L’Amazonie (au sens large) est une vaste région naturelle d’Amérique du Sud d’une superficie de près de sept millions de km², composée du bassin du fleuve Amazone et du plateau des Guyanes (lire Tanguy Deville nous parle des oiseaux de la Guyane française). Les forêts tropicales couvrent encore 80 % de cette surface, mais le rythme de leur destruction est intense, notamment en Brésil, qui possède environ 60 % de l’Amazonie : depuis les années 1970, près de 800 000 km² ont déjà été déboisés dans ce pays à cause de l’exploitation forestière et minière, de la production hydroélectrique (barrages), de l’élevage et des cultures industrielles (lire L’huile de palme pourrait-elle aider à sauver la forêt amazonienne ?), et ce rythme de destruction semble s’être encore accéléré depuis juillet 2018, avec une explosion du nombre des feux de forêts. Pourtant la biodiversité de cette région est l’une des plus importantes du monde, avec plus de 1 500 espèces d’oiseaux recensées, et cette avifaune est toutefois encore mal connue : des descriptions de nouvelles espèces (lire 15 nouvelles espèces d’oiseaux ont été décrites en Amazonie brésilienne) et sous-espèces, ainsi que des informations concernant les aires de distribution, sont régulièrement publiées.  

Le Tête-de-feu pelucheux (Metopothrix aurantiaca) est un membre discret de la famille des Furnaridés qui vit dans la canopée des forêts inondables (ou várzeas) qui s’étendent le long des rivières d’Amazonie. Son aire de répartition connue couvre l’extrémité sud de la Colombie, l’est de l’Équateur, l’est du Pérou, le nord de la Bolivie et l’ouest du Brésil.

Nouvelles informations concernant les aires de répartition du Tête-de-feu pelucheux et du Batara du Rondônia

Nouvelles informations concernant les aires de répartition du Tête-de-feu pelucheux  (Metopothrix aurantiaca) et du Batara du Rondônia (Clytoctantes atrogularis). Points verts : observations récentes du Batara du Rondônia et points jaunes : observations récentes du Tête-de-feu pelucheux. En orange, les zones en cours de déboisement.
Carte : Ornithomedia.com d’après le Bulletin of the British Ornithologists’ Club et le Wilson Journal of Ornithology

Dans ce dernier pays, il est réparti dans les États d’Acre, d’Amazonas et du Rondônia, mais dans un article publié en juin 2019 dans le Bulletin of the British Ornithologists’ Club, des ornithologues ont décrit neuf nouvelles mentions de l’espèce à l’est de son aire de distribution connue qui représentent une extension de sa présence d’environ 750 km vers l’Est. Ces données, collectées entre 2003 et 2017, sont issues d’inventaires et d’observations fortuites. Cette espèce vivant au sommet des arbres, sa densité de population étant souvent faible et ses cris (« tss-tss-tss ») ressemblant à ceux de plusieurs tangaras et des Picumnes barré (Picumnus aurifrons) et de Buffon (P. exilis), d’autres recherches seraient nécessaires et pourraient révéler de nouvelles informations.

Le Batara du Rondônia (Clytoctantes atrogularis) (famille des Thamnophilidés) est un passereau mystérieux et endémique de l’Amazonie brésilienne. Les données confirmées sont très rares : celle du spécimen-type ayant servi à décrire l’espèce (holotype), deux observations dans la localité de l’État du Rondônia où il a été découvert et celle d’un couple le long du fleuve Sucunduri dans l’État d’Amazonas. Dans un article publié en mars 2017 dans le Wilson Journal of Ornithology, des auteurs ont présenté cinq nouvelles mentions obtenues dans des forêts du type terra firme (= qui ne sont pas inondées lors des crues) dont le sous-bois est dominé par des palmiers du genre Lepidocaryum et par des fourrés de bambous du genre Guadua, soit un habitat différent de celui qui était connu jusqu’à présent. Le contenu de l’estomac de six individus a été étudié et comprenait principalement des fourmis et leurs œufs, qui ont peut-être été trouvés dans les tiges de bambous. Le taux élevé de déforestation qui touche une grande partie de l’aire de répartition du Batara du Rondônia pourrait hélas entraîner sa disparition de certains secteurs.