L’Ibijau jamaïcain (Nyctibius jamaicensis) est un oiseau nocturne et discret mesurant de 38 à 46 cm de long. Son plumage est gris-brun finement moucheté et strié de sombre, lui offrant un bon camouflage : en effet, une fois posé, il ressemble en effet à une branche sèche. Le jour, il reste immobile, dressé verticalement et parfaitement mimétique avec son support. Ses très grands yeux jaunes sont adaptés à la vision nocturne. Son bec est court et très large. 

Son chant est typique : c’est une série de sons graves et répétés (“guak… guak… kuak”) émis avec une tonalité sourde, un peu lugubre, à l’origine de son nom local d’oiseau fantôme. Ses vocalisations sont surtout nocturnes et plus fréquentes lors des nuits claires.

Il se nourrit d’insectes volants (coléoptères, papillons, termites…), qu’il chasse à l’affût depuis un perchoir, comme un gobemouche. L’espèce niche sans construire de véritable nid, déposant un unique œuf directement dans une cavité naturelle sur une branche. Il se reproduit dans les 
forêts tropicales et subtropicales humides et sèches, mais aussi les zones buissonneuses et agricoles. 

Il était autrefois considéré comme une sous-espèce de l’Ibijau gris (Nyctibius griseus). Son aire de répartition s’étend du Mexique au Costa Rica, mais aussi à la Jamaïque (lire Séjour en 2024 à la Jamaïque, la terre du bois, de l’eau et des oiseaux endémiques) et sur l’île d’Hispaniola (lire Où observer les oiseaux en République Dominicaine ?). C’est un visiteur occasionnel à Porto Rico (lire Où observer les oiseaux à Porto Rico ?).

Situation de la Sierra Maestra (Cuba)

Situation de la Sierra Maestra (Cuba).
Carte : Ornithomedia.com

Son statut à Cuba a été débattu pendant près de deux siècles, faute de preuves solides, malgré des observations sporadiques depuis le XIXᵉ siècle. Ce n’est qu’à partir de la fin du XXᵉ siècle que des indices plus concrets (observations, enregistrements sonores, plumes et spécimens) ont progressivement confirmé sa présence sur l’île. Toutefois, aucune preuve directe de reproduction n’avait été documentée jusqu’présent. 

Dans un article publié en 2026 dans le journal Tomeguín Revista de Ornitología Cubana, on apprend que des recherches menées en 2025 dans la Sierra Maestra (lire Observer les oiseaux sur l’île de Cuba – seconde partie) ont apporté la première confirmation formelle de la reproduction de l’Ibijau jamaïcain à Cuba. Les chercheurs ont observé plusieurs individus (jusqu’à 20 individus recensés dans un même secteur), localisé trois nids et suivi en détail une reproduction.  

L’incubation, assurée principalement par la femelle, a duré environ 30 jours. Après l’éclosion, les deux parents ont activement participé à l’alimentation du poussin, qui a été nourri par régurgitation. Le jeune est resté au nid pendant environ 53 jours avant son premier envol, ce qui correspond à un cycle reproducteur total d’environ 83 jours. Ce comportement parental prolongé, ainsi que le camouflage exceptionnel de l’oiseau, expliquent en partie la rareté des observations à Cuba.

Les auteurs ont mené des analyses vocales de 17 enregistrements de chants, réalisé des observations du comportement territorial et effectué des mesures (longueurs totale, des ailes, de la queue, du culmen et des tarses) sur un individu capturé puis relâché, et ils ont constaté que les oiseaux jamaïcains observés à Cuba ne présentaient pas de différences avec ceux de la Jamaïque, mais que leurs chants étaient différents de ceux d’Hispaniola, et que leur culmen et leurs tarses étaient légèrement plus grands que ceux des oiseaux jamaïcains, ce qui pourrait peut-être refléter une variabilité individuelle ou être un effet de l’’isolement insulaire.

Ces résultats confirment que l’Ibijau jamaïcain niche régulièrement dans l’est de Cuba, et que son statut exact était probablement passé inaperçu jusqu’à présent en raison de son activité nocturne et de son mimétisme remarquable. Ils ouvrent la voie à de futures recherches sur sa distribution, sa biologie et sa conservation sur l’île, et les auteurs soulignent l’importance de poursuivre les efforts d’observation dans les habitats encore peu étudiés.

Ibijau jamaïcain (Nyctibius jamaicensis) chanteur près de l’Estación Biológica Las Guacamayas au Guatemala en 2019.
Source : Estación Biológica Las Guacamayas

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