L’archipel indien des Nicobar est situé dans le nord-est de l’océan Indien. Il est composé de vingt-deux îles de tailles diverses, couvrant une superficie totale de 1 841 km², la plus grande étant celle de la Grande Nicobar (1 045 km²). Elles ont été reconnues depuis 2013 comme réserve de biosphère par l’Unesco, et le gouvernement indien interdit formellement leur visite à tout étranger. Leur taux de boisement (mangroves et forêts décidues à feuilles persistantes) est de plus de 70 %, mais malgré leur protection, plus de 14 % des forêts primaires ont déjà disparu, et plusieurs activités (touristiques, militaires, commerciales et agricoles) menacent leur biodiversité. Le braconnage constitue aussi un problème.  

Situation de l'île de la Grande Nicobar (Inde)

Situation de l’île de la Grande Nicobar (Inde).
Carte : Ornithomedia.com

Leur flore, plus proche de celles de Sumatra et de la péninsule malaisienne que des îles Andaman pourtant voisines de seulement 150 km, est très variée. Leur richesse ornithologique est également remarquable, avec 257 espèces recensées, dont neuf sont des endémiques stricts et six des endémiques partiels (= partagés avec les îles Andaman).

L’avifaune des Nicobar est encore assez mal connue et réserve encore des surprises. Dans un article publié en 2012 dans la revue BirdingAsia, S. Rajeshkumar, C. Ragnathan et P. C. Rasmussen avaient annoncé la probable découverte d’une nouvelle espèce de râle du genre Rallina sur l’île de la Grande Nicobar (lire Découverte d’une probable nouvelle espèce de râle dans les îles Nicobar).

Le 21 novembre 2011, dans le cadre d’un inventaire de de la réserve de biosphère de Grande Nicobar mené par la Zoological Survey of India. S. Rajeshkumar avait repéré un râle inconnu près de l’abri anti-tsunamis de Govind Nagar, situé sur la côte orientale, à six kilomètres du village de Campbell Bay, un secteur occupé par des habitants qui avaient chassés de chez eux par le grand tsunami de 2004 (lire Le tsunami de décembre 2004 et les oiseaux). L’oiseau avait été observé 15 minutes et photographié. Il se nourrissait silencieusement et se déplaçait rapidement. 

Il avait d’abord été identifié comme une Marouette mandarin (Porzana paykullii), mais des recherches ultérieures ont montré qu’il était différent de toutes les espèces connues. Il a provisoirement été appelé Râle de la Grande Nicobar, mais aucun holotype (spécimen de référence) n’a été collecté et formellement décrit.

Il s’agit d’un râle de taille moyenne proche du Râle des Andaman (R.  canningi). Son bec, court et épais, est vert pâle, ses tarses sont rougeâtres, ses yeux sont rouges, son cou est assez long, sa queue est courte, son plumage est globalement roussâtre, son dos étant plus sombre, son ventre est noir rayé de blanc, ses  couvertures alaires sont barrées de noir et de blanc et ses cuisses sont noirâtres. Aucune autre espèce connue du genre Rallina ne présente la combinaison d’un bec vert pâle, d’un ventre noir fortement barré de blanc et de pattes rougeâtres.

Il diffère du Râle des Andaman par son bec plus vert que jaune, son iris plus rouge, ses pattes proportionnellement plus courtes rougeâtres et non verdâtres, et ses griffes sombres. Son plumage est globalement plus pâle, avec une couronne et un dos plus sombres. Ses couvertures alaires sont noires et blanches et non pas marron uniforme. Les barres blanches de son ventre sont plus larges.

Forêt tropicale côtière

Vue de la forêt tropicale depuis une tour de guet installée dans la réserve de biosphère de la Grande Nicobar (Inde).
Photographie : Prasun Goswami / Wikimedia Commons

La possibilité d’un hybride a été envisagée, mais la combinaison particulière de ces caractères rend cette hypothèse peu probable. Il semble vivre dans un habitat plus ouvert que celui du Râle des Andaman. Il a été revu en 2015 près de Campbell Bay.

Dans un article publié en novembre 2025 dans la revue Indian Birds, Pia Sethi, Nitu Sethi et Vikram Shill ont indiqué qu’ils avaient observé et enregistré ce mystérieux râle en mai 2025 dans le même secteur.

Ils ont comparé les caractéristiques morphologiques et acoustiques de cette espèce potentiellement nouvelle pour la science avec celles d’autres espèces locales, notamment avec les Râles barré (R. fasciata) et de forêt (R. eurizonoides). Les auteurs ont souligné la constance des caractères décrits il y a plus de dix ans : un bec vert pâle et robuste, des pattes rougeâtres et épaisses et un plumage roux barré de noir sur les flancs, mais ils ont aussi décrit son chant (« UH-UH-UH-UHUH-UH »), plus court, plus « hésitant » et plus saccadé que celui du Râle barré. Ces différences, combinées à l’absence de caractères intermédiaires suggérant une hybridation, renforcent l’idée qu’il s’agit d’une espèce encore non décrite.

Ils insistent sur le fait qu’il existe encore très peu d’informations sur sa biologie, sa répartition et la taille de sa population, mais ils soulignent que sa présence répétée sur la Grande Nicobar au cours de la dernière décade suggère l’existence d’une population locale. On ne recense que trois données
en plus d’une décennie, tous en provenance de la partie orientale de la Grande Nicobar, qui est plus accessible aux ornithologues et aux chercheurs. La discrétion de l’oiseau, éloignement de l’île, sa fréquentation touristique limitée, les restrictions d’accès strictement appliquées, y compris aux zones protégées comme la réserve de biosphère de Grande Nicobar, et la végétation dense de la forêt tropicale humide et littorale contribuent probablement à la rareté des observations. La véritable répartition de ce râle pourrait être plus étendue.

Les auteurs appellent à mener des recherches génétiques et bioacoustiques approfondies afin de confirmer son statut taxonomique et à mener d’autres recherches, tout en rappelant l’importance de préserver son habitat forestier. 

Le photographe Badruddin Ali (site web : Badrnature.com) s’est rendu sur l’île en octobre 2025, et il a pu observer et photographier ce râle les 28 et 29, à l’endroit il avait été vu en mai. Il a remarqué son comportement timide, restant dans la végétation dense et ne se montrant à découvert que de rares instants, mais aussi sa grande activité et la rapidité de ses mouvements.

Documentaire sur la biodiversité des îles Nicobar (Inde).
Source : Nature Inspired

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