L’Engoulevent à collier roux (Caprimulgus ruficollis) mesure de 30 à 34 cm de long pour une envergure de 64 à 66 cm. Il ressemble à l’Engoulevent d’Europe (C. europaeus), mais il est un peu plus grand, son collier, sa gorge et haut de sa poitrine sont ocre-roux, le bord d’attaque (= avant) de ses ailes n’est pas sombre, les extrémités des plumes de ses couvertures alaires sont pâles, formant plusieurs barres de même épaisseur, et ses rémiges primaires et secondaires sont marquées de roux. Les deux sexes possèdent des taches blanches sur les ailes et aux coins de la queue, celles du mâle étant plus nettes.

Le chant du mâle est une série sonore de motifs (« potoc-potoc-potoc ») longuement répétés mais dont l’intensité augmente puis décroit. La femelle lance des « teché-tché-tché » évoquant un bruit de vapeur.

Écoutez ci-dessous un enregistrement du chant de l’Engoulevent à collier roux réalisé par José Carlos Sires dans la commune de Coria del Río, province de Séville, Andalousie (Espagne), le 29 juillet 2015 (source : Xeno-Canto) :

Il niche dans des paysages ouverts variés peu accidentés, aux arbres et aux arbustes dispersés et au sol souvent sablonneux (pinèdes, chênaies claires, plantations d’eucalyptus, landes, etc.) jusqu’à 800 mètres d’altitude. Il se pose volontiers le soir sur les petites routes et les sentiers chauffés durant la journée.

Il se reproduit dans l’est, le centre et le sud de l’Espagne, dans l’est, le centre et le sud du Portugal et dans le nord du Maghreb et il hiverne dans l’ouest de l’Afrique tropicale (de la Mauritanie au Liberia), plus au sud que l’Engoulevent d’Europe. Les oiseaux espagnols et portugais survolent le détroit de Gibraltar lors de leur migration.
Deux sous-espèces sont reconnues :

  • C. r. ruficollis dans la péninsule ibérique et localement en Afrique du Nord.
  • C. r. desertorum dans le nord du Maghreb. Elle se distingue de la sous-espèce nominale par son plumage plus pâle dessus et dessous et moins fortement rayé de sombre.

En Espagne, qui accueille la grande majorité des couples européens, il est présent dans le centre, le sud et l’est du pays, remontant jusqu’à la vallée de l’Èbre. Il est rare ou totalement absent dans le nord-ouest, dans les régions montagneuses et dans les îles Baléares, et il niche occasionnellement dans les îles Canaries. Selon la Liste Rouge des espèces européennes (2020), la population espagnole serait comprise entre 202 000 et 270 000 individus, avec une tendance à la baisse.

Une population isolée subsiste dans le nord de la Catalogne, près de la frontière française, dans la comarque (région) de l’Empordà (province de Gérone), qui est limitée au nord par la chaîne des Pyrénées et par le massif des Albères et au sud par le massif des Gavarres.

En France, des ossements datant du Pléistocène moyen (entre – 774 000 et – 129 000 ans) ont été trouvés en Provence et en Corse, et au Mésolithique (de – 9 700 à – 5 000 av. J.-C.) dans la grotte de Gonvillars (Haute-Saône) et dans l’abri de Châteauneuf-les-Martigues (Bouches-du-Rhône). La reproduction de l’espèce en Provence pendant la seconde moitié du XIXe siècle et/ou au début du XXe siècle a été évoquée par Loverec et Vigne (in Pascal et al., 2003), même si les preuves manquent. Selon Mayaud (1936), elle se reproduisait autrefois en Languedoc et en Provence.

Les observations françaises de l’Engoulevent à collier roux sont actuellement soumises au Comité d’Homologation National. Seules six mentions d’individus égarés sont attestées pour les XIXe et XXe siècles en France, dont les plus anciennes remontent à 1820 et à 1850 près de Marseille (Bouches-du-Rhône) et à 1851 à Châlons-sur-Marne (Marne). Les observations françaises contemporaines restent très rares et sont majoritairement  comprises entre la mi-avril et la mi-juin (voir notre rubrique Observations) : on recense seulement douze mentions entre 1997 et 2024 (lire Observation d’un Engoulevent à collier roux en Camargue en avril 2024 : retour sur une espèce disparue de France).

