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Le Faisan d’Edwards devrait être réintroduit dans la nature en 2027, soit plus de 25 ans après sa probable disparition à l’état sauvage
Faisan d’Edwards (Lophura edwardsi) mâle dans le zoo de Prague (Tchéquie).
Photographie : Václav Šilha / Wikimedia Commons
Le Faisan d’Edwards ou du Vietnam (Lophura edwardsi) est un galliforme de taille moyenne, présentant un dimorphisme sexuel très marqué. Le mâle, qui mesure environ 65 cm, possède un plumage bleu noir brillant aux reflets métalliques, le dessus de ses ailes et de son croupion présente un motif de croissants noirs bordés de gris clair produisant un effet écailleux, sa tête porte une courte huppe blanche, parfois mêlée de quelques plumes noires, sa face présente des caroncules rouges vives autour des yeux, ses joues et sa gorge sont noires, sa queue est rigide, droite et bleu noir, ses pattes sont rouges et portent un éperon unique, tandis que son bec est ivoire à base cornée.
La femelle, qui est plus petite (environ 58 cm), présente un plumage brun châtain avec des teintes grisâtres sur la tête, le cou et les parties inférieures. Ses ailes sont brun rougeâtre, avec des couvertures plus pâles, tandis que les rémiges primaires sont noires. Sa queue est bleu noir avec des rectrices brun châtain. Contrairement au mâle, elle ne possède pas de huppe, et une zone de peau nue rouge entoure ses yeux. Ses pattes sont rouges et peuvent parfois porter un éperon.
Le jeune possède un plumage brun châtain moucheté de noir, avec la tête et le cou gris et la poitrine brun fauve. Chez le mâle, les premières plumes bleues apparaissent vers 12 semaines, d’abord sur le cou puis sur la poitrine, et le plumage adulte est généralement acquis durant la première année.
Dans la nature, il vivait dans les forêts tropicales humides primaires et secondaires, à des altitudes basses à moyennes, généralement entre le niveau de la mer et 1 000 mètres. Les détails de sa reproduction à l’état sauvage sont peu connus, mais en captivité, le nid est une simple dépression creusée dans le sol, dans laquelle la femelle pond entre 4 et 10 œufs.
Aire de répartition originale estimée du Faisan d’Edwards (Lophura edwardsi). |
Le Faisan d’Edwards est endémique du centre du Vietnam (lire Séjour ornithologique dans les forêts du sud du Vietnam en mars 2020), et les données historiques indiquent une présence dans plusieurs provinces du centre du pays, notamment de Quảng Bình, de Quảng Trị, de Thừa Thiên-Huê et de Vinh Linh. Des recherches récentes suggèrent que son aire de répartition s’étendait probablement plus au nord, jusqu’à la province de Hà Tĩnh. La découverte de restes d’individus dans certaines zones et les analyses génétiques de formes apparentées ont en effet confirmé que l’espèce occupait autrefois une zone forestière plus vaste que celle initialement décrite.
Aucune sous-espèce n’est officiellement reconnue, le taxon L. e. hatinhensis, décrit en 1975 et qui avait été élevée au rang d’espèce distincte par certains auteurs, qui se distinguait principalement par la présence de plumes blanches dans la queue du mâle, étant plutôt probablement ne variation géographique. Le Faisan impérial (L. imperialis), longtemps considéré comme une espèce distincte, était en réalité un hybride naturel entre les Faisans d’Edwards et argenté (L. nycthemera).
Le Faisan d’Edwards a été découvert en 1895 par un missionnaire français, le Père Renauld, dans les montagnes de la province de Quảng Trị, et quatre spécimens furent envoyés au Muséum National d’Histoire naturelle de Paris, où l’ornithologue Émile Oustalet décrivit officiellement l’espèce. Pendant près de trente ans, aucune observation supplémentaire ne fut rapportée. En 1923, l’ornithologue français Jean Delacour redécouvrit l’espèce lors d’une expédition en Indochine et rapporta 26 individus vivants dans son domaine de Clères (Seine-Maritime). Ces oiseaux constituèrent la base des premières populations captives. Les expéditions ultérieures apportèrent peu de nouvelles données, et les conflits du XXe siècle interrompirent les recherches pendant plusieurs décennies. Les dernières observations confirmées dans la nature remontent à l’année 2000, ce qui a conduit de nombreux chercheurs à penser que l’espèce pourrait être éteinte à l’état sauvage, même si selon l’évaluation la plus récente de la Liste rouge de l’Union International pour la Conservation de la Nature (2024), il pourrait peut-être subsister quelques dizaines d’individus.
