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La population finlandaise de Chouettes lapones progresse et semble s’adapter aux effets du réchauffement climatique
Chouette lapone (Strix nebulosa) à Niilesjärvi (Finlande) en avril 2017.
Photographie : Sylvain Eckhardt / Oulu-au-fil-des-saisons
La Chouette lapone (Strix nebulosa) est un grand rapace (longueur de 58 à 68 cm, envergure de 128 à 148 cm) gris tacheté et strié de sombre, à la tête arrondie, à la face aplatie marquée de blanc et de noir, à la queue assez longue et aux yeux et au bec jaunes. Elle niche dans les forêts boréales et de montagne. Elle est présente en Amérique du Nord (lire Les Chouettes lapones de la Sierra Nevada constitueraient une sous-espèce distincte), dans le nord et l’est de l’Europe, en Russie jusqu’en Sibérie orientale et en Asie centrale (Kazakhstan).
En Europe, elle est en forte expansion en Scandinavie depuis une cinquantaine d’années (lire La forte expansion récente de la Chouette lapone en Europe). En particulier, depuis la dernière décennie, la Chouette lapone s’est installée dans le comté de Hedmark, au sud-est de la Norvège le long de la frontière suédoise. Le nombre de couples y est passé de un en 2009 à plus de 100 en 2017 et 2018. Par ailleurs, deux nids ont été découverts dans deux autres comtés plus au sud et à l’ouest (lire La florissante population norvégienne de Chouettes lapones aurait pour origine de jeunes oiseaux suédois). Cette progression est assez facile à suivre car il s’agit d’un grand rapace actif durant la journée, qui se perche souvent sur des perchoirs exposés dans des habitats ouverts (lire Durcissement de la couverture neigeuse et expansion de la Chouette lapone), et qui occupe fréquemment des aires de Buses variables (Buteo buteo) et d’Autours des palombes (Astur gentilis). En outre, elle niche volontiers dans les plateformes mises à leur disposition.
Aire de répartition actuelle approximative de la Chouette lapone (Strix nebulosa) en Scandinavie. L’aire de répartition de la population norvégienne est indiquée en violet sombre. |
En Finlande, l’évolution de la population de cette espèce est également positive, malgré les effets du réchauffement climatique. Dans un article publié en 2025 sur la plateforme Preprints.org, on apprend ainsi que le nombre moyen annuel de nids occupés est passé de 72 sur la période 2008-2014 à 78 sur la période 2018-2024, une tendance plutôt atypique par rapport autres rapaces nocturnes nicheurs du pays, qui présentent un déclin, ou au mieux, une stabilité de leurs populations, à l’exception de la Chouette hulotte (S. aluco), qui progresse également.
Les auteurs expliquent que l’augmentation du nombre de couples finlandais de Chouettes lapones masque toutefois une réorganisation spatiale : les données collectées auprès de Birdlife Finland suggèrent en effet globalement un déplacement de la population vers le nord du pays, alors qu’en Suède et en Norvège, le déplacement vers le Sud a été quasi total ces dernières décennies. En Norvège, jusqu’à 140 nids sont ainsi découverts chaque année dans le comté de Hedmark, dans le sud-est du pays, au sud du 62e parallèle nord, une région où la Chouette de l’Oural (S. uralensis) est aussi en progression (lire Augmentation de la petite population norvégienne de Chouettes de l’Oural grâce à la pose de centaines de nichoirs). En Suède, la plupart des nids les plus méridionaux se situent même en-dessous du 58e parallèle nord.
Sur le plan écologique, la Chouette lapone semble faire preuve d’une certaine plasticité comportementale face aux perturbations climatiques. Bien que les incendies de forêt et les changements hivernaux entraînent une perte immédiate de proies et de sites de nidification, elle est capable d’exploiter temporairement des habitats modifiés, notamment les arbres morts et les milieux ouverts créés après les feux, qui peuvent favoriser le retour de ses proies principales. Cette capacité à utiliser des habitats perturbés contraste avec celle d’espèces plus dépendantes des forêts anciennes et donc nettement plus vulnérables, comme la Nyctale de Tengmalm (Aegolius funereus). Le Pic tridactyle (Picoides tridactylus) est un autre oiseau de la taïga qui semble « profiter » d’un accroissement de la fréquence des incendies de forêt (lire Martijn Versluijs nous décrit les effets des feux de forêt sur la population et sur le comportement de nourrissage du Pic tridactyle).
