Le Guillemot à miroir (Cepphus grylle) mesure environ 32 cm de long pour une envergure de 52 à 58 cm. L’adulte en plumage nuptial est noir ou brun noirâtre, avec deux taches blanches (appelées « miroirs ») sur le dessus des ailes et des couvertures sous-alaires blanchâtres. L’étendue des taches blanches sus-alaires peut varier. Le bec mince et pointu est noir, avec la commissure et l’intérieur de la bouche rouge vermillon. Les pattes et les doigts sont également rouges. L’adulte en hiver a la tête et les parties inférieures blanches, tandis que le dessus est tacheté de brun grisâtre, de noir et de blanc. Le juvénile a le miroir blanc tacheté de gris et de brun et ses couvertures alaires sont terminées de brun. Le dessous est barré de gris clair et de blanc et le dos est uniformément gris.  Le plumage de l’oiseau de premier hiver, acquis à partir d’un mois après le départ du nid, ressemble à celui de l’adulte en hiver excepté les miroirs tachetés.

Il niche à partir de l’âge de deux ans en petites colonies clairsemées (atteignant toutefois plus de 1 000 couples dans le nord de l’aire de répartition) ou en couples isolés. Contrairement aux autres alcidés qui ne pondent souvent qu’un œuf, la femelle en pond souvent deux. Il se nourrit de poissons et de crustacés. Il se reproduit sur les côtes rocheuses et les îles dans des crevasses, des éboulis ou des fissures. Il peut aussi se reproduire sur des structures artificielles (digues), et même dans des nichoirs.

Aire de répartition du Guillemot à miroir (Cepphus grylle) en Europe

Aire de répartition du Guillemot à miroir (Cepphus grylle) en Europe. En rouge, zones de nidification et en bleu, zones d’hivernage. La situation de l’île de Fehmarn (Allemagne), où l’espèce a niché en 2022, est indiquée. 
Carte : Ornithomedia.com d’après Le Guide Ornitho

Son aire de répartition s’étend de l’est de l’Amérique du Nord à l’Alaska, et cinq sous-espèces sont reconnues :

  • C. g. grylle : côtes de la mer Baltique
  • C. g. mandtii : du nord-est du Canada au nord de l’Alaska en passant par le Svalbard, l’île de Jan Mayen et le nord de la Sibérie
  • C. g. arcticus : nord-est des États-Unis, sud-est du Canada, sud du Groenland, Irlande, Grande-Bretagne, sud de la Scandinavie et mer Blanche (Russie, Finlande)
  • C. g. islandicus : Islande
  • C. g. faroeensis : îles Féroé.

Ces sous-espèces diffèrent par la longueur des ailes et du bec, et par la quantité de blanc sur le dessus des ailes. En hiver, la sous-espèce C. g. mandtii est beaucoup plus blanche que les autres et peut donc être identifiée relativement facilement. 

Il hiverne au large (à la limite de la banquise au nord de son aire de répartition) dans la baie de Baffin, dans l’océan Atlantique Nord et dans les mers du Nord, baltique et de Barents, et des oiseaux isolés sont parfois notés le long des côtes françaises de la mer du Nord et de la Manche (lire Pourquoi le Guillemot à miroir est-il si rare en France ?). 

Le Guillemot à miroir est assez difficile à recenser durant la période de reproduction, car il ne niche pas en grandes colonies et il préfère les petites îles où il pond ses œufs dans les crevasses et entre les rochers. Grâce à sa flexibilité dans le choix de ses sites de nidification (il peut nicher sur des digues ou dans des nichoirs) et son mode de vie côtier, il semble moins menacé que d’autres alcidés. Entre 1969 et 1991, l’espèce a même étendu son aire de reproduction en Grande-Bretagne, colonisant de nouveaux sites sur les rivages de la mer d’Irlande et au nord-est de l’Écosse. Toutefois, il est sensible aux marées noires et aux captures accidentelles dans les filets : une étude menée en 2009 par les autorités norvégiennes avait par exemple montré que plus de la moitié des 11 000 oiseaux marins trouvés morts à cause des filets étaient des Guillemots à miroir.

Dans l’Atlantique Nord, ses colonies sont globalement stables, même s’il existe des variations locales en fonction de la disponibilité en ressources alimentaires (poissons) et d’autres pressions environnementales. La population de la mer Baltique présente une tendance positive, avec une augmentation des effectifs nicheurs au cours des dernières décennies. Cette progression est particulièrement visible au Danemark, où l’espèce est en expansion : sa population y est en effet passée d’environ 1 100 couples dans les années 1990 à 1 900 à 2 000 couples entre 2014 et 2017. L’aire de répartition s’est également étendue vers le sud et l’est du pays, notamment dans la région des détroits du Belt et de l’Øresund, où l’on compte désormais environ 300 couples nicheurs. 

Cette progression explique probablement la colonisation récente des côtes allemandes de la Baltique. Dans ce pays, l’espèce avait niché pour la première fois en 1953 dans le Langenwerder, mais à partir de 2016, les observations se sont multipliées au printemps et en été dans plusieurs secteurs le long de la côte du Schleswig-Holstein, notamment autour du port de ferries de Puttgarden, sur l’île de Fehmarn, et dans les baies de Kiel et de Hohwacht. Après plusieurs années d’observations sporadiques, des indices de reproduction ont été notés dès 2020, avec la présence de jeunes volants sur la côte de la Probstei, dans l’arrondissement de Plön. Ces observations ont été confirmées en août 2021, avec la découverte de deux jeunes devant l’île de Fehmarn, suggérant fortement une reproduction locale.

L’année 2022 a marqué une étape décisive : dans le port de Puttgarden, plusieurs adultes ont été vus paradant puis fréquentant une cavité située dans la paroi métallique d’un quai, dans une zone peu accessible au public. À partir de juillet, des oiseaux sont vus apportant régulièrement des poissons à de jeunes, ce qui constitue un première preuve formelle de nidification. Quelques jours plus tard, un jeune volant a été observé à proximité, confirmant le succès de la reproduction.

De nombreux sites favorables existant le long de la côte baltique du Schleswig-Holstein (falaises avec cavités, ouvrages portuaires, digues de pierres, épis et jetées, etc.), et l’île de Fehmarn étant exempte de prédateurs terrestres, le Guillemot à miroir devrait poursuivre son installation en Allemagne.

Guillemot à miroir (Cepphus grylle) le long de la côte de l’île de Fehmarn (Allemagne) le 8 février 2025.
Source : A.Schulz-Benick

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