Brèves
Nombre record de mâles chanteurs de Phragmites aquatiques en Lituanie en 2025
Phragmite aquatique (Acrocephalus paludicola) chanteur dans le parc national de la Biebrza (Pologne) en juillet 2017.
Photographie : Bouke ten Cate / Wikimedia Commons
Le Phragmite aquatique (Acrocephalus paludicola) est une fauvette aquatique mesurant entre 11,5 et 13 cm de long. Il ressemble étroitement au Phragmite des joncs (A. schoenobaenus), mais il en diffère par la présence d’une nette bande médiane étroite jaune sur la calotte (bien plus nette que celle visible chez le juvénile du Phragmite du joncs), de « bretelles » chamois et de rayures noires plus marquées sur le dos. Sa teinte générale est également plus claire. L’adulte présente d’autre part souvent des stries fines sur la poitrine et les flancs.
Aire de répartition du Phragmite aquatique (Acrocephalus paludicola) : en rouge, sa zone actuelle de nidification, en jaune, son ancienne aire de reproduction, en vert les trajets connus de migration et en bleu, sa zone d’hivernage documentée. |
Il niche dans des cariçaies (marais à carex ou laîches) assez ouvertes et faiblement inondées en Lituanie, en Pologne, en Russie, au Bélarus et en Ukraine, mais on a déjà observé des chanteurs dans des champs de céréales (lire Observation surprenante d’un Phragmite aquatique chanteur dans un champ de céréales en Pologne en juin 2025). C’est une espèce globalement menacée, avec seulement environ 11 000 mâles chanteurs recensés dans le monde, principalement concentrés au Bélarus (38 % du total), en Ukraine (33 % du total) et en Pologne (27 % du total).
Au cours de sa migration automnale vers l’Afrique de l’Ouest, l’espèce longe principalement les côtes de l’ouest et du sud-ouest de l’Europe, faisant une halte dans plusieurs zones humides littorales françaises, comme l’estuaire de la Seine en Seine-Maritime (lire Rencontre avec le Phragmite aquatique dans la réserve naturelle de l’estuaire de la Seine) ou le marais du Mès en Loire-Atlantique (lire Le marais du Mès, une étape pour le Phragmite aquatique).
Au cours du XXe siècle, il a subi un déclin très sévère, cessant de nicher dans plusieurs pays d’Europe, principalement à cause de la destruction de son habitat, de l’abandon des méthodes agricoles traditionnelles provoquant un développement des roselières et des saulaies au détriment des peuplements de laîches, de la canalisation des cours d’eau et des sécheresses répétées en Afrique.
La population actuelle de Phragmites aquatiques est fortement fragmentée, une situation qui augmente le risque d’extinction en réduisant la diversité génétique : il a ainsi disparu de Hongrie en 2011 et d’Allemagne en 2014, où il nichait en Poméranie, près de la frontière polonaise.
Situation du delta du fleuve Niémen (Lituanie). |
En Lituanie, où ne vit qu’1 % de la population mondiale, ce passereau a fortement décliné au cours des dernières décennies, malgré une restauration réussie de plusieurs zones humides importantes : par exemple, dans la réserve de la biosphère de Žuvintas, le nombre d’individus est passé de 20 à 25 en 1986 à quatre mâles chanteurs en 2016.
Pour tenter de le sauver, un transfert de cent jeunes a été mené en 2018 et en 2019 entre la zone humide biélorusse de Zvanec, qui accueille la plus grande population mondiale, avec environ 3 000 chanteurs (lire Voyage ornithologique au Bélarus en mai 2009 – première partie), et la réserve lituanienne de Žuvintas, dans le cadre d’un programme européen incluant, outre le pilotage de la translocation, une restauration de 200 hectares d’habitats favorables dans le lieu d’accueil. En 2023 et en 2024, un nouveau transfert de cent jeunes était prévu entre les marais de Biebza (Pologne) et ceux de Rozwaroxo, sur la frontière germano-polonaise (lire Le transfert réussi de 100 jeunes Phragmites aquatiques entre le Bélarus et la Lituanie depuis 2018). Des travaux de restauration et d’entretien des prairies et des marais, en particulier dans le delta du Niémen (lire Le delta du fleuve Niémen : la « Camargue balte), ont aussi été menés.
Ces efforts de conservation semblent porter leurs fruits : lors du recensement mené durant le printemps 2025, 376 mâles chanteurs ont en effet été comptés, ce qui constitue un record depuis plus de vingt ans et un triplement par rapport à la moyenne des années 2010. En 2024, 240 mâles chateurs avaient été recensés, contre 220 en 2023.
Toutefois, cette croissance pourrait aussi résulter des mauvaises conditions constatées durant le printemps 2025 dans d’autres zones de reproduction européennes de ce passereau. En particulier, les marais du parc national de Biebrza, en Pologne, ont subi une sécheresse importante, et des incendies ont ravagé près de 500 hectares, et la situation était comparable en Ukraine. Certains oiseaux provenant de ces deux pays pourraient donc s’être déplacés vers la Lituanie pour nicher dans des habitats plus favorables.
Phragmite aquatique (Acrocephalus paludicola) dans le delta du fleuve Niémen (Lituanie).
Source : Birding Lithuania Tours
Réagir à notre article
Compléments
Dans la rubrique Observations d’Ornithomedia
Phragmite aquatique (Acrocephalus paludicola)
Ouvrages recommandés
- Le guide Ornitho de Killian Mullarney
- Guide de voyage en Lituanie 2025-2026: Explorer le cœur d’une nation balte à travers sa culture, ses paysages et ses forêts anciennes
de Steven B. Curley - Carte CR Estonie, Lituanie de Cartographia
Sources
- Euronatur (2025). Record year for Aquatic Warblers in Lithuania. Date : 25/11. www.euronatur.org
- BEF Lithaunia. Aquatic Warbler – a rare and charismatic bird, that needs our help. meldine.lt



Aucun commentaire sur ce sujet
Participer à la discussion !