon la sous-espèce, avec des caroncules. Le bec est fort et jaunâtre, avec la cire bleu pâle. Les pattes sont bleu-gris. Le juvénile a un plumage entièrement brun avec des liserés roux, et sa collerette est plus longue. Le plumage adulte est acquis à six ou sept ans.
Aire de nidification du Vautour oricou (Torgos tracheliotos) et situation de l’Espace Naturel du Torcal de Antequera, en Andalousie (Espagne), où un oiseau de deuxième année a été observé le 18 octobre 2025. |
Il vit dans les savanes et les zones semi-désertiques parsemées d’acacias, du niveau de la mer aux hautes altitudes (plus de 3 000 mètres). Le nid, qui peut atteindre deux mètres de large, est construit dans un arbre, entre 5 et 15 mètres au-dessus du sol. Il se nourrit essentiellement de carcasses, mais il est capable de chasser et de tuer de petits animaux.
Son aire de répartition s’étend du Sénégal à la Somalie et en Afrique orientale et australe, ainsi que dans la péninsule arabique. Deux sous-espèces sont reconnues : Torgos tracheliotos tracheliotos en Afrique tropicale, et T. t. negevensis au Moyen-Orient. La seconde se distingue de la première par sa taille supérieure, sa tête grisâtre, où le rose est confiné à la nuque, ses caroncules moins importantes, et l’absence de bord d’attaque blanc sous l’aile. Une troisième sous-espèce, T. t. nubicus, présente dans le sud de l’Égypte et au Soudan, est souvent rattachée à la sous-espèce nominale.
Selon BirdLife International, cette espèce est en danger et il y aurait moins de 9 000 individus dans le monde.
Dans le Paléarctique occidental (lire Qu’est-ce que le Paléarctique Occidental ?), le Vautour oricou ne nichait autrefois que dans le sud d’Israël et de l’Égypte et en Arabie Saoudite. Dans l’État hébreu, il se reproduisait dans la vallée de l’Arava (et occasionnellement dans le désert du Néguev) : dans les années 1940, de 25 à 30 couples y étaient recensés. Le déclin a débuté dans les années 1950, à cause des tirs, des empoisonnements, du manque de nourriture et des collisions avec les lignes électriques. En 1965, dix couples étaient encore connus, puis quatre en 1979, et deux en 1984. Le dernier cas connu de nidification remonte à 1989, près de Yotvata. Un programme d’élevage en captivité avait été lancé dans les années 1980 dans le Center for Wildlife Research près de l’Université de Tel Aviv, mais il a été arrêté. L’espèce avait disparu auparavant de Jordanie et de Syrie.
Vautour oricou (Torgos tracheliotos negevensis) immature près de Yotvata (Israël) en avril 2021 (cliquez sur la photo pour l’agrandir). |
Entre 1996 et 2004, seules cinq observations ont été signalées en Israël, et plus récemment, un oiseau affaibli a été recueilli sur le mont Carmel en 2015. En 2021, un Vautour oricou, a priori un immature d’après son plumage, a été observé en avril dans la réserve naturelle de Hai Bar, située près de Yotvata, puis revu brièvement à la fin du mois de mai au même endroit (lire Observation remarquable d’un Vautour oricou en Israël en avril et en mai 2021).
L’observation israélienne du printemps 2021 s’inscrit dans un contexte un peu plus favorable à la sous-espèce negevensis du Vautour oricou au Moyen-Orient. En Arabie Saoudite, où une population a été découverte dans les années 1980, on compterait actuellement environ 600 couples, et ce nombre serait stable ou en légère augmentation. La zone protégée de Mahazat as-Sayd, située à 170 km au nord-est de Ryad, est un secteur bien connu, avec 27 nids actifs recensés sur des acacias en 2012 (lire Séjour ornithologique en Arabie saoudite, un pays dont l’avifaune est soumise aux influences africaine et eurasiatique).
Un Vautour oricou a été observé et photographié le 18 octobre 2025 dans l’Espace Naturel du Torcal de Antequera, situé dans la province de Malaga, en Andalousie, et sa trace a été perdue en direction de la Serranía de Ronda. Il s’agirait d’une première donnée confirmée pour le pays, même si un ou deux oiseaux auraient été vus dans les Pyrénées espagnoles en septembre 1940. En France, un oiseau avait été capturé dans la plaine de la Crau (Bouches-du-Rhône) au XIXe siècle.
Les photos prises en 2025 par Miguel Martín García (voir une photo) ont permis de déterminer qu’il s’agissait d’un oiseau de deuxième année, mais cette donnée doit encore être validée par le comité d’homologation espagnol.
Outre son caractère exceptionnel, cette observation espagnole est également intéressante car cette espèce est plutôt sédentaire. Les immatures, comme c’est le cas de cet individu, effectuent toutefois plus volontiers que les adultes des déplacements pour explorer de nouveaux secteurs. Cela a été constaté par exemple chez le Vautour de Rüppell (Gyps rueppelli), une autre espèce africaine : des jeunes accompagnent parfois des groupes de Vautours fauves (Gyps fulvus) lors de leurs déplacements entre l’Afrique et le sud de l’Espagne (lire Première observation marocaine d’un Vautour de Rüppell arrivant d’Espagne). Il est possible que le Vautour oricou vu en Espagne ait suivi l’un de ces groupes.
Dans la péninsule ibérique, deux autres vautours originaires d’Afrique ont déjà été notés : le Vautour africain (Gyps africanus) (un oiseau de deuxième année à Tarifa, dans la province de Cadix, en septembre 2008 et un à Tarifa, qui a été équipé d’une balise, en décembre 2021) et le Vautour charognard (Necrosyrtes monachus) (un dans la Valle de Pineda près de la municipalité de Vidrieros, dans la province de Palencia, en Castille-et-León, en avril 2023).
Vautour oricou (Torgos tracheliotos) adulte dans le parc national Kruger (Afrique du Sud) en 2021.
Source : Bob Humphries
Réagir à notre article
Compléments
Ouvrages recommandés
- Birds of the Middle East de Richard Porter (Auteur), Simon Aspinall (Auteur)
- Le guide Ornitho de Killian Mullarney
- Carte Egypte Si Berlitz de Berlitz
- A Photographic Guide to Birds of Israel and the Middle East de Richard Porter (Auteur), David Cottridge (Photographies)
Sources
- Chaima Laghrissi (2026). Avistan en Málaga un ave jamás vista antes en España: un buitre torgo. El Periódico. Date : 18/03. www.elperiodico.com
- Helena Zarco García (2026). Una especie en peligro de extinción visita por primera vez España: « Es una auténtica rareza ». Huffpost. Date : 18/03. www.huffingtonpost.es
- SER Málaga (2026). Avistan en Málaga (y por primera vez en España) una de las aves más imponentes del mundo, un buitre torgo. Date : 18/03. cadenaser.com
- VCF (2023). The first Hooded Vulture ringed in Morocco is visiting Spain. Date : 09/07. 4vultures.org
- SEO BirdLife. Buitre dorsiblanco africano. seo.org
- Philippe J. Dubois et Pierre Yésou (1991) Vautour oricou Torgos tracheliotus. Les oiseaux rares en France. Page : 94. Chabaud éditions.





Aucun commentaire sur ce sujet
Participer à la discussion !