La Buse du Maghreb (Buteo rufinus cirtensis) est actuellement considérée comme une sous-espèce de la Buse féroce (Buteo rufinus), voire parfois comme une espèce distincte (Buteo cirtensis). Toutefois, cette classification est remise en cause par plusieurs spécialistes, la Buse variable (Buteo buteo) nichant à proximité (dans la péninsule ibérique et dans les îles Canaries), et la Buse féroce ayant une aire de répartition plus orientale (lire L’expansion importante de la Buse féroce en Europe centrale).

Dans un article publié en 2019 dans la revue Molecular Phylogenetics and Evolution, des auteurs ont présenté les résultats d’une étude phylogénétique basée sur des gènes mitochondriaux et nucléaires des Buses variable (Buteo buteo), des steppes (B. b. vulpinus), féroce (B. rufinus), du Mahgreb (B. r. cirtensis) et de Chine (B. hemilasius). Un arbre phylogénétique a été élaboré, et une étude statistique bayésienne basée sur des séquences microsatellites (= des répétitions de motifs de un à quatre nucléotides) a été effectuée.

Ces analyses ont montré que la Buse de Chine appartenait à un groupe (clade) nettement distinct de ceux des Buses variable et féroce. La Buse du Maghreb cirtensis, qui vit dans le sud du Maroc, en Tunisie et en Algérie, est apparentée à la Buse variable nichant au Portugal. La délimitation génétique entre les Buses du Maghreb, variable et féroce n’est pas nette. Le phénomène d’hybridation entre les Buses du Maghreb et variable est ancien (plusieurs milliers d’années) (lire Hybridation entre une Buse variable et une Buse du Maghreb dans le sud de l’Espagne). La population de Buses du Maghreb a fortement augmenté en 3 000 ans, alors que celles des Buses de Chine, féroce et des steppes sont restées relativement stables, et la nidification récente de l’espèce en Espagne (lire Nidification de la Buse du Maghreb en Espagne !) est une illustration de cette expansion.

Cette étude confirme la complexité de l’évolution génétique des espèces du genre Buteo au cours de la fin du Pléistocène du fait du polymorphisme de leur ancêtre commun, de la succession des périodes glaciaires et interglaciaires, qui ont entraîné des extensions et des contractions des aires de répartition, et des phénomènes d’hybridation.

Il faut préciser que cette étude n’a pas pris en compte la sous-espèce insularum de la Buse variable, qui nichent dans l’archipel des Canaries, ni la sous-espèce bannermani présente dans les îles du Cap-Vert (lire Les oiseaux des îles du Cap-Vert) et qui est considérée par certains auteurs comme une espèce distincte.