Aire de nidification européenne (en rouge) de l'Engoulevent à collier roux (Caprimulgus ruficollis)

Aire de nidification européenne (en rouge) de l’Engoulevent à collier roux (Caprimulgus ruficollis). En orange, la possible extension de l’aire de répartition au XIXe siècle. L’emplacement du village d’Ortaffa (Pyrénées-Orientales), où un chanteur a été découvert le 13 mai 2026, est indiqué. 
Carte : Ornithomedia.com  d’après le Ministerio para la Transición Ecológica y el Reto Demográfico

L’espèce nichait au XIX siècle dans les Pyrénées-Orientales : selon Crespon (1840), elle n’était en effet pas rare vers Perpignan au cours de la première moitié du siècle. Voous, dans son atlas de 1960, évoquait (avec un point d’interrogation) sa reproduction dans la zone méditerranéenne continentale française mais selon Dubois et al. (2000), aucun indice ne permet d’envisager une possible reproduction depuis le milieu du XIXe siècle en France : elle aurait donc disparu à cette période pour des raisons non établies à ce jour.

Selon la plateforme Faune-france.org, un mâle chanteur a été découvert le 13 mai 2026 au nord du village d’Ortaffa, où il est resté plusieurs jours, chantant particulièrement entre 22 h et 1 h et entre 4 et 6 h, avant d’être relocalisé le 23 mai au nord du village voisin de Brouilla. Le Groupe Ornithologique du Roussillon (GOR) mentionne aussi la découverte le 17 mai d’un mâle mort par collision routière dans le même secteur, deux données qui ont justifié le lancement le 18 mai 2026 d’une prospection nocturne coordonnée dans la plaine du Roussillon, notamment au nord du fleuve Tech, afin de rechercher d’éventuels autres mâles chanteurs et de mieux comprendre l’importance locale de cette présence.

La méthode choisie est de parcourir à la nuit tombée, les habitats favorables, à savoir les mosaïques hétérogènes ouvertes comprenant des parcelles de vignes, d’amandiers, de friches, de maquis et de garrigue, ponctués de haies et d’arbres épars. L’utilisation limitée de la repasse (lire La repasse et les oiseaux : utilisation, avantages, risques et conseils) est suggérée pour stimuler un éventuel mâle non chanteur. Vous pouvez transmettre vos observations sur Faune Occitanie, en saisissant également des données « négatives » pour tous les sites prospectées sans contact (effectif=0 et code atlas=99). Le GOR conseille de réaliser un enregistrement témoin d’un éventuel mâle chanteur avec votre téléphone, et d’en profiter pour noter aussi d’éventuels Engoulevents d’Europe (Caprimulgus europaeus), Œdicnèmes criards (Burhinus oedicnemus) et rapaces nocturnes entendus. 

Cette opération, nommée « Siboc » d’après le nom catalan de l’espèce, est concentrée dans un premier temps dans les communes suivantes : Brouilla, Banyuls-dels-Aspres, Saint-Jean-Lasseille, Tresserre, Passa, Trouillas, Terrats, Fourques, Vivès, Céret, Saint-Jean-Pla-de-Corts et Le Boulou.

La recherche d’éventuels nicheurs est surtout pertinente en mai et juin, au début de la nuit et à l’aube, grâce à l’écoute du chant distinctif de l’espèce, qui est audible jusqu’à plusieurs centaines de mètres dans de bonnes conditions.

Selon un article publié en mai 2026 dans la revue ScienceAdvances, les Engoulevents à collier roux seraint par ailleurs particulièrement actifs lors des nuits de pleine lune, car l’éclairage nocturne leur permettrait de prolonger leur activité de chasse bien après le coucher du soleil. À l’inverse, pendant les nuits sombres de nouvelle lune, leur activité diminue rapidement et leur succès alimentaire se réduit. Ces oiseaux capturent davantage d’insectes lorsque la lune est visible, ce qui améliore nettement leurs apports énergétiques. Les cycles lunaires sont connus pour influencer le comportement de plusieurs oiseaux nocturnes  (lire Quelques effets de la lune sur l’activité des oiseaux), comme le Grand-duc d’Europe (Bubo bubo) (lire Les Grands-ducs d’Europe chantent davantage lors des nuits de pleine lune).

Engoulevent à collier roux (Caprimulgus ruficollis) filmé de nuit fin mai 2025 près d’une zone industrielle dans la comarque de Vallès oriental, en Catalogne (Espagne), à la limite nord de son aire de répartition mondiale.  
Source : Birdfox

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