Par ailleurs, malgré des hivers en moyenne plus doux et aux conditions plus instables, la Chouette lapone conserve une forte capacité de déplacements saisonniers. En période de pénurie alimentaire, elle peut en effet aller vers le Sud à la recherche de proies, y compris dans des environnements anthropisés, comme les zones périurbaines d’Helsinki. Cette mobilité lui permet de limiter les effets négatifs des cycles de rongeurs désormais perturbés par le réchauffement et la réduction de l’enneigement stable, des facteurs à l’origine du déclin du Harfang des neiges (Bubo scandiacus) (lire Le Harfang des neiges a été considéré en 2025 comme une espèce nicheuse éteinte en Suède).
La Chouette lapone semble donc s’adapter aux changements induits par le réchauffement global, particulièrement marqué dans les régions nordiques du continent, par la combinaison d’une certaine flexibilité spatiale, d’opportunisme écologique et de tolérance à des conditions climatiques plus variables. Toutefois, cette adaptation reste fragile, car elle dépend fortement de la disponibilité des proies et du maintien de paysages forestiers fonctionnels. Ainsi, si la Chouette lapone apparaît actuellement comme l’une des espèces les plus résilientes face au réchauffement climatique en Finlande, cette situation pourrait être compromise si les perturbations climatiques et la dégradation des habitats s’intensifiaient.
Rappelons qu’en Europe, les couples les plus méridionaux de Chouettes lapones nichent en Ukraine et en Pologne, aux alentours du 51e parallèle nord, tandis qu’en Amérique du Nord, l’espèce niche jusqu’aux 37 – 38e parallèle nord, ce qui, en Europe, correspond à la Sicile ! Il est intéressant de noter qu’au Pléistocène (entre – 3 millions et – 10 000 ans), la Chouette lapone peuplait des régions aussi méridionales que la Bulgarie et la Roumanie, d’après les découvertes de fossiles.
Chouette lapone (Strix nebulosa) chassant des rongeurs dans la neige près d’Oulu (Finlande) le 4 janvier 2018.
Source : Sylvain Eckhardt – Oulu au fil des saisons
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Compléments
Ouvrages recommandés
- Le Guide Ornitho de L. Svensson et al
- A Complete Guide to Arctic Wildlife de R. Sale
- Finding Birds in Lapland de D. Gosney
- Carte NATIONAL Finlande Collectif Michelin
- Finnish Lapland: Including Kuusamo de Dirk Hilbers et Horst Wolter
Source
Heimo Mikkola et Alan Sieradzki (2025). The Heat is On: The Global Threat to Owls from Climate Change. Preprints. Date : 22/10. www.preprints.org




2 commentaires
2 commentaire(s) sur ce sujet
Participer à la discussion !Sylvain Eckhardt
Oulu
Posté le 17 janvier 2026
Bonjour! Je suis l’auteur de la photo de 2017. Content de voir que les photos sont toujours utilisées. Pour la vidéo de prédation j’ai pas mal de vidéos de prédation réelle. Celle figurant dans cet artikkelit est du nourrissage pour une entreprise de photographie, pratique à proscrire! Par exemple cette vidéo: https://youtu.be/_f56ShT20j8?si=qoZVnb_M3cup9y85
La qualité n’est pas super, mais elle montre bien la façon de chasset de la chouette lapone avec sou ouïe. La vidéo a été utilisée pour décrire sa technique de chasse dans un article scientifique traitant de la capacité de la chouette lapone à prendre en compte la difraction des ondes sonores à la surface de la neige.
Bien cordialement
Sylvain
David
sevran
Posté le 17 janvier 2026
Bonsoir Franck, merci beaucoup ! Je vais remplacer la vidéo 🙂 David