De nombreuses espèces d’oiseaux forment des vols denses qui se déplacent rapidement pour échapper aux prédateurs ou pour se déplacer, et les risques de collisions entre individus sont importants : or elles peuvent causer des blessures graves pouvant les empêcher de se nourrir, de nicher ou de prendre soin de leurs petits.

Pour éviter ce danger, différentes stratégies sont utilisées : par exemple, les Perruches ondulées (Melopsittacus undulatus) se déplacent dans la même direction et à une hauteur suffisante, les Étourneaux sansonnets (Sturnus vulgaris) et les Bécasseaux variables (Calidris alpina) se basent sur les mouvements de leurs voisins immédiats (lire La magie des vols d’étourneaux en partie révélée), et les passereaux migrateurs poussent des cris de contact quand la visibilité est réduite.

M. De L. Brooke (2002) avait suggéré que les marques blanches sur les ailes et le croupion de plusieurs limicoles servaient de signaux visuels. Le dessin sous-alaire n’est visible qu’en vol, et chez plusieurs espèces, il est très contrasté : dans un article publié en 2022 dans The Proceedings of the Royal Society B, une équipe internationale d’ornithologues a émis l’hypothèse qu’un motif très visible pouvait jouer un rôle de limitation des risques de chocs entre oiseaux.

Pour cela, ils ont rassemblé 3 498 photos de 1 980 espèces vus de dessous représentant 75 % des ordres. Ils ont constaté que les espèces au motif sous-alaire frappant étaient par exemple fréquentes chez les Phoenicopteriformes (flamants) et les Ciconiiformes (cigognes), alors qu’elles étaient plus rares chez les Passeriformes (passereaux), les Piciformes (pics), les Apodiformes (martinets), les Columbiformes (pigeons, etc.) ou les Galliformes (perdrix, cailles, tétras, etc.).

Pour tester leur hypothèse, ils ont utilisé un modèle phylogénétique mixte pour évaluer la relation entre le niveau de contraste sous-alaire, la masse et le niveau de sociabilité pour 1 780 espèces, et ils ont pu vérifier que les grandes espèces, et en particulier celles nichant en colonies, avaient plus souvent des dessins sous-alaires très contrastés.

Les auteurs suggèrent que ces motifs leur permettraient d’être plus visibles entre eux et de mieux évaluer la vitesse et la direction de vol de leurs congénères et donc de limiter les risques de chocs en vol. Les oiseaux les plus grands, qui volent moins agilement que ceux de petite taille, auraient besoin de plus de temps pour réagir lorsqu’ils volent près les uns des autres, ce qui peut se produire par exemple dans les zones de nourrissage, et leur dessin sous-alaire leur sait alors utile pour ne pas se heurter.

Ils donnent l’exemple des flamants qui nichent en grandes colonies sur les lacs africains :  leur motif sous-alaire frappant leur éviterait de se cogner entre eux eux lors des attaques soudaines de prédateurs tout en perturbant visuellement ces derniers.   
 

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