Plusieurs études ont montré que les oiseaux étaient affectés par les bruits des activités humaines (lire Pour s’adapter au bruit, le rougegorge doit « prendre de la hauteur »). Dominique Potvin, chercheuse à l’université of Sunshine Coast (Australie), avait notamment constaté que la survie, la croissance et le développement des œufs et des oisillons (notamment de leur cerveau), pouvaient être compromis lorsque les nids étaient soumis à une forte circulation automobile et à d’autres « pollutions » sonores, même si on ne sait encore presque rien sur la façon dont ces nuisances sont ressenties dans les nids.

Dominique Potvin précise : « les oiseaux peuvent modifier leur comportement nicheur en fonction de facteurs extérieurs comme la prédation, il serait donc logique qu’ils puissent également décider de l’orientation, des matériaux ou de la structure de leur nid en fonction de leur environnement acoustique ».

Certains matériaux et formes atténuent efficacement les bruits, et les occupants des nids sont donc théoriquement soumis à des niveaux sonores différents en fonction des espèces. Pour le vérifier, elle a mené une étude sur 250 nids de passereaux australiens afin de déterminer s’ils réduisaient ou pas les bruits extérieurs, et elle a présenté ses résultats dans un article publié en 2018 dans le journal EMU Austral Ornithology. Elle a découvert que seuls les nids construits avec de la boue, comme ceux des hirondelles, de la Gralline pie (Grallina cyanoleuca) (lire Des Grallines pie construisent leur nid en équilibre sur une poutre), de l’Apôtre gris (Struthidea cinerea) et du Corbicrave leucoptère (Corcorax melanorhamphos), atténuaient les bruits : la diminution pouvait atteindre jusqu’à six décibels (dB), ce qui est significatiif étant donné que retirer 3 dB correspond à une division par deux de l’intensité sonore !

Cette découverte ne signifie pas que l’utilisation de la boue comme matériau de construction constitue une réponse adaptative de certains oiseaux aux nuisances d’origine humaine, mais elle leur donne en tout cas un avantage en milieu urbain. Dominique Potvin espère que ses travaux serviront à de futures études sur les effets du bruit sur les oiseaux et fourniront des informations précieuses sur la compréhension de la capacité de résilience de certaines espèces soumises à des conditions environnementales adverses.