Le Goéland d’Audouin (Ichthyaetus audouinii) est une espèce un peu plus petite que le Goéland argenté (Larus argentatus). Chez l’adulte, le manteau et le dessus des ailes sont d’un gris très pâle, la pointe des ailes est noire avec de petites taches blanches rondes, le bec est rouge avec un anneau subterminal noir et une pointe jaune, les pattes varient du gris-olive foncé au noirâtre selon les individus et l’iris est foncé. Les jeunes et les immatures ont le dos et les ailes bruns, les pattes grises et le bec gris verdâtre à pointe sombre. Le plumage adulte est atteint progressivement, après plusieurs mues, au cours de la quatrième année (lire Identifier et chercher le Goéland d’Audouin au printemps en France).

Aire de répartition du Goéland d'Audouin (Ichthyaetus audouinii)

Aire de répartition du Goéland d’Audouin (Ichthyaetus audouinii) : en rouge, zones de nidification, en jaune, zones de passage, en bleu, zones d’hivernage. Les emplacement du parc naturel du Ria Formosa (Portugal) et du delta de l’Èbre (Espagne) sont indiqués.
Carte : Ornithomedia.com

Il s’agit d’une espèce quasiment exclusivement méditerranéenne, qui se reproduit en colonies ou en couples isolés du Maroc à la Turquie et à Chypre en passant par la France. Sa population mondiale serait composée de 33 000 à 46 000 adultes, soit de 15 700 à 21 000 couples reproducteurs. Dans l’hexagone, la population est faible et l’espèce ne niche qu’en Corse, la jetée de la base aéronavale d’Aspretto à Ajaccio (lire Où observer les oiseaux près d’Ajaccio ?) accueillant la quasi-totalité de la population nicheuse : en 2025, 63 couples et 63 poussins y ont été comptés (voir une synthèse d’observations récentes en France).

L’Espagne a accueilli jusqu’à près de 90 % de la population mondiale, mais elle est en déclin dans ce pays depuis plusieurs années : elle a en effet chuté de 21 264 couples en 2006 à 12 131 en 2017. Cette baisse est principalement due à l’effondrement de la colonie du delta de l’Èbre en Catalogne (lire Observer les oiseaux dans le delta de l’Èbre), qui est passée de 15 000 couples en 2006 à moins de 2 000 actuellement, à cause d’une prédation accrue de la part des renards et des chiens. l’installation dans de nouvelles zones artificielles, notamment plusieurs ports, notamment ceux de Castellón de la Plana et de Valence (lire La plus grande colonie mondiale de Goélands d’Audouin est installée dans le port de Castellón), n’a pas permis de compenser l’effondrement de la colonie catalane, et le Goéland d’Audouin est désormais considéré comme vulnérable. La destruction en 2020 de la colonie du port de Ceuta, une enclave espagnole située dans le nord du Maroc, est donc particulièrement désolante : le 4 mai 2020, la société responsable de l’entretien a en effet saccagé les nids et les œufs de 75 à 80 couples qui étaient en pleine période de reproduction (lire Goéland d’Audouin : une mauvaise et une bonne nouvelle en provenance d’Espagne et de Turquie).

Une partie significative des oiseaux espagnols s’est installée depuis une dizaine d’années dans l’Algarve, dans le sud du Portugal : près de 3 000 couples ont ainsi niché en 2020 (2 663 en 2019) dans le parc naturel de Ria Formosa, alors que le premier couple s’était installé dans la région en 2000, dans les marais salants voisins de Castro Marim (une colonie de 12 couples était en place en 2001). Cette colonie a continué à croître depuis, et selon la Sociedade Portuguesa para o Estudo das Aves (SPEA), plus de 7 000 nids ont été comptés en 2024, principalement sur l’île de Deserta (ou Barreta), située dans le parc naturel. Depuis 2022, l’espèce s’est également installée sur l’île voisine de Culatra. Les chiffres du comptage de 2025 n’ont pas encore été publiés a priori, mais la taille de la colonie pourrait être en légère baisse.

L’espèce bénéficie du programme européen LIFE Ilhas Barreira, qui a pour but de minimiser les menaces qui pèsent sur cette espèce, notamment en protégeant la végétation des îles sablonneuses du parc naturel et en assurant leur tranquillité. Le projet propose d’étendre la zone de protection spéciale de Ria Formosa dans l’océan Atlantique pour protéger les zones d’alimentation du Goéland d’Audouin et des autres oiseaux marins. Des comptages annuels sont en outre réalisés par l’Instituto da Conservação da Natureza e das Florestas et l’université de Coimbra, avec l’aide de la SPEA. 

Suite à cette tendance, le nombre d’oiseaux observés le long des côtes atlantiques portugaises, par exemple depuis la péninsule de Sagres (lire Observer les oiseaux sur la péninsule de Sagres), a progressé entre mai et octobre (avec des pics en mai et en août). 

Reportage sur les oiseaux marins nicheurs du parc naturel de Ria Formosa (Portugal), dont le Goéland d’Audouin (Ichthyaetus audouinii).
Source : Sociedade Portuguesa para o Estudo das Aves

Réagir à notre article

Réagissez à cet article en publiant un commentaire