Les raisons de cette disparition sont la déforestation, la chasse et les conséquences de la guerre du Vietnam entre 1955 et 1975 (utilisation à grande échelle de défoliants tels que l’Agent Orange et le Napalm).
Malgré la disparition probable de l’espèce dans la nature, entre 500 et 1 000 individus vivent aujourd’hui en captivité dans des volières de la World Pheasant Association, de plusieurs zoos européens (370 individus), dont ceux d’Anvers (Belgique), d’Amiens (France), de Berlin (Allemagne), de Chester et de Londres (Grande-Bretagne), et d’éleveurs privés. Des analyses génétiques récentes ont montré qu’il subsistait encore une diversité génétique exploitable, permettant d’envisager des programmes de conservation.
Vue de la réserve naturelle de Khe Nuoc Trong (Vietnam). |
Mené par l’association locale Viêt Nature et la Zoological Society of London, et impliquant de nombreux organismes comme la BirdLife International et la World Pheasant Association, tous regroupés au sein de la Vietnam Pheasant Recovery Team, un projet a été lancé dans les années 2010 pour réintroduire l’espèce dans la nature. Il vise à relâcher des individus robustes et capables de se défendre contre les prédateurs dans des réserves forestières protégées de la province de Quang Binh (Khe Nuoc Trong, Bac Huong Hoa, Dakrong, Phong Dien et Ke Go). Il comprend l’installation de centres d’élevage Vietnam et la restauration d’habitats forestiers. Il prévoit aussi de travailler étroitement avec les communautés locales, afin de réduire le piégeage et de développer des alternatives alimentaires. La sensibilisation à la biodiversité constitue ainsi un élément essentiel du programme.
Viet Nature a sélectionné 768 hectares de forêts protégées en vue de ces réintroductions, tandis que la première phase du Rare Pheasant Breeding Centre (RPBC) créé en 2020, comprenant la construction de volières et d’installations pour le personnel, est déjà opérationnelle. Les recherches génétiques, menées par le zoo d’Anvers, ont permis de sélectionner une population captive viable.
Ce projet est financé par plusieurs structures, dont la Colossal Foundation (lire La société Colossal Biosciences nous en dit plus sur son projet de créer un « nouveau » Dodo). Dix couples nés dans des zoos européens seront (ou ont déjà été) transférés dans le RPBC. Les jeunes nés au Vietnam en 2025 et en 2026 seront progressivement préparés à la vie en milieu naturel avant d’être relâchés dans les forêts sélectionnées, a priori entre 2027 et 2030.
Une fois les oiseaux lâchés dans la nature, ils seront équipés de dispositifs de suivi permettant d’étudier leurs déplacements, leur survie et leur reproduction : les scientifiques du zoo de Chester (Grande-Bretagne) ont en effet mis au point et testé des émetteurs VHF (des signaux GPS pourraient avoir du mal à traverser l’épaisse canopée forestière) pouvant être fixés sur les plumes de la queue. Ces données permettront d’ajuster la stratégie de conservation si nécessaire.
L’objectif final est de créer trois populations sauvages autonomes, réparties dans trois régions différentes. Cette stratégie permettrait de limiter les risques : si une population disparaît localement, les autres pourraient assurer la survie de l’espèce. La réintroduction dans la nature du Faisan d’Edwards pourrait bénéficier à de nombreuses autres espèces animales.
Une vidéo du zoo d’Anvers (Belgique) sur le projet de réintroduction dans la nature du Faisan d’Edwards ou du Vietnam (Lophura edwardsi).
Source : Zoo Science
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Compléments
Ouvrages recommandés
- Birds of Vietnam (2018) de Richard Craik et Lê Quý Minh
- Birds of South-East Asia de Craig Robson (Auteur)
- Birds of East Asia de Mark Brazil
- Periplus Travel Maps Vietnam de Periplus
Sources
- Colossal Foundation (2025). Restoring the Lost Vietnam Pheasant to Central Vietnam’s Forests. colossalfoundation.org
- Zoo Science (2025). The extinct Vietnamese pheasant will fly home again. Date : 19/03. www.zooscience.be
- Chester Zoo (2025). Tail tagging is part of the Vietnam pheasant’s comeback story. Date : 20/03. www.chesterzoo.org
- Zoo Amiens Métropole (2025). Faisan du Vitenam. www.zoo-amiens.fr
- Viêt Nature. About Vietnam Pheasant. vietnampheasant.org




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