Le Bécasseau tacheté ou à poitrine cendrée (Calidris melanotos) est un limicole un peu plus grand que le Bécasseau variable (C. alpina). Son bec est assez court, légèrement arqué, et à base plus claire. En vol, la forme et le motif rappellent un petit Combattant varié (C. pugnax). La zone pectorale est finement striée et distinctement délimitée, se terminant en nette pointe au milieu de la poitrine. Le ventre est immaculé. La projection primaire est plus longue que celle du Bécasseau variable. Les pattes sont pâles, généralement jaunâtres. L’adulte en plumage nuptial présente des liserés brun-roux et les chevrons blancs sur le dessus sont moins nets (parfois absents) que ceux du juvénile, et le motif écailleux est moins net. Chez l’adulte en plumage internuptial (très rare en Europe), le dessus est gris-brunâtre, avec le centre des plumes plus diffusément sombre que chez le juvénile. Chez ce dernier, les plumes du dessus ont un centre noirâtre net, des chevrons blancs nets sont visibles sur le manteau et les épaules, et les sourcils sont pâles (crème).

Son aire de nidification s’étend entre les péninsules sibériennes de Yamal et de la Tchoukotka et de l’ouest de l’Alaska à l’est du Canada. La partie américaine de son aire de reproduction s’est récemment étendue vers l’Est, atteignant plusieurs sites du nord-est du Canada. Dans les années 1980, des mâles paradant ont été observés à l’ouest de l’Oural, dans la république des Koumis, ce qui pourrait laisser supposer que l’aire de répartition réelle est plus vaste que prévue. La plupart des oiseaux hivernent dans le sud de l’Amérique du Sud, du sud de la Bolivie au sud de l’Argentine. Des oiseaux, probablement venus de Sibérie, atteignent aussi l’Australie, la Nouvelle-Zélande et d’autres îles du Pacifique (dont l’archipel d’Hawaï). Des oiseaux accidentels sont vus chaque année (et notamment en août-septembre) en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient. Sur notre continent, c’est le limicole « américain » le plus régulier (lire D’où viennent les Bécasseaux tachetés observés en Europe ?). 

Aires de nidification et d'hivernage (en bleu) du Bécasseau tacheté (Calidris malanotos)

Aires de nidification (en rouge et en  orange : extension récente) et d’hivernage (en bleu) du Bécasseau tacheté (Calidris malanotos). Les emplacements des cas de nidification trouvés en 2023 et en 2024 dans le nord-est du Groenland sont aussi indiqués : (1) Hochstetter Forland et (2) Zackenberg.
Carte : Ornithomedia.com d’après T. Pagnon et al

Jusqu’à récemment encore, le Bécasseau tacheté était considéré comme un nicheur occasionnel au Groenland occidental et un visiteur rare dans l’est de l’île. Toutefois, les observations se sont multipliées au cours des 30 dernières années, dans un article publié en 2025 dans la revue Polar Research, on apprend que trois femelles couvant des œufs (pour lesquels aucune éclosion n’a pas été constatée) ont été trouvées en 2023 et 2024 dans le nord-est du Groenland, dans la zone de transition entre les toundras sèche et humide, à une distance de 900 à 2600 m du rivage. Ces données pourraient constituer des signes avant-coureur de l’établissement d’une petite population locale.

L’espèce semble donc être plus régulière au Groenland. Cette tendance pourrait refléter une véritable extension de son aire de reproduction vers l’Est, possiblement liée aux changements climatiques qui dégradent les conditions de reproduction dans la partie méridionale de son aire nord-américaine et favorisent un déplacement vers le Nord. Le Nord-est du Groenland, encore relativement peu affecté par le réchauffement climatique et offrant des habitats favorables, pourrait ainsi accueillir des individus provenant du Canada. Le comportement reproducteur très flexible des femelles, leur faible fidélité aux sites de nidification et le caractère nomade des mâles sont susceptibles de faciliter cette expansion.

Une origine canadienne n’est pas la seule envisagée pour les Bécasseaux tachetés groenlandais : en effet, ils pourraient aussi provenir du Paléarctique occidental, une petite population d’origine inconnue hivernant en nombre croissant en Afrique de l’Ouest.

Malgré les tentatives de reproduction observées dans le nord-est du Groenland, les échecs systématiques des pontes semblent liées à une absence de fécondation, probablement due au manque de mâles dans la région. Les femelles pourraient ainsi s’installer dans des zones encore dépourvues de partenaires, tandis que les mâles, très mobiles, ne s’y arrêteraient pas faute d’opportunités de reproduction suffisantes. Tant que la densité de femelles restera faible, des pontes non fécondées pourraient continuer à être observées. Dans ce contexte, de rares tentatives d’accouplement interspécifique ne peuvent être exclues.

Malgré ces échecs et la faible fidélité de l’espèce à ses sites de nidification, les trois cas de reproduction récents trouvés au Groenland pourraient constituer les premiers signes de la formation d’une nouvelle aire de reproduction dans le nord-est de l’océan Atlantique. Néanmoins, le faible nombre de sites étudiés au Groenland sur le long terme limite notre capacité à détecter et interpréter ces changements. La poursuite d’un suivi à grande échelle et le signalement systématique de nouveaux sites de nidification seraient donc essentiels pour identifier durablement les évolutions de l’aire de reproduction de l’espèce.

Vidéo sur le Bécasseau tacheté (Calidris melanotos)  dans la toundra arctique nord-américaine.
Source : Cornell Lab of Ornithology

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